‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 21 sur 213 · JÉSUS-CHRIST DONNANT LES CLEFS A ST. PIERRE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST DONNANT LES CLEFS A ST. PIERRE

Collection de M. de Potemkin.

Panneau. H. iSlî, L. i63.

K Christ lève la main gauche par un geste exprimant sa souveraine autorité ; de la droite, il remet les clefs à St. Pierre. Celui-ci se tient devant son maitre dans une humble attitude et le regarde en écoutant ses paroles. Derrière St. Pierre, à gauche du tableau, se trouvent quatre autres apôtres dont on ne voit guère que les têtes. Le Christ porte une draperie rouge ; le côté droit de son buste est nu. St. Pierre a un manteau jaune sur les épaules.

Le premier des apôtres, à commencer par la droite, est un homme dans la force de l'âge, à cheveux noirs, portant un manteau vert ; le second est St. Jean, vêtu d'une draperie rouge ; le troisième, Judas, qui ouvre de grands yeux avec une expression furibonde, a des cheveux noirs grisonnants ; le quatrième a une grande et large barbe et porte une draperie sombre. Le Christ, St. Pierre et trois de ses compagnons rappellent les apôtres de l'Incrédulité de St. Thomas, au musée d'Anvers.

C'est un travail d'élève retouché par le maitre, dans les parties principales. Le Christ a un air fade de bellâtre, le St. Pierre est un vieillard caduc, le premier apôtre ressemble à un idiot. L'œuvre lourde et médiocre doit probablement ce caractère à des retouches maladroites. Elle date d'environ i6i3, année où fut faite l'Incrédulité de St. Thomas.

Le tableau a été exécuté pour le monument funéraire du peintre Pierre Breughel, qui existe encore dans l'église de la Chapelle à Bruxelles. Il fut élevé par Jean Breughel de Velours, à la mémoire de son père et de sa mère Marie Coucke, et renouvelé par David Teniers le jeune, en 1676.

On lit l'inscription suivante sur la pierre tumulaire, au-dessous du tableau : ■" Petro Breugelio exactissimse industrise artis venustissimse Pictori quem ipsa rerum parens natura laudat peritissimi artifices suspiciunt aemuli frustra imitantur itemque Marise Coucke ejus conjugi Joannes Breugelius parentibus optimis pro affectu posuit. Obiit ille MDLXIX hœc MDLXXVIII. D. Teniers Jun. ex haeredibus renovavit a° MDCLXXVI. "

Cette inscription, à l'exception des mots qui se rapportent à Marie Coucke et à la restauration du monument, fut composée par Balth. Moretus. Nous avons retrouvé aux archives du musée Plantin-Moretus le brouillon du texte écrit de la main de l'illustre imprimeur.

Le panneau fut enlevé du monument et les marguillers le vendirent en 1755 pour subvenir aux frais des réparations de l'église.

M. Braamcamp l'acheta pour 5ooo florins. Il en fit faire, en outre, à ses frais, une copie par J. Tassaert, qui orne actuellement le monument de Pierre Breugel.

Le tableau fut vendu dans la mortuaire de Braamcamp, à Amsterdam, le 3i juillet 1771, au prix de 4000 florins, à van Lancker, d'Anvers; dans la collection de ce dernier, vendue à Anvers en i835, il fut acheté, pour Nieuwenhuys, par van Regemorter, au prix de 10.100 florins, sans compter les 10 °/o ; en i836, il fut acheté par lord Northwick ; en i838, il fut présenté en vente par ce dernier propriétaire avec toute sa collection et retiré sur une mise à prix de 1000 guinées.

Smith nous a conservé un récit détaillé de la manière dont le noble lord fit valoir les qualités de son panneau et combattit l'opinion de l'auteur du Catalogue raisonné. Le résultat de la vente démentit avec éclat les éloges du propriétaire et justifia les critiques de Smith (i). Dans la vente du cabinet de lord Northwick, en iSSg, le tableau fut adjugé à 160 livres sterling.

Gravures : V. S. 178 et 17g, Pierre de Jode (Dédicace : Celeberrimo excellentissimoque in arte pictoria viro Joanni Breugelio qui hanc tabulam in seternam patris sui Pétri Breugelii pictoris clarissimi memoriam, admirabili Pet. Paull. Rubenii operâ depictam, erigi curavit ; affinitatis et benevolentiae hoc symbolum aeri insculptum D. D. Petrus de Jode.) ; 180, Gravure en manière noire. Non décrit : Anonyme (Gaspar Huberti exe).

Voir planche 88.

On range dans l'œuvre de Rubens une estampe gravée par Soutman d'après un tableau de Raphaël, représentant le Christ remettant les clefs à St. Pierre (V. S. 187).

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