‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 112 sur 213 · LE CHRIST TRIOMPHANT DE LA MORT ET DU PÉCHÉ · texte numérisé non relu

LE CHRIST TRIOMPHANT DE LA MORT ET DU PÉCHÉ

ANS le catalogue de la vente Robit (Paris, 1801), un tableau, représentant le même sujet avec quelques variations, est décrit, sous le n° 107, de la manière suivante : - Le Christ vu de face est assis dans l'attitude noble et imposante de la divinité. On le voit au milieu du sujet environné d'une gloire, s'appuyant de la main droite sur sa croix et posant l'autre sur la boule du monde qu'un ange, de la plus brillante carnation et vu en pied, parait également soutenir. A ses côtés sont deux anges dont l'un, pour montrer la plaie, écarte une belle draperie rouge dont le Sauveur est couvert en partie, et dont l'autre, vu dans une demi-teinte, du ton le plus fini, tient une palme. Le peintre, pour soutenir l'allégorie de son sujet, a placé sous le pied gauche du Christ une tète de mort entourée d'un serpent ; une gloire lumineuse termine cette composition aussi sage que sublime. Nous ne balançons pas à mettre ce tableau en comparaison avec son fameux morceau de VIncrédulité de St. Thomas, tant par la force du coloris que par sa touche brillante et soignée. Il a été acquis, en 1784, d'un lord qui en connaissoit bien tout le mérite, mais qui en voyant les planches détachées et ignorant l'art que l'on possède en France de les réunir par des parquets solides se détermina à s'en défaire d'après le prix iiTiportant qui lui en fut offert. Il provient en dernier lieu de la vente Donjeux. 66 sur 5i pouces (H. 178, L. i37 cent.), t.

Il fut adjugé à Naudon, au prix de 8420 francs. En i83o, il faisait partie de la collection du baron Simon Clarke (i). Le même tableau fut adjugé à 700 florins dans la vente Ewout Van Dishoek, seigneur de Domburg (La Haye, 1745). Dans une vente anonyme faite à Amsterdam, le 6 novembre 174g, il n'atteignit que 38o florins.

Le 24 novembre 1735, un tableau représentant le Christ dans sa gloire assis sur les nuages, la main gauche sur le globe terrestre, la mam droite sur une croix, son pied gauche sur une tête de mort entourée d'un serpent, ayant à côté de lui trois anges ailés, peint sur panneau, haut 6 pieds 3 pouces, large 4 pieds 9 pouces, fut soumis au jugement des doyens de St. Luc à Anvers. Ils le déclarèrent peint par Rubens et de ses meilleures productions. Ils attachèrent sur le dos du tableau le cachet de la gilde en cire rouge (2). Il s'agissait évidemment ici du tableau de la vente Robit.

(i) Smith : Catalogue. II, ySy.

(2) Resolutieboeck. II, 14 verso.

38o. LE CHRIST TRIOMPHANT DE LA MORT ET DU PÉCHÉ.

Bruxelles. Galerie de S. M. le roi des Belges. Esquisse. Panneau. H. yi, L. 47-

E Christ est debout sur le globe terrestre, levant de la droite le calice surmonté de l'hostie ; de la gauche, il tient le labarum. Une draperie rouge lui couvre les épaules et retombe sur le milieu du corps. Au-dessus du Sauveur plane le St. Esprit ; plus haut. Dieu le Père trône dans les nuages ; à ses côtés et au-dessous de lui, des anges volent, portant des attributs symboliques : un livre, un vase, les instruments de la Passion, un encensoir etc. A côté du Christ, à gauche, on voit Elie, la tête et la main levées, auquel l'ange tend un pain et un flacon d'eau ; à côté du prophète, Melchisédech, portant une longue barbe, coiffé d'une calotte rouge, vêtu d'une chasuble couleur d'or ; l'une de ses mains tient un pain, l'autre est appuyée sur l'anse d'une amphore. A droite du Christ, l'on voit St. Paul levant l'une main à demi, tenant l'autre sur le pommeau d'une grande épée. A côté de lui, un saint religieux en robe blanche au-dessus d'un vêtement noir. Il est à genoux en adoration devant le Christ ; devant lui par terre, un chapeau de cardinal et une croix. Le globe, sur lequel le Christ est debout, est entouré d'un serpent sur la tête duquel le Sauveur pose le pied. Au-dessous du globe, on voit un squelette. L'esquisse figure un retable d'autel, avec un projet d'encadrement. Ce dernier se compose, à gauche, d'une colonne Corinthienne, à droite, d'une colonne torse, entre lesquelles le peintre voulait laisser le choix au sculpteur. Dans le haut, un cintre et des arcatures sculptés. Tout le fond de la peinture est de bistre et de jaune d'or ; les figures sont indiquées par quelques taches, de rouge et de jaune.

