JUDAS MACCHABÉE PRIANT POUR LES DÉFUNTS
Nantes. Muse'e.
Toile. H. 3io, L. 228.
E héros prie debout, le regard élevé vers le ciel, une main à moitié étendue, l'autre sur le bâton de commandement. Derrière lui se dresse un trophée d'armes, dans lequel on distingue une tête coupée,
(i) Catalogus Hoet en Terwesten. I, 134, 533 : II, 168, 276.
(2) Descamps: Vies des peintres. I, 3 16.
(3) Resohitieboeck II, fol. 4.
(4) Id. II, fol. 10 V.
plantée sur une lance. A côté du Macchabée, on voit un prêtre tenant d'une main une torche et i-gontrant, de l'autre, un long cortège composé d'esclaves emportant des vases remplis d'argent, de musiciens sonnant de la trompette et de guerriers.- Sur le devant, des soldats dépouillent les morts. Un des vainqueurs tend à un prêtre, qui se trouve à droite, une pièce d'orfèvrerie qu'il vient d'enlever à l'un des cadavres. Un second prêtre, un page, des officiers, des soldats portant des drapeaux, forment un groupe compact derrière le triomphateur.
Le tableau fut fait pour la cathédrale de Tournai et se trouvait sur l'autel des Trépassés, derrière le tableau représentant le Purgatoire. Il a souffert les mêmes restaurations fatales que cette dernière pièce a subies. Voir notre n° g5.)
Comme elle aussi, il fut commandé à Rubens par l'évêque de Tournai, Maximilien Vilain de Gand (i). Il fut enlevé par les représentants de la république française en 1794. Il faisait partie du premier envoi d'œuvres d'art accordées par le gouvernement au musée de Nantes et était désigné, dans l'état de cet envoi, comme une production de l'école de Rubens (2).
Il fut du nombre de ceux que la France ne rendit point en i8i5. En i8ig, le gouverneur du Hainaut et la régence de Tournai firent encore des démarches pour faire restituer le tableau à la cathédrale de cette ville ; mais leurs efforts restèrent sans résultat (3).
Cette œuvre de Rubens est attribuée, dans la dernière édition du catalogue du musée de Nantes, à Jean Bockhorst et désignée comme le Triomphe d'un guerrier. Elle a reçu autant de dénominations différentes qu'elle a été citée de fois : tantôt on l'a appelée le Triomphe de Judas Macchabée, tantôt le Martyre des Macchabées. Le fait qu'il se trouvait sur l'autel des Trépassés et l'action des divers personnages prouvent à l'évidence que Rubens a pris pour sujet
(i) M. le chanoine Vos. archiviste de l'évêché de Tournai a eu la bonté de me transmettre la copie du passage du testament de l'évêque Maximilien Vilain de Gand, dans lequel il est question des tableaux faits par Rubens pour la cathédrale de Tournai. Voici le texte : « Quant
à mon corps je choisis le lieu de son repos derrière le grand autel en la cave que j'ai
faict faire, avec la table de l'autel des Trépassés, où j'ai faict faire deux peintures par le fameux peintre Rubens. n Contrairement à ce que m'avait fait dire mon correspondant obligeant, le prélat avait fait don des deux tableaux pendant sa vie et non par testament.
(2) Clément de Ris : Les Musées de province. Paris, 1872. P. 493.
(3) Ch. PioT : Rapport sur les tableaux enlevés à la Belgique en 1794. Bruxelles, i883. P. 446.
de son tableau le texte de l'Ecriture sainte où il est question de l'offrande faite par Judas Macchabée pour le repos des âmes des défunts : Et ayant recueilli d'une quête qu'il fit faire deux mille drachmes d'argent, il les envoya à Jérusalem, afin qu'on offrit pour les péchés de ces personnes qui étaient mortes, ayant de bons et de religieux sentiments touchant la Résurrection (Macch. Liv. 2, chap. XII. v, 43).
Photographie : Pinard.
Le catalogue de la vente du baron Vivant Denon, (Paris 1826) mentionne un Antiochiis Epiphane assistant au martyre des Macchabées après avoir pris Jérusalem, par Rubens, 24 1/2 pouces sur 18, bois. " Le persécuteur des Juifs est monté sur un magnifique cheval blanc et entouré de ses soldats. En opposition, on voit la mère des Macchabées qui, après avoir assisté au triomphe de ses enfants, s'apprête à mourir avec la constance qu'elle leur a inspirée. Elle est déjà renversée, mais sa vue est fixée sur une gloire d'anges qui lui montrent la croix et les instruments de la passion. » Vendu i5oi francs.