SUSANNE ET LES VIEILLARDS
Munich. Pinacothèque, 745.
Panneau. H. 77, L. 110.
lusANNE est assise à gauche du tableau ; elle s'est dépouillée de ses vêtements et les a posés sur un trépied, qui lui sert de siège. De la main gauche, elle tient son manteau ; à ses pieds se trouvent un peigne, une brosse et un vase à parfums de verre ; contre le cadre, une amphore en cuivre richement ciselée. La fontaine coule d'une urne ronde et est adossée à un bâtiment en pierre de taille.
Au milieu du tableau, on a vue sur un jardin ; à l'un des arbres est suspendue une draperie. Cet arbre se bifurque et l'un des deux vieillards grimaçant de passion lubrique, passe la tête entre deux grosses branches. L'autre enjambe la balustrade qui se trouve à droite du tableau et qui entoure, de ce côté, le bassin sur le bord duquel Susanne est assise. A gauche, dans le fond, un pavillon ; sur le devant, un chien gambade.
Une blanche et abondante lumière frappe le dos charnu de la belle
(i) H. Hymans: Op cit. P. 85.
baigneuse, dont les traits charmants et effarouchés font un vif contraste avec les physionomies hideuses des vieillards. La Susanne présente une analogie frappante avec la Vénus de VAmoiir transi, du musée d'Anvers.
Le tableau, peint dans un ton clair, chaud et vigoureux, est entièrement de la main de Rubens et date de i536 à 1640. Il se trouvait dans la collection du duc de Richelieu et fut décrit par de Piles (i). De cette galerie, il passa dans celle du duc de Bavière.
Gravure : Piloty (Lithographie). Photographie : von Hanfstaengl. Voir planche 48.
i35. SUSANNE ET LES VIEILLARDS.
Anvers. Collection Ch. Verlat.
Panneau. H. 71, L. loi.
ÊME composition que celle du tableau précédent, sauf quelques variantes de peu d'im.portance. Ici, l'on n'a pas de vue sur le jardin et les arbres sont remplacés par une draperie. Susanne tient de la droite
une tresse de ses cheveux, au lieu de son manteau. Elle est assise sur une banquette circulaire qui s'élève au milieu de la terrasse. Quelques détails dans l'architecture du fond diffèrent aussi.
C'est une belle pièce. Dans la couleur transparente, les reflets abondent. Le jeu de lumière est admirable. Le corps de la baigneuse se détache éclatant sur les tons sombres du fond. Susanne est le portrait d'Hélène Fourment.
Le tableau a subi des restaurations assez considérables, nécessitées par la dislocation du panneau. Il est entièrement de la main du maître et date de i535 environ.
Gravure: V. S. g5, P. Spruyt. Celui-ci a gravé deux fois le même tableau en formats différents.
i35. SUSANNE ET LES VIEILLARDS.
Stockholm. Musée, 6o3.
Panneau. H. 66, L. 5i.
USANNE, assise sur une draperie rouge, a les pieds dans l'eau ; devant elle se trouve une fontaine, ornée d'un dauphin dont on voit la moitié antérieure. Derrière elle, entre deux piliers, les tètes des
(i) Œuvres. IV, 298.
deux vieillards et deux mains. Elle est toute nue ; un tissu blanc est posé sur ses genoux ; elle se retourne effrayée en s'apercevant de la présence des grossiers indiscrets.
La figure claire de Susanne se détache sur un fond sombre, les figures sombres des vieillards posent sur un fond clair.
C'est une petite peinture peu achevée, mais plus soignée que ne le serait une esquisse. La carnation est fraîche, les ombres sont brunes et bleues, la facture très moelleuse et franche. Le tableau, bien conservé d'ailleurs, a, au milieu, une fente qui a été restaurée, non sans laisser de traces.
Il est tout entier de la main de Rubens et porte l'inscription authentique
P. P. RVBENS F
Il a appartenu à Louise Ulrique, reine de Suède, et à Gustave III.
Photographie : Joh. Jaeger.
Susanne et les vieillards.
Gravure de Christophe Jegher.
A gauche, on voit une fontaine, formée par un dauphin crachant de l'eau et monté par un amour couché, la tête en bas, sur le poisson. L'eau tombe dans une vasque ronde et de là se déverse dans un bassin.
Susanne est assise sur un trépied recouvert des vêtements qu'elle vient de quitter. Les vieillards se sont approchés d'elle, l'un à droite, l'autre à gauche ; ils tiennent tous deux le seul vêtement qui couvre encore sa nudité. D'une main, elle repousse l'un des vieillards ; de l'autre, elle retient la draperie qu'ils veulent lui enlever. Le premier des personnages lubriques a la tête nue et est à moitié chauve ; il est enveloppé dans une grande houppelande ; l'autre porte un turban et franchit la balustrade, contre laquelle Susanne est assise.
Le fond se compose d'une bâtisse, en forme de grotte, d'un arbre auquel est suspendue une draperie et d'une vue sur le jardin.
La gravure de Jegher présente quelques points de ressemblance avec le
tableau du musée de l'Académie, de Madrid, mais en diffère sensiblement sous d'autres rapports. Le dauphin et l'ange qui surmontent la fontaine sont identiques dans les deux compositions, ainsi que la tête des deux vieillards. Dans toutes deux aussi, l'un des personnages enjambe la balustrade ; seulement, dans le tableau, il a la tête nue, dans la gravure, il porte un turban. La pose de la baigneuse est toute différente dans les deux compositions.
Gravure ; V. S. 94, Christoffel Jegher. Il est probable que la composition gravée par Jegher ne fut jamais peinte par Rubens, et que le maître se contenta de la dessiner sur le bois.
Voir planche 44.
Voorhelm Schneevoogt (n"^ g6 et 97) cite encore deux planches anonymes représentant Susanne et les Vieillards, d'après des tableaux attribués à Rubens. Dans toutes deux le groupe principal est le même ; mais les fonds diffèrent et dans l'une des deux une couple de personnages sont témoins de la scène. L'un des vieillards porte un gros turban, l'autre un bonnet à visière relevée. Aucune de ces compositions ne rappelle le style de Rubens.
On vient de voir combien de fois le maître revint sur l'histoire de Susanne. Il est permis de croire que, pour lui, le charme du sujet n'était pas tant la chasteté de l'héroïne biblique que l'occasion de montrer une belle femme nue, deux audacieux qui tentent une entreprise galante et les émotions fort diverses qui en résultent pour chacun des personnages.
Dans le cours des temps, des tableaux de Rubens représentant cette aventure se rencontrent fréquemment dans les catalogues de vente et de collections. Malheureusement, la manière sommaire dont ils sont décrits ne permet pas, en général, de les reconnaître dans les représentations de l'histoire de Susanne qui nous sont parvenues.
Citons en les principaux.
Dans la " Spécification des peintures trouvées à la maison mortuaire de feu Messire Pierre-Paul Rubens, en 1640, r. nous trouvons, sous la rubrique: Ci-suivent les pièces de feu P. -P. Rubens, les mentions suivantes: 99. Une Susanne, sur fond de bois.