Le sujet de cette composition est évidemment ^ le Christ triomphant de la mort et du péché par l'Eucharistie. ^ Les deux saints à gauche représentent des personnages de l'Ancien Testament dans un acte de leur vie que l'on cite comme une figure de l'Eucharistie ; les saints du Nouveau Testament représentent les défenseurs du dogme du St. Sacrement.

Le travail est tout entier de la main de Rubens et forme le projet d'un tableau d'autel. La beauté régulière de la composition indique une date peu avancée de sa carrière, probablement de i6i5 à 1620.

L'esquisse a fait partie de la collection de Miss Bredell et fut acquise dans sa vente, en iSyS, au prix de 430 livres et 10 shillings. Elle avait

été exposée à Londres, en 1843, et à Manchester, en iSSy. En 1841, elle avait été vendue dans la collection du marquis de Camden, où elle fut payée 42 guinées par Charles Bredell. Elle avait été apportée d'Espagne par Joseph Bonaparte.

Le retable, dont la pièce appartenant à S. M. le roi des Belges est l'esquisse, a existé. Dans le catalogue des tableaux provenant des églises des Jésuites de Bruxelles, de Louvain, de Namur, de Nivelles, de Malines, d'Alost et de Mons, vendus le 12 mai 1777, ce tableau peint sur toile haut de g pieds 2 pouces, large de 6 pieds g pouces, est mentionné sous le n>^ 220 en ces termes : " Allégorie. Le Seigneur sur le globe du monde ; quatre figures représentant l'ancienne et la nouvelle Loi. « Il est cité dans une série comprenant cinq sujets du triomphe de l'Eucharistie et plusieurs autres grands tableaux religieux. La série porte l'en-tête suivant : ^ Sujets du Triomphe de l'Église dont les originaux ont été brûlés dans l'ancien Palais de Bruxelles et dans celui de l'Escurial en Espagne. « Comme ce titre ne s'applique qu'à une partie des peintures que la rubrique renferme, on ne sait si l'auteur du catalogue considérait, oui ou non, le tableau comme faisant partie du Triomphe de l'Eucharistie, ni s'il voulait le faire passer comme une copie ou comme un original.

Gravure : Ch. Waltner.

38i. JÉSUS CHRIST ET LES QUATRE PÉNITENTS.

Munich. Pinacothèque, 746.

Panneau. H. 144, L. 128.

[jE Christ est debout, à droite, contre un rocher, le buste nu, soutenant une draperie rouge sur le bras gauche, et parle aux quatre pénitents en leur montrant la blessure dont sa main droite est percée. La Madeleine vêtue de blanc se courbe humblement devant le Sauveur, les bras croisés sur la poitrine, la douleur peinte sur le visage ; St. Pierre, qui, derrière la Madeleine, se trouve le plus rapproché du Christ, porte une draperie bleue ; pris de pitié pour le Sauveur, il joint les mains en pleurant ; David dont on ne voit que la tête couronnée, a les yeux baignés de larmes ; le bon larron, le buste nu, le bas du corps couvert d'une draperie violet sombre, tient sa croix des deux mains.

La peinture est fort soignée ; le coloris éclatant est très mince, mais

plein d'effet. Une douce et chaude lumière d'une merveilleuse harmonie éclaire les chairs. Le Christ est entièrement celui du St. Tliomas du musée d'Anvers. Le St. Pierre est frappé par une lumière plus chaude, la carnation du larron est plus brune, tous deux sont d'un ton vif. Le tableau doit dater de l'époque de V Incrédulité de St. Tliomas, qu'il rappelle, mais auquel il est supérieur. On peut donc le placer en i5i5. Il est entièrement de la main de Rubens et provient de la galerie de Dusseldorf.

