‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 172 sur 213 · LA CONFIRMATION DE LA SOCIÉTÉ DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LA CONFIRMATION DE LA SOCIÉTÉ DE JÉSUS

Cologne : Eglise de l'Assomption de la Vierge (Ancienne église des Je'suites). Toile cintrée. H. 2.5o, L. i.5o environ.

AiNT Ignace est agenouillé devant le pape Paul III qui lui remet la bulle approuvant les statuts de son ordre. A côté du saint sont agenouillés St. François-Xavier, les pères Faber, Lainez et un autre. A côté du pape sont assis trois cardinaux; dans le fond, quatre autres. Dans les airs, on voit des anges qui répandent des fleurs sur les personnages.

Le tableau n'est pas de la main de Rubens ou bien il est tellement gâté qu'il est devenu méconnaisable.

Au dessus de cette peinture s'en trouve une plus petite et insignifiante, représentant St. Ignace agenouillé devant Dieu le père qui lui montre le Christ, la même composition que la Vision de St. Ignace de la galerie de Pommersfelden, décrite au numéro précédent.

L'église des Jésuites, à Cologne, fut commencée en mai 1618 et achevée au commencement de 162g. Peu après, le tableau fut commandé. Un registre manuscrit contenant l'histoire du collège de Cologne relate ce fait dans les termes suivants : " L'autel de la chapelle de notre Saint Père et Fondateur fat construit aux frais du révérend ^gidius Campius de la Hollande, plein de dévotion pour le saint, lorsqu'il fut reçu prêtre. De son riche patrimoine, il fonda l'institution des disciples de la Ste. Croix. Il paya une première fois, pour la dorure de l'autel, 400 impériaux; une autre fois, pour les tableaux de la Confirmation de Notre Société, il paya 1000 florins du Brabant à Rubens d'Anvers, le plus fameux peintre de cette époque. « (i)

(1) Altare sacelli Sancti Patris Nostri et Fundatoris œre suo constitiiit venerationi ipsiiis addictus admodum Rev. D. ^Egidius Campius ex Hollandia oriundus, super patrimonio locnplete, ex quo etiam alumnorum S. Crucis t'undationem erexit, sacerdos ordinatus. Pro inauralione altaris prima vice solvit 400 impériales, altéra vice pro tabulis Societatis NostrtE confîrmationem exhibentibus Rubenio famosissimo illius temporis Antwerpiensi pictori mille florenos brabanticos prœstitit. Kvlnisclie Volks-Zeitimg, i3 mars 1881 . (Article communiqué par son auteur le D"' Emile Munck, curé de l'église de l'Assomption à Cologne.)

Notons, à propos de ces tableaux, que toute l'ancienne église des Jésuites à Cologne est ornée de copies d'après les tableaux de Rubens ou de compositions formées d'amalgames de ses œuvres.

Vienne. Musée impérial, 11 52.

Toile. H. 535, L. 395.

jIans une église, sur les marches d'un autel fort simple. St. Ignace est debout en costume de prêtre, revêtu d'une aube blanche et d'une chasuble couleur d'or. A ses côtés se tient un groupe nombreux de ses disciples, dont les figures sont des portraits. Le fondateur de la société de Jésus a posé une main sur l'autel et lève l'autre. L'œil dirigé vers le ciel, il invoque le secours divin pour conjurer le démon. En bas, sur le premier plan, à droite, deux fem.nies avec trois enfants et un homme. L'une des femmes porte sur les bras un nourrisson mort, dont elle vient demander au saint la résurrection ; l'autre demande la guérison de ses deux enfants. L'homme, d'un air joyeux, montre une corde passée autour de son cou ; l'une des mères montre St. Ignace à ses enfants, l'autre lui tend le nourrisson qu'elle porte sur les bras. A gauche, se meut le groupe des possédés pour lesquels on implore son intervention Quelques personnes maintiennent une femme qui se démène dans leurs bras avec des contorsions épouvantables. Son visage a la pâleur de la mort, ses yeux sont égarés, sa langue est bleue, ses vêtements déchirés; de son bras étendu, elle tire sur ses cheveux dénoués. Elle est en proie à ce que les névrologues appellent - la grande attaque, r, Un homme possédé est tombé à la renverse, la tête du côté des spectateurs, les jambes étendues et soulevées ; il a brisé la corde dont on l'avait lié ; il hurle et se démène violemment, son visage est d'une pâleur livide. Deux démons chassés s'enfuient par les fenêtres de l'église. La pose calme et noble du saint contraste vivement avec les contorsions violentes des possédés ; le doux coloris de sa figure et de toute sa personne, avec leur teintes éclatantes.

