SAMSON PRIS PAR LES PHILISTINS
Munich. Pinacothèque, 744.
Toile. H. 118, L. i32.
|alila, la perfide séductrice, est assise sur son lit, à moitié couchée sur les coussins. Une chemise de gaze couvre à peine son corps blanc et potelé ; une couverture rouge glisse à terre. Dans sa main, elle tient encore les ciseaux qui ont brisé la force de Samson. Elle est satisfaite du succès de sa trahison et regarde d'un air moqueur comment on enchaîne sa victime.
Samson, taillé en hercule, est plein de rage ; l'un de ses genoux est appuyé sur le lit, tandis que ses ennemis lui attachent les bras sur le dos. Il se retourne vers eux, l'œil plein de menaces, devenues impuissantes. Un Philistin noue les cordes autour d'un des bras du prisonnier, un second cherche à lier l'autre bras, un troisième frappe Samson de sa masse d'armes ; quatre hommes, l'un à turban, l'autre à casque et les deux autres à tête nue, se tiennent derrière lui. Le haut de la chambre est tendu de draperies rouges.
Les Philistins ont pénétré dans la maison avant l'aube, car l'un d'eux tient une torche allumée et l'arrière-plan est plongé dans les ténèbres. La belle blonde est placée en pleine et blanche lumière, tandis que le flambeau jette sur le groupe de Samson et de ceux qui le garrottent une lumière chaude et ardente, qui pénètre, pleine de vigueur, dans les ombres épaisses.
Cette clarté veloutée sur les chairs blanches et brunes, les tons riches de la draperie tendue au plafond de la chambre, le groupe puissant des
(i) H. Van Cuyck : Nie Rockox. Annales de l'Académie d'Archéologie. Anvers, 1881. Troisième série. Tome VII, p. 437.
combattants, la séduisante figure de Dalila, tout est traité avec soin et amour. La couleur est brillante, la composition heureuse ; on n'aurait à reprocher à ce chef-d'œuvre, si on voulait le juger avec sévérité, que le manque d'unité dans les lumières. En effet, Dalila est éclairée par la blanche clarté du jour, le reste par les feux des torches. Mais on devrait adoucir aussitôt cette critique, par la remarque que la lumière naturelle et la lumière artificielle se fondent avec un rare bonheur.
Somme toute, le tableau est un vrai joyau, parfaitement conservé, entièrement de la main de Rubens et datant de 1612 à i6i5.
Gravures .• V. S. 42, V. Green ; 43, Neagle. Non décrit : C. Hess ; Piloty, lithographie.
Photographie : von Hanfstaengl.
Dans la liste des tableaux apportés, en 1628, en Espagne par Rubens, telle que la donne Pacheco, figure Samson et les Philistins.