Gravures: V. S. i, Anonyme (Nie. Lauwers exe.) et Piloty (lithographie); i'"-% Victor Green. Non décrite : J. L. Raab.

Photographie : Hanfstaengl.

Le palais royal de Turin (N° 409), le musée de Brunswick et M. Hallier, architecte à Hambourg, possèdent des copies de ce tableau. Une répétition fut adjugée dans la vente Adrian Bout (La Haye, iy33), à 5go florins.

Voir planche i3i.

382. FRANÇOIS HOVIUS ET SES PARENTS COMPARAISSENT DEVANT LE TRIBUNAL DU CHRIST.

Munich. Pinacothèque, 747.

Panneau. H. 20'i, L. 148.

N ecclésiastique, François Hovius (Van Hove), est agenouillé auprès d'une table, à laquelle sont assis un homme et une femme en prières. A gauche, l'ange gardien du prêtre le soutient ; derrière lui, St. François son patron. Du côté opposé de la table, un homme et une femme âgés, probablement les parents de Hovius, joignent les mains en adorant le Christ. A côté du Sauveur, deux apôtres, St. Jean et St. Pierre. Dans le fond, un rideau vert entre une colonnade, avec vue sur le ciel. Derrière St. Pierre, quelques raj^ons chargés de registres.

C'est un tableau de l'école de Rubens, tout-à-fait secondaire, auquel le maître n'a pas mis la main. Il est même douteux qu'il ait été l'inspirateur de la composition.

L'œuvre fut faite pour être placée sur le tombeau de François Van Hove, curé de l'église Ste. Walburge, à Anvers, mort en i633, dont le monument se trouvait dans le chœur de l'église, du côté de l'Épitre.

Sur le tombeau, on lisait l'épitaphe suivante : ^ R. D. F'ranciscus Hovius S. T. L. quiescit hic qui ovibus hisce invigilans nunquam quievit laboravit annis XXXII defunctus A° Dni MDCXXXIII Idib. Decemb. suo vero LVIIl. Animée ejus ut sit quies Deum roga ".

Lors du renouvellement du monument, en 1757, les fabriciens de l'église firent placer l'inscription suivante : - R. D. Francisco Hovio S. T. L. pastori hujus ecclesise. Renovarunt œdiles 1757. Obiit i533 r.

Il est à remarquer que François Hovius est représenté à un âge moins avancé que celui qu'il avait atteint au moment de sa mort. Il peut avoir quarante ans et ses parents ont à peine dépassé la soixantaine. Le tableau aurait donc été fait vers i6i5. Il est ordinairement désigné sous le titre du Christ jugeant le clergé et les laïcs. Cette appellation est erronée ; ce ne sont pas le clergé et les laïcs en général, mais un prêtre et ses parents qui comparaissent devant le tribunal du Christ.

Le tableau provient de la galerie de l'électeur de Bavière à Munich.

Mois remarqua, vers 1775, que dans le cabinet de l'électeur de Bavière (incorporé plus tard dans la pinacothèque de Munich) se trouvait exactement la même composition que celle de l'épitaphe de Hovius. II émit, en conséquence, la supposition que l'original, par Rubens, se trouvait dans ce cabinet et que l'église Ste. Walburge ne possédait plus qu'une copie. A cette époque, il existait donc deux exemplaires de cette œuvre qui ne valaient pas mieux l'un que l'autre.

Parmi les auteurs qui ont décrit l'ancienne église Ste. Walburge, Mensaert est le seul qui signale l'existence de l'épitaphe de Hovius, il ne cite pas le nom de l'auteur présumé du tableau (i). Descamps, Michel et Reynolds n'en font pas mention. Certaines éditions du guide Berbie en disent simplement : -^ Dans le chœur à droite est un tableau, le portrait d'un curé, par . . . r, (2). D'autres éditions n'en parlent point. A Anvers même, on n'attribuait donc point le tableau à Rubens

Gravure: Non décrite, J. Piloty, lithographie.

(1) G. P. Mensaert : Le Peintre amateur et curieux. I, 25i. Bruxelles, 1763.

(2) Description des principaux ouvrages de Peinture et Sculpture actuellement existans dans les Eglises, couvens et lieux publics de la ville cCAnvers. Anvers, chez Ge'rard Berbie (Edition française 1768, édition flamande 1765).

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