LE MARTYRE DE SAINT ANDRÉ
Madrid. Hospice des Flamands, rue Claudio Coello. Toile. Figures de grandeur naturelle.
|ne croix grecque se dresse au milieu du tableau, l'apôtre y est attaché par les quatre membres ; il lève les yeux au ciel ; dans son regard se lisent la souffrance et l'espoir. Un des bourreaux, monté sur une échelle, attache l'une des mains ; un second, vêtu de jaune, tire à la corde qui entoure le milieu du corps du saint. A droite se trouve un officier romain
à cheval étendant la main et donnant des ordres à ses subalternes. Au pied de la croix, une femme, dans laquelle on reconnaît Hélène Fourment, a mis un genou en terre et étend les mains vers l'officier, en implorant sa miséricorde pour le martyr. Derrière elle, un soldat romain coiffé d'un casque. A l'extrême gauche, une femme la tête couverte d'une draperie, la main sur le cœur, avec une expression connpatissante. Dans le fond, de nombreux spectateurs vus à mi-corps. Dans le haut, à gauche, trois anges portant une couronne et une palme.
C'est un tableau excellent, d'une composition serrée et d'un coloris brillant, exécuté avec grand soin. La femme agenouillée, l'officier montant un cheval noble et fougueux, se distinguent spécialement par leurs hautes qualités. Les personnages principaux sont de la main de Rubens, les figures accessoires sont faites par des élèves et retouchées par lui. Le tableau, malheureusement trop haut placé, dans une chapelle imparfaitement éclairée, nous semble dater de la dernière époque du maître, vers 1637.
Il fut donné à l'hospice de St. André des Flamands, à Madrid, par P. Rambrecht, un marchand flamand établi à Madrid, comme le constate son testament, en date de l'an i656.
L'hospice des flamands à Madrid fut fondé par un Anvei^sois nommé Charles, en i5g4. Les statuts furent approuvés par Philippe III, en 1616. L'église qui primitivement possédait le tableau de Rubens fut bâtie en 1606- 1607. A la fin du siècle dernier, l'hospice ayant été supprimé, le tableau fut transféré à l'Escurial. En 1844, il avait repris sa place dans la chapelle de la Calle San Marcos, rendue à sa destination primitive. Celle-ci fut démolie en 1862. En 1877, lorsque le nouvel hospice, Calle Claudio Coello, fut bâti, le tableau fut installé sur l'autel de la chapelle (i).
Gravures: V. S. 5, Alex. Voet, junior; 5, Anonyme, (Jan Dirckx exe); 7, E. C. G. Thelot, 1816 ; 8, Anonyme, la même composition, un peu plus large et cintrée dans le haut.
La gravure de Voet diffère du tableau en ce qu'elle montre, au second plan, à gauche, trois figures secondaires de plus que le tableau. La gravure publiée par Jean Dirckx est conforme à celle de Voet, seulement elle a de plus, dans le haut, des rayons descendant du ciel. Cette dernière estampe a été reproduite par la lithographie dans le livre de M. Hye Hoys.
(i) Hye Hoys : Fondations pieuses et charitables des marchands flamands en Espagne. (Extrait des Précis historiques p. 67 et suivantes). — EMILE VAN DEN BUSSCHE : L'Hospicehôpital de la nation flamande à Madrid (La Flandre, Bruges, iSyS. P. 423).
Dans les comptes de la succession de Rubens, nous lisons sous le n° CXVI : " Pour dégager certain dessin de Saint André, ainsi que la planche qui en a été gravée, confiée par le défunt à un graveur du nom de Van der Does et que ce dernier a mis en gage, 23 florins « (i). Comme il n'existe pas de planche signée par Van der Does, il faut croire qu'il s'agit de l'estampe publiée par Jean Dirckx.
Le dessin dont il est question ici se trouvait, en i83o, dans la collection de Sir Thomas Lawrence ; il avait passé par les ventes Crozat, 1741 ; Vassal de St. Hubert; Mariette, lyyS ; Randon de Boisset, 1777; Lempereur, 1783; Lebrun, 1791.
Voir planche 134.