SAINT GEORGES TUANT LE DRAGON
Madrid. Musée, i565.
Toile. H. 304, L. 256.
JE saint, recouvert de sa cuirasse, sous laquelle se montrent sa cotte bleue découpée et son vêtement jaune, a enfoncé sa lance dans la gueule ouverte du dragon; le bois s'y est brisé; maintenant, le pieux chevalier lève le bras pour porter, de sa courte épée, un vigoureux coup au monstre. Une draperie rouge flotte des deux côtés de la tête, de lourdes plumes blanches descendent de son casque. Au milieu de la toile, son cheval se cabre violemment ; la crinière vole au vent. Le dragon est renversé par terre, le long museau, armé de crocs terribles est démesurément ouvert, le corps, horrible et fantastique, a la forme d'un serpent ailé. Tout cet enchevêtrement de détails donne du mouvement et de la vigueur au groupe principal du tableau. A gauche se trouve la douce figure de Ste. x'\gnès, avec son agneau; elle est vêtue d'une robe claire sur laquelle une draperie purpurine est jetée ; elle fait un geste enfantin d'effroi à la vue de la scène qui se passe à côté d'elle.
Le coloris du tableau est d'une sombre vigueur qui rappelle vivement la facture de l'Érection de la croix. La figure de Ste. Agnès, à peu près étrangère, par l'action et l'expression, au reste du drame, nuit à l'unité de la composition.
C'est une œuvre exubérante de mouvement. Le peintre a cherché à allier la grâce suprême à un élan impétueux, mais n'a pas réussi complètement dans cette fusion d'éléments disparates; il a produit plutôt une œuvre décorative, pleine de fougue, qu'une composition réellement dramatique et entraînante par la force et la beauté des mouvements du héros principal.
Dans la mortuaire de Rubens, le tableau se trouyait désigné sous le n° i55 comme « St. Georges à cheval, sur toile -^ et fut vendu au roi d'Espagne pour 1000 florins. Il appartenait pour la moitié aux fils du premier lit de l'artiste et fut donc fait du vivant d'Elisabeth Brant, c'est-à-dire avant 1626.
Le tableau date probablement du séjour du maître en Italie, i5o5 à 1608, et est en tout cas antérieur à 1610. Il est entièrement de la main de Rubens.
La pinacothèque de Munich {n° 809) possède de ce tableau une petite copie largement exécutée, sur papier (H. 65, L. 49).
Panneels a gravé cette composition en omettant la Ste. Agnès (V. S. 5i). Sur l'estampe on lit : " Ex inv. Rubeni fecit Discip. ejus Guill. Panneels. In Baden i63i. " La copie de Munich a été lithographiée par Cari Feederle (V. S. 61"^).
Photographie : Laurent.
Voir planche 14g.