‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 194 sur 213 · LA DÉCAPITATION DE SAINT PAUL · texte numérisé non relu

LA DÉCAPITATION DE SAINT PAUL

|e Saint est agenouillé sur une hauteur ; à droite, un bourreau, vu de dos, le tient par le bras et a dégainé l'épée, prêt à le décapiter ; à gauche, une femme lie autour de la tête du martyr un bandeau qui doit lui couvrir les yeux ; du même côté, contre le cadre, se trouvent

(1) Treasures of art. IV. i85.

trois soldats romains ; le premier, s'appuyant sur sa lance, est coiffé d'un casque ; le second, tenant également une lance, est couvert d'une peau de tigre ; le troisième est nu-tête. Derrière le monticule, on aperçoit de nombreux soldats. Dans le haut des airs, trois anges descendent apportant une couronne et une palme au martyr. Dans le bas, à droite, deux soldats romains, dont l'un est à cheval et dont l'autre s'appuie sur sa lance, surveillent le supplice ; à gauche, un groupe d'hommes, de femmes et d'enfants, compatissants et attendris, assistent au supplice. Le tableau était cintré dans le haut.

Au premier aspect, on est frappé de la ressemblance que présente cette composition avec le Martyre de Ste. Catherine de Rubens. Dans toutes les deux, on voit de dos le bourreau tenant le glaive et une femme entourant d'un bandeau la tête des martyrs. Le soldat casqué, vu de dos, et la femme portant son enfant rappellent ceux du Portement de la Croix ; le cavalier qui regarde le supplice, tandis que son cheval courbe la tête, se retrouve dans le Calvaire du musée d'Anvers.

Voici ce cju'annote un ancien curieux des choses de l'art à propos de cette œuvre : ^ Dans le couvent de Rouge-Cloitre, située dans la forêt de Soignes, près de Bruxelles, il y avait un tableau de Rubens, représentant la Décapitation de St. Paul. L'apôtre était agenouillé sur une montagne, les yeux levés au ciel, a côté de lui se tenait le bourreau qui le saisissait. Derrière la montagne, des soldats, dont on voyait la tête et une petite partie du corps ; devant la montagne, il y avait plusieurs femmes dont quelques-unes avec des enfants, prêtes à recueillir, au moyen de linges, le sang versé ; celles-ci étaient de grandeur moitié naturelle. Du ciel descendaient des anges apportant la couronne et la palme du martyre. Lorsque l'armée française s'approcha de Bruxelles, en 1696, les religieux de Rouge-Cloitre ont réfugié ce tableau dans l'église de Ste. Catherine ; ne l'y croyant pas en sûreté, ils le transportèrent dans la chapelle de St. Éloi, où il fut détruit par les bombes (i). v

Cette description, faite de mémoire, est assez exacte, comme on peut s'en convaincre en la comparant aux diverses reproductions qui nous ont été conservées de ce tableau.

Ces reproductions consistent en une esquisse que possède M. Holford de Londres, un dessin conservé à la National Gallery de la même ville,

(1) Smyers cité par Mois. M. S. SySS p. 154.

et une gravure du maître-autel de l'église des Dominicains à Anvers, où l'on voit la même composition comme retable.

Cet autel a été gravé par Pierre Verbruggen le jeune. D'après l'inscription de la gravure François van Sterbeeck donna les plans de l'autel, Pierre Verbruggen et son fils le sculptèrent ; ce dernier le grava. L'autel porte la date de 1670. Comment se fait-il, que dans la gravure de cet autel d'une église d'Anvers, nous voyons le Martyre de St. Paul qui, peu de temps après, se trouvait à Rouge-Cloitre et périt, en i6g5, à Bruxelles ? Pourquoi n'y voyons nous pas le Monde protégé par St. Dominique et par St. François qui servait de retable au 18"^ siècle?

Il faut admettre ou bien que cet autel possédait deux tableaux, qui étaient exposés alternativement, comme cela se faisait également dans l'église des Jésuites à Anvers, ou bien que le graveur a représenté, sur l'autel, un des tableaux qui ornaient l'église. Quoiqu'il en soit, l'exemplaire de l'église des Dominicains à Anvers était une copie. Descamps, c^ui le vit en 1768, l'attribue à Boeyermans et l'appelle -^ beau comme de Van Dyck. -^ En 1763, Mensaert l'attribue au même artiste. Il fut enlevé sous la république française et transporté à Paris. De là il fut, plus tard, dirigé sur un musée de province. La liste générale des tableaux arrivés de Paris, dressée par M. Lavallée, indique le musée de Toulouse comme le dépôt qui le reçut (i). Le conservateur, M. J. Garipont, nous écrit que ce musée ne l'a jamais possédé. En effet, il ne figure ni dans le catalogue de ce dépôt ni dans la liste des tableaux qui y furent envoyés sous le premier empire.

Les marguilliers de l'église St. Paul le redemandèrent en i8i5. Aucune suite ne fut donnée à cette requête.

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