LA CONVERSION DE SAINT PAUL
Bristol. Collection de sir Philip Miles. Toile. H. 244, L. 35o.
ANS le haut du tableau, le Christ apparait dans les nuages, levant la main droite, avec un geste et une expression de colère et de menace. Il prononce les paroles que le graveur a fait sortir de sa bouche : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?» A sa vue, une terreur extrême s'est emparé d'un groupe de quatre cavaliers qui chevauchaient sur la route de Damas. Le personnage principal, Saul, le futur prédicateur de l'Évangile, les jambes et la tête nues, la poitrine couverte d'une cuirasse, est jeté par terre et est couché sur le dos, les yeux fermés, les mains étendues. L'une de ses jambes est encore appuyée sur le dos du cheval, qui s'est abattu et touche la terre du genou. Saul semble évanoui, anéanti, résigné et dit : " Seigneur que veux-tu que je fasse ? » Le second des cavaliers porte un casque et tient une lance à la main ; il est emporté par son cheval qui rue violemment. Le troisième cavalier porte un turban ; il a de la peine à se tenir sur son cheval qui se cabre, effrayé par l'apparition miraculeuse. Le quatrième, coiffé d'un casque, porte le drapeau et étend les deux bras en signe de surprise. Lui et son cheval sont des figures accessoires. En dehors des quatre cavaliers, il y a encore six piétons sur le tableau. Trois
se trouvent au milieu ; l'un deux se met en devoir de relever Saul ; les deux autres regardent l'apparition avec la plus vive frayeur. Le quatrième, un soldat, se trouve à l'extrême gauche ; près de lui, on voit la tète et les deux pattes de devant d'un chien ; les deux autres, des figures fort accessoires, se voient à gauche.
La composition, suivant Smith (Catalogue. II, 774), est extraordinairement grandiose. " Une lumière brillante, émanant du Sauveur, tombe sur le groupe du centre, et produit un effet terrifiant et sublime. A quelque point de vue que l'on considère cette superbe production, que l'on ait égard à la composition, au dessin, à la richesse et à l'éclat du coloris, ou à la hardiesse magistrale de l'action, l'esprit et l'œil du spectateur s'y arrêteront avec un vrai plaisir et l'on avouera que c'est une œuvre de la plus haute et de la plus réelle excellence. -^
Waagen en parle avec non moins d'enthousiasme et l'appelle un chef d'œuvre : " Rubens se montre ici, dit-il, non seulement avec son ardeur ordinaire, mais avec une sobriété de forme et de coloris inaccoutumée. Ce dernier est d'une profondeur, d'une force et d'une clarté étonnantes. L'exécution est soutenue et soignée (i). ■'
Nous n'avons pas vu le tableau, mais, à en juger d'après la gravure, la manière dont le sujet est traité et l'analogie frappante que la composition présente avec celle des Chasses aux Lions de Munich et de Dresde, nous croyons pouvoir assigner, avec une certitude suffisante, les années i5i6 à i5i8 comme date de son exécution.
Le tableau a appartenu à M. de Montesquieu, dont la famille le céda à M. Delahante. M. Hastings-Elwyn en devint possesseur en i8o5. De sa collection, il passa dans celle de R. Hart Davies, au prix de 4000 guinées. Il fut mis en vente chez M. Christie, en 1810, et adjugé au prix de 255o guinées.
La collection de sir Philip Miles à Bristol, dans laquelle il se trouve maintenant, fut présentée en vente chez MM. Christie, Masson et Wood, à Londres, le 28 juin 1884. La Conversion de St. Paul, fut retirée à 33oo guinées.
Waagen fait observer que la figure de St. Paul étendu par terre rappelle heureusement l'Ananias de Raphaël ; la plupart des chevaux et des hommes se retrouvent, avec plus ou moins de variantes, dans les Chasses que nous venons de désigner.
(1) Waagen : Treasures of Art in Great Britain. III, 186.
Gravures : V. S. 468. Nouveau Testament. S. a Bolswert (Dédicace : Illustrissimo ac Reverendissimo Domino, D. Antonio Triest, Gandensium, Dei gratia, Episcopo, S. Bavonis Domino, Everbergensi Comiti etc. Doctorum Msecenati, omnium ingenuarum artiuni admira tori, laudatori, in Ecclesiam profuso, in pauperes benefico, in nobiles benigno, in omnes comi. a cujus manu nullus iiTemuneratus abiit, nullus mœrens et spe sua frustratus, cum etiam absentium lacrymas munificentiae suae sponsia detergere consueverit. vero Apostolicae doctrinse et vitse, heredi. magni Paulli amatori, imitatori, e Saullo Paullum S. a Bolswert MM. DD. SS) ; 469, Pe. Crevolus ; 470, Ragot; 471, Anonyme (chez Hecquet, à Paris); 472, Wilh. de Broen ; 473, Anonyme (Gasp. Huberti exe).
Jan Vos a fait une pièce de vers sur le tableau. Il n'a probablement vu que la gravure (i).
Voir planche 162.