‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 124 sur 213 · LA CONVERSION DE SAINT BAVON · texte numérisé non relu

LA CONVERSION DE SAINT BAVON

Gand. Église de St. Bavon.

Toile cintre'e. H. 471, L.

E tableau renferme deux actions superposées. La scène supérieure se passe sur un escalier menant à une galerie ouverte. Le comte Allovvin, 1^^™^"™^' qui plus tard devint St. Bavon, portant une armure complète, couvert d'un manteau rouge, a monté l'escalier, et, parvenu à un petit palier, il met un genou en terre devant St. Amand et l'abbé Florbert. Deux pages le suivent ; l'un, le plus petit, habillé de jaune, tient son épée, l'autre relève la traine de son manteau. Derrière lui, deux nobles personnages montent l'escalier, l'un de noir habillé a une tête superbe, l'autre porte un béret à plume. Des portes qui s'ouvrent dans un péristyle élevé sortent l'évéque et l'abbé, tous deux mitres, vêtus de leurs habits pontificaux. Suivis de quatre moines, ils s'avancent vers St. Bavon qui est agenouillé, deux degrés plus bas. Cette partie figure la réception du saint au couvent.

Contre la paroi latérale de l'escalier se passe une scène différente. Un homme à la figure noble, aux cheveux grisonnants, habillé d'un large vêtement noir, doublé de fourrure, et portant une chaine d'or au cou, distribue à des pauvres, agenouillés sur les degrés, l'argent que deux pages lui apportent

dans des plats d'or. Le groupe des pauvres se compose de deux femmes et d'un vieillard. La première femme, à gauche, tient dans ses bras deux enfants, dont l'un au maillot ; elle est vêtue d'une robe couleur bronze et gris ; un tissu blanc encapuchonné sa tête. La seconde tient un enfant à la mamelle. Devant elle, on voit la tête d'un second enfant ; à droite se trouve le vieillard portant un vêtement aux reflets cuivrés. Tous trois étendent la main vers le distributeur d'aumônes ; ils ont les bras et le buste entièrement ou à moitié nus. Le peintre a cherché l'effet de son coloris dans l'opposition des carnations claires et chaudes de la partie inférieure, aux tons des riches vêtements de la partie supérieure. Par là, le tableau se rapproche du St. Rock, d'Alost. Dans tous les deux, une scène noble, se déployant dans le haut, charme l'œil, tandis que, dans le bas, la misère étale ses souffrances.

Du côté gauche, près du distributeur d'aumônes, se tiennent trois femmes, l'épouse de Bavon, jeune encore et vêtue d'une belle robe rouge bordée d'hermine, regardant avec attendrissement le comte qui entre au couvent, et deux suivantes, dont l'une porte un haut bonnet d'une étoffe légère et joint les mains en signe de pitié et dont l'autre ne montre que le profil.

Le fond se compose de l'architecture des escaliers et de la galerie. A droite et entre la colonnade, on distingue un ciel gris strié de nuages. A gauche, dans le bas, les armes de l'évêque Triest sont représentées.

C'est un tableau d'autel pompeux, mouvementé, bien ordonné, comme on les voulait à l'époque du peintre. De nos jours, ces groupes de belles femmes et de beaux seigneurs, ces étalages de chairs nues surtout, ne seraient plus admis dans les églises. C'est probablement là une des raisons pour lesquelles l'œuvre fut reléguée, en 1719, dans une chapelle de l'ambulatoire.

Le tableau a perdu sa fraîcheur et son éclat, il est recouvert d'un enduit brunâtre et monotone qui voile son aspect primitif et laisse plutôt deviner qu'apercevoir ses qualités. Il a dû être un travail supérieur et éclatant, un des plus parfaits dans son genre que Rubens ait produits. Les motifs traités par le peintre fournissaient ample matière à une scène brillante. Dans le bas, les chairs nues de tons différents ; sur le côté, les superbes figures de femmes aux riches draperies ; dans le haut, le cortège fastueux des prélats et des chevaliers. La composition, puissamment agencée, est aussi belle que savante. Dans la partie inférieure, le groupe serré des pauvres est d'un mouvement énergique ; le noble et calme groupe des femmes à mi-hauteur relie la partie inférieure de la composition à la partie supérieure.