C'est une composition puissante, une des preuves les plus frappantes de la facilité avec laquelle Rubens disposait, agençait et faisait mouvoir ses personnages. Le tableau se compose de quatre groupes distincts qui ont peu de rapport entre eux, mais qui se rattachent tous étroitement à la figure centrale,

à St. Ignace. Il est vrai que le calme absolu des deux femmes et de l'homme qui se trouvent à droite près des possédés, sans paraître les apercevoir, est peu naturel, et que la manière dont se démènent les possédés inspire l'horreur et la répulsion ; mais ces figures sont si dramatiques, la ligne qui unit les membres de chaque groupe et l'aisance avec laquelle ils sont rattachés au personnage principal sont si hardies et si heureuses, que la puissance de la composition seule nous saisit. St. Ignace est posé à mi-hauteur de la composition ; il y occupe une place toute naturelle qui le met bien en vue. Ses compagnons posés en ligne descendante, les groupes du premier plan, étages sur les degrés de l'autel, les anges et les démons dans le haut ; tout concourt à remplir naturellement le tableau. Le jeu de la lumière et des lignes causé par la colonnade à côté de l'autel et par la coupole dans le fond impriment le mouvement le plus heureux au tableau.

Le coloris est riche. Dans le groupe des deux femmes avec les trois enfants, celle qui est debout porte une robe violet clair, celle qui est agenouillée un vêtement bleu de paon ; les habits de la femme possédée sont vert de mer, le jeune homme à genoux sur les degrés de l'autel porte une culotte jaune, une veste grise. Toutes ces couleurs, dont plusieurs sont violentes et tranchent l'une sur l'autre, sont harmonieusement coordonnées.

La partie supérieure du tableau a été exécutée par des élèves et retouchée par Rubens. Lui-même a peint les groupes inférieurs.

Comme il est certain que le tableau date de lôig ou de lôao, il nous permet de constater que le maître à cette époque trace nettement ses contours, pose ses couleurs par plaques pleines et leur donne peu de reflets ; les ombres sont fortes, les formes ne sont pas outrées. C'est un temps de réserve, de pondération, presque de juste milieu.

On a vu par le contrat conclu entre Rubens et le père Scribanius que, le 20 mars 1620, les tableaux de St. Ignace et de St. François- Xavier étaient déjà terminés, et que, avec les plafonds et les Miracles de Si. François-Xavier ils furent payés au peintre la somme de loooo florins (Voir tome I, page 44).

Lors de la fermeture des couvents de la société de Jésus en 1773, les Miracles de St. François et de St. Ignace furent évalués à 12000 florins chacun et acquis par l'impératrice d'Autriche Marie-Thérèse pour la galerie impériale de Vienne (Voir n°^ 35y et 432).

Dans un article paru dans l'Art, le !«■' janvier i885, les D'^ Charcot et Richer ont publié une étude sur les tableaux où Rubens a représenté des possédés et spécialement sur le tableau présent et le suivant. Les célèbres

spécialistes démontrent que le peintre, pour représenter les possédés, avait étudié les phénomènes de l'hystérie et qu'il les reproduisit fidèlement.

Dans le présent tableau et dans l'esquisse des Miracles de St. François de Paille, Rubens a utilisé les mêmes figures de possédés : une femme qui se démène violemment et un homme qui s'est jeté par terre ; les mêmes modèles ont évidemment posé pour les deux compositions.

Gravures : V. S. 67, Marinus ; 68, Anonyme (Gasp. Huberti exe.) ; 69, S. Langer. Non décrite : J. Kracker.

Le musée du Louvre possède le dessin fait par Marinus pour sa gravure.

Photographie : Miethke.

Voir planche i53.

Vienne. Musée impérial, ii53.

Esquisse. Panneau. H. 104, L. 72..

Il y a de légères différences entre la composition du tableau et celle de l'esquisse. Dans cette dernière, la femme debout, à droite, ne tient pas d'enfant, la femme agenouillée en porte un suspendu par une bande de toile à son épaule. Il y a deux possédés étendus par terre. La lumière est plus abondante et plus égale. Dans leurs parties principales, cependant, les compositions sont identiques. L'esquisse fut achetée avec le tableau et évaluée par Joseph Rosa à 1000 florins. Elle était endommagée par l'incendie.

Elle se trouvait à côté de la chapelle de St. Joseph dans l'église des Jésuites, à Anvers.

Gravure : W. Unger.

Photographie : Miethke.

Gênes. Église de St. Annbroise.

Toile. H. 400, L. 275 environ.

