PURGATOIRE
Anvers. Musée, 29g.
Panneau. H. ig3, L. i3g.
|u milieu du tableau, le Christ est debout, le buste nu, la moitié inférieure du corps enveloppée d'une draperie rouge qu'il retient de la main gauche, un linge blanc autour des reins. La main droite, par un mouvement gracieux, s'éloigne légèrement du corps en s'entr'ouvrant. La tête, entourée d'une auréole scintillante, est inclinée vers Ste. Thérèse que le Sauveur regarde avec bienveillance. A droite, la sainte est agenouillée, l'une main sur la poitrine, l'autre légèrement relevée. Les regards sont dirigés vers le Christ avec une expression confiante et souriante. Elle porte le voile noir, le manteau blanc, la robe de bure de son ordre.
Dans le bas du tableau, on voit les flammes du purgatoire, dans lesquelles brûlent deux hommes et deux femmes. Le personnage à gauche a les traits de Van Dyck, il étend le bras qu'un ange prend pour le tirer du lieu de souffrance. Il figure l'âme de Bernardin de Mendoza, fondateur d'un couvent de Thérésiennes à Valladolid, que Ste. Thérèse par ses prières délivra du purgatoire. A côté de lui, une jeune femme, à longs cheveux blonds dorés,
avec une expression de joyeuse espérance sur son beau visage, étend la main pour être également secourue. Une tête d'homme aux cheveux et à la barbe grisonnante se voit ensuite. La souffrance est empreinte d'une façon saisissante sur sa figure contractée ; il joint les mains sur la poitrine et lève la tête vers le Christ pour implorer sa délivrance. Ses traits rappellent ceux de Rubens à un âge avancé. A côté de lui, à droite, le buste d'une jeune femme est aperçu de côte ; la tête est vue par derrière ; les bras sont croisés sur la poitrine. Entre ces quatre bustes, des langues de feu élèvent leurs spirales d'un jaune et d'un rouge ardent. A gauche, on voit deux petits anges, dont l'un délivre l'âme de Bernardin de Mendoza et dont l'autre descend vers le purgatoire pour porter secours. Un troisième ange, faiblement peint, plane dans le haut du tableau. Le fond est formé d'une espèce de brouillard gris clair que traversent des filets de lumière céleste et qui, dans le bas du tableau, se confond avec la fumée s'élevant des flammes. Sur la terre, un paysage uni, couvert de touffes indistinctes de verdure, fuit vers l'horizon.
Tout le tableau respire une grâce légèrement efféminée, un sentiment attendri confinant à la sensiblerie. Seule, la figure souffrante du vieillard donne la note dramatique. La couleur et la lumière contribuent beaucoup à cette impression générale. Si les traits des personnages respirent la douceur et l'attente pleine d'espoir, et si les formes sont molles et gracieuses, les couleurs et la lumière sont également mitigées et brillent d'un éclat voilé, d'un doux chatoiement. Les teintes gris-perle dans les nuages, blanc rosé sur les chairs et gris clair dans les ombres, donnent au tableau un aspect nacré et vaporeux qui le distingue essentiellement des autres œuvres de Rubens et lui assigne, avec l'Education de la Vierge, une place à part dans l'œuvre du maître. L'an et l'autre sont des tableaux exquis, d'une suprême délicatesse, d'une élégance un peu recherchée. Ils furent exécutés pour la même église, où ils formaient des pendants : la Ste. Anne se trouvant dans l'autel de la petite nef, à gauche ; la Ste. Thérèse, dans l'autel de la petite nef, à droite,
Il est évident que tous deux trahissent le travail d'un élève ayant une prédilection pour les tons argentins et les couleurs tendres. L'artiste de l'atelier de Rubens, dont ces caractères distinguent la manière, est Van Thulden et on peut, nous semble-t-il, risquer l'hypothèse que c'est là le collaborateur de Rubens dans les deux compositions en question.
Rubens a retouché abondamment les deux figures principales; ses teintes plus chaudes et plus brillantes se détachent avec vigueur de la couche grisâtre et terne sur laquelle elles sont posées et avec laquelle elles s'amalgament
d'une manière incomplète. Le travail de l'élève se distingue fort bien de celui du maitre, le premier est mat et plâtreux, le second est mince et limpide ; les retouches sont posées par glacis et le plus souvent par empâtements. Les âmes du purgatoire, entièrement de la main du maitre, forment la meilleure partie du tableau.
Celui-ci date de la dernière période du maitre, de i63o à i635, probablement plus près de la seconde que de la première de ces années. Par l'analogie de sa facture, il se rapproche du Martyre de S. Liévin (n° 467) et du Massacre des Innocents (n° 181) datant de la même époque.
Il fut peint pour l'église des Carmes déchaussés d'Anvers où il se trouvait sur l'autel de la chapelle de Ste. Thérèse. Enlevé par les commissaires de la République française, il fut transporté à Paris en 1794 et ramené à Anvers en i8i5.
S. M. le roi des Belges possède une ancienne copie réduite de ce tableau (Panneau, H. 64, L. 49), qu'on a improprement appelé une esquisse. La répétition est très soignée et achevée ; c'est probablement le travail d'un élève très habile ; la collaboration du maitre est fort douteuse. Quelques détails sont faibles : la figure de la sainte a quelque chose de commun, l'œil de la figure du vieillard dans le purgatoire est éteint ; les anges ont des contours trop nets, trop tranchés.
Cette œuvre parut dans les ventes suivantes : Prince de Rubempré (Bruxelles, 1765), 700 florins ; Braamcamp (Amsterdam, 1771), 835 florins, à Van Saceghem de Gand ; Van Saceghem (Bruxelles, i85i), 22,600 frs. ; Patureau (Bruxelles, i857), 16,000 frs.
Il existe d'autres petites copies de ce tableau. L'une d'elles (Panneau H. 45, L. 36) se rencontre dans la vente Schamp d'Aveschoot (Gand, 1840) où elle fut adjugée â M. Wuyts d'Anvers à goo francs. Elle a été léguée en 1887, à la ville de Lierre, avec le cabinet Wuyts ; une autre se rencontre dans la Bridgewater Gallery (Panneau. H. 66, L. 48). Parthey en signale encore une (Panneau, H. i pied, L. i pied 5 pouces), dans la collection Fahne, au château Roland.
Gravures ; V. S. 67, Schelte a Bolsvvfert ; 68, François Langot.
La réduction du cabinet de S. M. le roi des Belges a été gravée par P. Spruyt (V. S. 68'''^), lorsqu'elle se trouvait dans la collection Van Saceghem et lithographiée dans le catalogue de la vente Patureau.
Le purgatoire seul a été gravé par C. Galle (V. S. Allégories sacrées, 32). Aux quatre âmes du purgatoire le graveur a ajouté une foule d'autres figures
dont la tête émerge des flammes. Dans le haut, on voit le nom de Jésus, IHS, dans une gloire entourée de cinq anges. Une répétition de petit format, avec deux anges à côté du saint nom, a été publiée par C. Galle (V. S. 33). Une troisième planche, avec deux anges et sept âmes dans le purgatoire, où le saint nom a été remplacé par un triangle, a paru sans nom de graveur ni d'imprimeur (V. S. 34) ; dans une quatrième (V. S. 35), le triangle est remplacé par le nom de Jéhovah en hébreu. Voir planche 167.