Pour autant qu'il soit possible d'en juger par la peinture dans son état

actuel, les figures de la partie inférieure nous semblent être de la main de Rubens, celles qui occupent le haut du tableau paraissent peintes par un élève et retouchées par le maitre.

Le tableau fut exécuté en 1624, et commandé par l'évèque Triest, de Gand.

Les archives du royaume de Belgique possèdent une lettre écrite par Rubens (i), le ig mars 1614, par laquelle il rappelle à l'archiduc Albert que, deux ans auparavant, il lui avait montré un dessin colorié, fait de sa main, pour le tableau avec volets qu'il se proposait de peindre pour le maitre autel de la cathédrale de Gand et qui lui avait été demandé par l'évèque Maes. La mort de ce prélat vint interrompre le travail et quoique le chapitre eût tout approuvé, les peines que Rubens s'était données pour le dessin du tableau et de l'autel de marbre restèrent sans récompense. Le successeur de l'évèque Maes, François-Henri Van der Burch résolut de faire construire l'autel en marbre, avec une statue de St. Bavon et sans aucune peinture. L'artiste se plaint qu'ainsi le paj^s et l'église seront privés du plus beau tableau qu'il eût encore fait. Il prie l'archiduc d'écrire à l'évèque de Gand qu'il a vu les dessins, qu'ils lui paraissent bons et que le prélat ferait bien de les examiner avant de prendre une résolution définitive. Sur l'original de cette lettre, le prince inscrivit l'ordre de prier l'évèque de faire venir le tableau peint par Rubens et de le faire achever. L'évèque ne se laissa pas convaincre par la prière du peintre ni par l'intercession de l'archiduc. Le ig janvier i5i5,un autel en marbre fut commandé à Robert de Noie, d'Anvers, au prix de 5ooo florins ; il devait être terminé le premier août i5i6. Au milieu de l'autel, dans une niche, devait figurer une statue haute de six pieds (2).

(i) A. PlN'CHART : Archives des arts. II. 166.

(2) Den XlX^'en Januarij 161 5 es M"" Robert de Nolle Beeldesnydere van zijnen stijle wonende binnen Antwerpen veraccordeert met Eerweerde heeren den Bisschop van Ghendt ende proost Deken ende capittele vande cathédrale kercke van S'= Baefs aldaer angaende het maecken vanden hooghen aultaer van toetsteen ende allebastre, ailes soo hiernaer staet ghespecifieert. Den wejcken hij heeft aenghenomen ende belooft wel ende loffelick te maecken, stellen en volcommen onthier ende den eersten dach van ougste XVIc zesthiene voor de somme van vj'-f duiisent Carolus giddens te betaelene te wetene twee duysent guldens ghereet, andere een duysent guldens binnen eenen jare van date deser ofte emmers naer datter ghereetscap zijn zal vande stoffe die hy tôt Ghendt zal leveren, ende de resterende twee duysent guldens als het werck loffelick gherecht ende ghemaeckt zal wesen metsgaders 00k ghevisiteert by lieden hen dies verstaende ende by heurlieden verclaert hetzelve werck behoorlyck ghemaeckt te zyne volghens den patroon ofte modelle by de heeren vanden capittele gheteeckent ende het inhouden van desen

L'évêque Van der Burch fut appelé à un autre siège, en i6i5, avant que l'autel fût terminé. Le g avril 1620, un nouvel accord fut conclu entre l'évêque Jacques Boonen, son successeur, d'une part, et Robert et Jean de Noie, de l'autre. Les artistes anversois entreprirent d'exécuter en marbre blanc, un

contracte. Ende waert byaldien dat hetzelve werck voor den eersten dach van ougste voorschreven niet gheheel gherecht ghemaeckt ende volcommen wierdt zal den aennemere verbeuren twee hondert guldens die hem afghetrocken zuUen worden up het letste payement. Es 00k besproken dat die metserye, ysere ende loot zal commen tôt laste vanden voornoemden de NoUe annemere, BehoLidens den aultaer met zynen voet. Ende oft gheviele dat middelertyt hy de Nolle aflyvich wierde ofte anderseyns 't voorschreven werck by hem niet volcommen en conste worden, So stelt hem Jan de Nolle synen Broeder oock beeldesnydere borghe ende principael voor de volcommynghe van voorscreven wercke. In teecken der waerheyt zyn hieraf ghemaeckt twee ghelycke instrumenten d'een voor myn heere den Bisschop ende capittele gheteeckent by den aennemere ende zynen Broeder ende het tvveede voor den aennemer gheteeckent by mynheere den Bisschop ende capittele.

robbert de nole.