ANS le haut du tableau s'ouvre un portique, au milieu duquel un ange tient une couronne et un autre une draperie rouge qui va vers la gauche. A mi-hauteur. St. Ignace debout, les mains étendues, lève

les yeux avec une expression suppliante. A droite, six pères de son ordre sont faiblement indiqués ; à gauche, un jeune disciple est plus vigoureusement traité. Dans le bas se trouvent les malheureux qui invoquent le secours du saint; ce sont: un homme robuste qui lève les bras, une femme du peuple étendant les mains jointes vers St. Ignace, en l'implorant ardemment, et un homme qui soutient une possédée. Celle-ci, une jeune femme vigoureuse, la tête renversée, se tord dans des convulsions. Vers le milieu se trouve une mère avec trois enfants malades, dont elle en porte un et dont les deux autres se trouvent à ses côtés. A droite, on voit cjuatre figures étagées, une vieille femme malade, un homme âgé, le buste et la tête entourés d'un linge, appuyé sur une béquille, qui viennent implorer leur guérison, et une mère qui se baisse avec un geste de surprise sur le corps de son enfant, en péri! de mort, que St. Ignace vient de guérir. Ce dernier groupe est charmant et plein de douceur ; il contraste vivement avec le mouvement sauvage de la possédée.

C'est une composition facile, heureusement agencée, sagement coordonnée, se divisant naturellement en trois groupes : le saint, la possédée, la femme avec les enfants. Elle est plus sobre que celle du musée de Vienne ; dans ce dernier, le miracle s'opère à grand spectacle ; ici, la scène est simplifiée, l'effet condensé.

Actuellement le tableau a un aspect de sécheresse, mais, il n'est guère douteux que primitivement le coloris ne fût fort harmonieux et même brillant. La draperie rouge dans le haut, la chasuble de St. Ignace et son aube, à gauche, ainsi que la belle figure de la mère, au milieu, vêtue d'amaranthe et de bleu, devaient ressortir énergiquement.

Le tableau fut peint pour l'autel de St. Ignace de l'église où il se trouve encore et qui, du temps de Rubens, appartenait aux Jésuites. Il fut commandé par Nicolas Pallavicini, le même gentilhomme génois cjui fut le parrain du second fils de Rubens et qui avait fondé la chapelle de St. Ignace.

Dans les archives de la famille Carrega, on a trouvé la note suivante : '• Dans l'année 1620 arriva de Flandre le tableau de St. Ignace, peint par Rubens, pour être placé au-dessus de l'autel du Saint Protecteur, que faisait alors ériger le seigneur Nicolô Pallavicini. ^ (i) Rubens avait connu ce seigneur lorsque, avec le duc de Mantoue, il passa quelque temps à Gênes, en 1607. Le duc et sa suite avaient logé dans les maisons de plaisance à

(i) Armand Baschet : Rubens à Mantoue. Gazette des Beaux-Arts. Avril 1868, p. 334.

San Pier d'Arena de Baptiste Grimaldi, Nicolô Pallavicini, Paolo-Agostino Spinola (i).

A la mort de Nicolas Pallavicini, en 1649, le tableau fut acheté par le marquis Agostino Airoli. Des héritiers de celui-ci, il fut acheté par la famille Rebuffo ; l'autel appartient maintenant à la famille du marquis Carrega, héritier des Rebuffo (2).

Le style du tableau indique clairement qu'il fut fait à la même époque que le St. Ignace du musée de Vienne, c'est-à-dire en 1619 ou 1620. Les éléments des deux compositions et l'architecture du temple où la scène se passe sont les mêmes.

Photographie : Le D'' Tommaso Tommasi, de Florence.

l'esquisse du n° précédent appartenait en 1802 à la famille de Pietro Gentile, à Gênes, et était une des cinq belles peintures dont M. Irvine négociait l'achat pour M. Buchanan (3). Sous le n° 83, Voorhelm Schneevoogt mentionne un St. Ignace de Loyola, maltraité pendant son sommeil par les diables, gravé par G. Audran, d'après un dessin qui se trouvait dans la collection de M. Mariette. Ce dernier annote dans son Abecedario que le dessin portait le nom de Raphaël, mais qu'il était de Rubens et faisait partie d'une Vie de St. Ignace dessinée par le maitre anversois et gravée par C. Galle à Rome. Basan et Mariette attribuent à Rubens la composition des 7g planches de cette série, parue à Rome, en i5og, ou d'une partie d'entre elles. C'est là une conjecture bien hasardée, comme le prouve M. Henri Hymans (4).

(i) ARMAND Baschet : Rubens à Mantoue. Gazette des Beaux-Arts. Avril, 1868, p. 32^

(2) Ibid. p. 33q.

(3) Smith : Catalogue. IX, 347.

(4) H. Hymans : Histoire de la Gravure dans l'école de Rubens. P. 26.

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