ABEL TUÉ PAR CAÏN
Collection du duc de Bedford.
|bel est couché par terre, replié sur lui-même, la tête tournée vers le spectateur. Il est entièrement nu, à l'exception du milieu du corps qui est recouvert par une peau d'animal. Un chien s'approche avec
hésitation. Un paysage boisé forme le fond, où l'on voit encore la fumée du
sacrifice agréé, s'élevant au-dessus de l'autel.
(i) Jacob Campo Weyerman : De Levens-beschrj-vingen der Nederlandsche Konst-schilders. 's Gravenhage, 1729. I. 348. — ARNOLD HOUBRAKEN : De grooie Schouburgh der Nederlantsche Konstschilders. 's Gravenhage, 1753. I, 87.
Waagen, en parlant de ce tableau, dit que la belle gradation des teintes, dans les carnations transparentes et brillantes, est surtout admirable (i). Gravure : V. S. 8, J. Heath.
loo. ABRAHAM ET MELCHISÉDECH.
Caen. Musée, 84.
Toile. H. 204, L. 246.
|u milieu du fond, on voit une arcade ouverte dans un bâtiment en pierres de taille grises, à travers laquelle on aperçoit le ciel couvert de légers nuages. Devant l'arcade, vers la droite, se trouve Melchisédech, portant une barbe blanche et vêtu d'un costume de prêtre : capuchon de velours rouge doublé d'hermine, riche manteau en brocard, or et rouge, vêtement de dessus en soie claire brodée d'or, et au-dessous une tunique de toile blanche. Le prêtre se penche vers Abraham, avec une expression de bienveillance et de respect, pour lui souhaiter la bienvenue.
A sa droite se tiennent deux jeunes gens qui lui remettent le pain et dont on ne voit que la tête. Melchisédech lui-même montre les deux cruches de vin qui se trouvent par terre, à côté d'un panier de pain. Derrière lui, à droite, on voit un homme robuste, au torse nu, le milieu du corps entouré d'une draperie verte, apportant un panier rempli de pain. A côté de lui, une figure coiffée d'un turban et un homme à tête nue ; derrière celui-ci, encore deux têtes ; entre le porteur du panier et Melchisédech, un négrillon.
Sur le devant, à côté de Melchisédech, est accroupi un homme, s'apprêtant à soulever un grand vase de vin ; il est entièrement nu, une draperie bleue lui passe autour des reins.
A gauche, on voit Abraham, portant le casque, la cuirasse et un manteau rouge ; deux hommes à casque et un homme à tête nue viennent derrière lui : un chien est à son côté. A l'extrême gauche, on voit la tête de son cheval et celle du serviteur qui le garde, ainsi que quatre bois de lance.
Travail inférieur, peint par un élève. Rubens a retouché la chair des principaux personnages. Exécuté vers i625.
Mois nous apprend que le tableau fut acheté par Gérard Hoet à la famille du Bois pour le landgrave de Hesse-Cassel et payé 5ooo florins. Il se
(i) Smith : Catalogue. II, n° 912. — Waagen : Treasures. III, p. 465.
trouve mentionné dans l'inventaire du musée de Cassel de 174g. Il fut enlevé par le général Denon, en i8o5, et envoyé au musée de Caen par décision de l'empereur en date du i5 février 181 1. Dans la liste, jointe à ce décret, il était mentionné comme tableau de l'école de Rubens et désigné sous le nom d'Abimelech.
Le guide Berbie signale, dans les appartements de l'abbaye St. Michel, à Anvers, dans la petite salle à manger au-dessus de la cheminée, un Abraham qui reçoit la bénédiction de Melchisédech, par Rubens (i).
Gravure: V. S. 22, H. Witdouc, i638. Cette gravure diffère sensiblement du tableau dans les accessoires. Quatre des personnages sommairement indiqués dans la peinture ne se voient pas dans la reproduction ; l'arcade, au lieu de se trouver au milieu, est placée à l'extrémité droite. L'architecture du fond est changée. Le cabinet des estampes d'Amsterdam possède une épreuve de cette gravure retouchée par Rubens.
La collection Albertine de Vienne (n° 862) possède un beau dessin de la main de Rubens, conforme au tableau, excepté que le page, tenant le cheval d'Abraham, y manque.
Voir planche 27.
Abraham et Melchisédech.
Sujet d'un des plafonds de l'église des Jésuites, à Anvers. Voir n° 7.
Abraham et Melchisédech.
Sujet d'un des Triomphes de l'Eucharistie. Voir n° 46. ICI. LOTH QUITTE SODOME.
Paris. Musée du Louvre, 425.
Panneau. H. yS, L. iig.
|oTH, sa femme et ses deux filles viennent de quitter Sodome, au moment où les foudres du ciel y mettent le feu. Loth qui marche le premier, à droite, ne parait s'avancer qu'en hésitant et les larmes aux yeux ; mais un ange, aux ailes déployées, l'entraîne. Sa femme a plus de
(i) Description des principaux ouvrages de Peinture et de Sculpture, actuellement existans dans les Eglises, Couvens et lieux publics d'Anvers. A Anvers, chez Gérard Berbie. Nombreuses éditions françaises et flamandes dans la seconde moitié du siècle dernier.
peine encore à partir et semble implorer le pardon de Sodome ; elle se retourne déjà à moitié pour revoir la ville en flammes et transgressera, à coup sûr, la défense de regarder derrière elle. Un second ange l'engage à avancer et la pousse presque par l'épaule. Après eux vient une des filles de Loth, conduisant par la bride un âne, chargé de coupes et de vaisselle d'argent. C'est la femme blonde et grasse que l'on aime tant à faire passer pour Hélène Fourment, quoique le peintre la peignît, longtemps avant qu'il ne connût sa seconde épouse. Elle porte une robe rouge, dont le bord replié montre la doublure purpurine, à reflets, et une jupe d'un vert très foncé. Vient ensuite la seconde fille du patriarche, portant un panier de fruits sur la tête.
A gauche, on voit la porte de la ville que la famille vient de quitter ; à droite, un bout de paysage ; dans le ciel, quatre démons qui lancent les foudres sur Sodome.
La petite peinture a l'ampleur d'une grande composition; par le mouvement qui anime toute la scène, elle donne l'illusion d'un cortège. L'expression des principaux personnages est également bien réussie et fort dramatique : la douleur de Loth et de sa femme fait contraste avec l'insouciance de leurs filles, brillantes de jeunesse et exubérantes de santé.
C'est une production franchement admirable. Les lumières très blondes et les reflets abondants indiquent que le maître abandonne sa seconde manière; mais les couleurs ne sont pas encore assez rompues, les contours encore trop nets, pour permettre de songer à une époque fort avancée de la carrière de l'artiste. La date placée sous sa signature est là pour nous dire que le tableau a été fait en i625.
Il est entièrement de la main du maître et signé :
Pe. Pa. RVBENS Fe A° 1625.
Gravures : Ferd. Leenhoff, pour la Société française de gravure ; Anonyme, gravure sur bois, dans la Gazette des Beaux-Arts du i mars 1884 ; Ch. de Billy, dans L'Art. 1882, I, p. 22.
Photographies : A. Braun ; Phot. Gesellschaft, Berlin.