Jan de Nole.

Ah bas de la pièce, la légalisation de l'acte par Gabriel Essers notaire à Anvers, datée du I o février 1 6 1 5 .

In den eersten zal den gheheelen aultaer hooch zyn 23 voet ende breet op zyn breetste 16 voet, ende onder dick ofte diep drye voet ende een half ofte wat meer naer den eyssche vanden wercke ende al naer uytwysen vanden patroon. Dit es het eerste piedestael ghemerckt met A ende zal zyn ghemaeckt van witten orduynsteen ofte bremersteen zo hooghe totten outaerstcen toe.

Ten tweeden daerop commende twee piedestaellen van ter zyden uutbrenghende twee cortoesen om op te stellen twee figucren van allebastere lanck vyf voeten ende die cortoesen zullen van vooren ghecireert zyn met zeker enghelshoofden ende ander allebastre ingheleyt ende inde piedestallen oock ghesneden inden midden met een ciraet ofte lofTwerck uitwysen het patroon, ende tusschen die twee voorschreven vyff nitsen ovael ofte viercantghewysse met haer comportementen van allebastre rontsom, ende haer zes plintghens onder op den aultaer om zelvere candelaers op te stellen, ende haer pilaersterken oock van allebastre tusschen beeden ende desen voet zal hooch zijn drye voet ofte een dumme minder, zoo het myn heeren begheirdt ende achter omloopende totten witten steen toe ende zal al van toelsteen ende allebastre zyn, uutwysen het patroon ghemerckt B.

Ten derden op die twee piedestaelen zullen commen twee ronde pileiren lanck thien voet met haer cappiteelen ende baesementen, die pileeren van toetsteen ende die cappiteelen ende baesementen van allebastre met zyn viercante pylaster achter den pyleer ende achter noch een pylaster die plat is met zyn cappiteelen ende basementen naer de orderen Corintia, oock van Alebastre, ende die ronde pileeren ende platte al toetsteen tôt achter aen die witte steen toe ghemerckt met C.

Christ ressuscitant de six pieds de haut, une Vierge de quatre pieds et demi, un saint Bavon et un saint Amand d'albâtre blanc, ainsi que deux anges de la même pierre. Toutes ces figures étaient destinées au maitre autel. Le

Ende tusschen die twee pyleeren zal een cleet commen hooch omtrent vier voet ende een quaert onder de lyste ende achter dat cleet van witte avennesteen becleet ende boven een lyst van toetsteen ende onder oock een plinthe uutwysen het patroon.

Ten vierden op die lyste van het cleedt compt op een nissen wit vier voet, niet rondt maer manière van een achtkandt hooch acht voet ende een half, ende van onder ghecireert met allebastre uutwysen het patroon, ende onder die nitsse uutbringhende een eu de lampe om te stellen daerop een piedestael van toetsteen, ora daerop te stellen een figure van alebastre lanck zes voet. Alzulcke figure als myn Eerweirdighe heere zal ordonneren ende die ander figure ter zyde mede van vyf voet groet oock met haer piedestaelle naer behooren ende den eyssche van wercke ende uutwysen het patroon ghemerckt D.

Ten vyfden neffens die nitse zeker manier van pylastren van toetsteen terzyde ingheleyt van alebastre ende inden midden hebbende een cortoesse van alebastre met haer cyraet onder van alebastre naer behooren, ende voorts brenghende een cornisse, compaignerende die cornisse ende architrabe ende frieze vande twee groote colommen oock diezelfde cornisse ter zyde ende achter omloopende tôt het wit werck toe ghemerckt E.

Ten zesten op dese cornisse vanden grooten pileer uutbrenghende een piedestael, ende daer commende een manier van antique candelaers, ofte eenighe antique potten ofte yet anders dat mynheeren zullen ordonneren van alebastre uutwysen het patroon ende daerneffens die cortoessen van alebastre die zullen voortsbrenghen een manier van eenen dobbelen piedestael het naeckt van alebastre ende die lyst van toetsteen, uutbrenghende het fondespits met een slootsteen van alebastre uutcommende, den booch vande groote nitsen, ende commende onder het fondespits met twee festoenen hanghende boven die figure oock van alebastre, ende het fondespits oock ghecireert met alebastre, uutwysen het patroon mits hebbende oock twee cortoeskens ter zyden van alebastre, ende dit fondespit loopt achter, ende voor even schoon ende allevenwel ghepolyst naer behooren G.

