‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 206 sur 213 · SAINT SÉBASTIEN · texte numérisé non relu

SAINT SÉBASTIEN

Berlin. Musée, ygSH.

Toile H. 200, L. 128.

|e saint est lié au tronc d'un arbre ; il est tout nu, à l'exception des reins que recouvre un linge. Il est percé de cinq flèches, une dans le bras droit, une dans la poitrine, sous le cœur, deux dans le ventre, à droite, et une dans la jambe droite. Il porte de longs cheveux et une barbe jeune et rare. Au pied de l'arbre sont déposés un carquois avec des flèches et un arc ; le fond est formé par le ciel bleu gris foncé. A gauche, un bocage ; à droite, la plaine où l'on aperçoit la lueur ardente du soleil qui vient de descendre derrière l'horizon. Le saint lève la tête au ciel ; la douleur et la prière, empreintes sur ses traits, dénotent son désir d'être délivre de ses souffrances. Cette expression est très profonde et émouvante ; elle fait songer à celle du Christ de V Erection de la Croix. La tête reproduit les traits de Rubens dans sa jeunesse. La lumière tombe du ciel, de gauche à droite, et éclaire ainsi le martyr, tandis que le soleil couchant ne fait pas sentir son effet. Les arbres sont peints dans un ton extrêmement opaque et sombre. Les chairs du saint ont une tonalité jaune et chaude, avec des nuances bleu d'ardoise sur la poitrine, pour indiquer les ombres légères. Les ombres plus profondes sont d'un châtain transparent. Les extrémités, la tête et le bas des jambes, sont de nuance grisâtre.

Le saint est taillé en jeune Hercule, avec des ondulations musculaires très prononcées ; les contours sont fermes, sans être tranchés ; l'œuvre est plus claire que Y Hercule et la Déjanire, du palais Durazzo de Gênes ; mais, comme ces derniers tableaux, elle réunit tous les caractères de l'époque italienne. Le corps est robustement musclé, les ombres brunes, les fonds sombres, les modelés bleuâtres dans les chairs, la peinture travaillée dans la pâte.

C'est un tableau d'un intérêt et d'une importance peu ordinaires pour l'étude de l'œuvre de Rubens. Il est entièrement de la main du maitre, peint en Italie, probablement aux derniers temps de son séjour.

Dans la vente Hill (Londres, 181 1), il fut adjugé à 120 guinées. Il passa dans la galerie Munro de Londres et fut acheté par le musée de Berlin, dans la vente de cette collection, à Paris, en 187g.

Il figurait parmi les tableaux offerts en vente, le 28 avril 1618, par

Rubens à Dudley Carleton. L'artiste le mentionne comme suit : " St. Sébastien nu, de ma main, haut de 7 et large de 4 pieds. " Il en demandait 3oo florins. Dudley Carleton l'acquit en échange de marbres antiques (i). M. Noël Sainsbury nous apprend que M. Yates, de Bondstreet à Londres, possédait, en i85g, un St. Sébastien, par Rubens, de dimensions fort peu diff"érentes (2). Cette dernière peinture n'est pas le St. Sébastien dont il est question ici.

Photographie : Anonyme.

Il existe, en eau-forte, un 5/. Sébastien, lié à un arbre, par une main; l'une des jambes est pliée ; le martyr est debout sur un pied, un ange lui apporte une couronne. Quoique l'estampe soit signée : Guilels Panneels inv. et je. et que la paternité en revienne donc clairement à Panneels, Voorhelm Schneevoogt {vp 141) et Basan ont cru pouvoir la ranger dans l'œuvre de Rubens. Le premier de ces auteurs cite encore, sous le n° 142, un St. Sébastien, gravure anonyme (P. P. Rubens pinxit. J. Meyssens exe.) que nous n'avons pas retrouvée.

Smith (Catalogne. II, no 788) cite une gravure de Ragot, représentant un St. Sébastien où un ange lui retire une flèche de la poitrine, et une répétition anonyme de moindre format de cette gravure publiée par Marin.

Dans la galerie du palais Corsini à Rome, un St. Sébastien figure sous le nom de Rubens. On y voit le saint mort, mais attaché encore à l'arbre ; quatre anges l'entourent ; l'un d'eux retire une flèche de la poitrine du martyr ; un autre, à genoux, délie les cordes qui entourent la cheville. Karl Wœrmann (Geschichte dcr Malerei, III, 417) range ce tableau parmi les œuvres exécutées par Rubens pendant son séjour en Italie. En réalité, le tableau est de Van Dyck. La sentimentalité du sujet, la facture, le coloris et surtout la tête de l'ange agenouillé, qui présente les traits bien connus des anges de Van Dyck, ne laissent pas subsister le moindre doute à cet égard. Le grand élève de Rubens exécuta fort probablement cette œuvre en Italie.

Saint Simon de Valence.

Voorhelm Schneevoogt (n" 143) cite, d'après Basan, une estampe de St. Simon de Valence, gravée par Corneille Galle et représentant ce saint à mi-corps dans un ovale, tenant d'une main une croix et de l'autre un lis.

(i) Noël Sainsbury. Op. cit. pp. 3i et 46. (2) Ibid. p. 3i (note).

Nous ignorons à quel titre la composition de cette petite image religieuse est attribuée à Rubens.

Saint Théodore.

Le cabinet des estampes de Paris possède une gravure représentant St. Théodore. Il est agenouillé, vêtu d'une cuirasse; un autre saint lui montre le ciel ; trois anges font de la musique.

L'estampe anonyme a pour inscription : " St. Theodorus miles et martyr. j^mo p p Theodoro Stratio S. T. Doctori ac totius Ord. Carm. Reg. Observ. generali dignissimo hanc sanctissimi sui patroni efîfigiem ad perpetui cultus et amoris tesseram Carmelus Bruxellensis D. C. Q. ^ Dans la planche gravée on lit les mots - Rubbens inv. v Cette indication est probablement d'un faussaire. En tout cas, l'œuvre est indigne de Rubens.

Page 1