Ten zevensten op de fondespits van toetsteen zal commen een dobbel piedestael van toetsteen achter en voor ghemaeckt hooch een voet ofte wat meer, ende breet onderhalf voet met zyn cortoesen in beyde zyden van alebastre ghesneden uutwysen het patroon, ende den eyssche vanden wercke Ende desen aultaer van achter zal van avennesteen ghemaeckt wesen, naer uutwysen het patroon alzo den meester daer eere af begheirdt te hebben, ghemerckt F.

In summa al dit gheheel werck sal wel ende loffelyck ghemaeckt worden niet dan van toetsteen ende alebastre uutgesteken van achter ghemerckt met F zal zyn van avennesteen ende wel schoon ghepolyst sonder vette ofte olye, zodat behoort

Actum binnen Ghendt ten daeghe ende jaere alsboven.

robbert de nole.

Jan de Nole.

Légalisé par le notaire G. Essers, Anvers le lo février i6i5.

Christ ressuscitant devait orner le retable ; la Vierge et les deux anges devaient couronner l'œuvre ; le saint Bavon devait se trouver à droite, le saint Amand à gauche de l'autel (i).

Le lo février i623, troisième accord entre le successeur de l'évèque Boonen, Mgr. Antoine Triest, qui avait pris possession de son siège en 1622 et Robert de Noie. L'artiste s'engage de rehausser et d'élargir l'autel et de ménager, au milieu, l'espace nécessaire pour placer un tableau cintré, haut de seize pieds et demi, large de dix pieds. La statue de St. Bavon, qui se trouvait en ce moment au milieu de l'autel, devait être placée au sommet dans une niche ; l'ouvrage devait être terminé vers le premier novembre 1623, fête du saint. On remarquera que la statue de St. Bavon destinée, dans le contrat du g avril 1620, à occuper une place à droite avait été érigée au milieu de l'autel. Le tableau cintré, de seize pieds et demi de hauteur sur dix

(i) Op heden desen negensten Aprilis duysent zesse hondert twintich, so heeft myn Eeiw. heeie Francisco De Gistelles Canoninck der Cathédrale kercke van Ste Baefs te' Gendt over ende uuytten name van mynen Eerweerdichsten heere mijnen heere den Bisschop ende de Eerweerdighe heeren van den Capittele aldaer, besteedt aen Robert ende Jehan de Noie beeltsnyders alhier f Antwerpen het maecken eerst van eenen Christus verrysende van witten marbre van zesse voeten hooge, een Mariensbeelt van witten albaster vier voeten en half hooghe, minder oft hoogher naer advenant van den heesch van den wercke. Eenen Sinte Bavo op de rechte ende Sinte Amand op de sHncke syde oock van witten albaster, oock naer den heesch ende proportie van den wercke, Ende twee Engelen liggende neffens de Lieve Vrouwe op de frontispice, groot oock naer de plaetse ende heesch van den wercke, oock van albaster. Ailes te maecken ende leveren mitsgaeders oock te moeten stellen wel ende loffelyck tusschen dit en achthien naestcomende maenden binnen der voorschreven Cathédrale kercke van Ste Baefs op den hoogen anltaer, waer vore de voorschreven de Noies sullen hebben voor de statue van witten marber een duysent gulden ende voor de resterende vyff van albaster tweiff hondert gulden eens, te betaelene binnen twee of uuyterlyck drye maenden naer date deser zesse hondert gulden eens ende de resterende zesthien hondert gulden als het voorschreven werck behoorlyck en loffelyck ghestelt sal wesen, Ende dit ailes op het adveu ende welbehaegen van mynen voorschreven Eerweerdichsten heere den Bisschop ende heeren van den Capittele.

In teecken van advea hebben wy dese onderteeckent Jacob Boonen, Bisschop van Ghendt.

robbert de nole.

Jan de Nole.

De mandato RR. Dominorum de Capitulo.

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