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LA TRANSFIGURATION

Nancy. Musée, 233.

Toile. H. 417, L. ôyS.

u haut de la montagne, le Christ apparaît dans une gloire. A gauche, Moïse, tenant les tables de la loi, est assis sur les nuages. A droite, Élie, sans attributs, montre du doigt le Christ. Trois disciples sont

(i) Smith : Catalogue. IX, 67.

agenouillés devant le Sauveur : l'un, St. Pierre, est prosterné la face contre terre ; le second, St. Jacques, le dos courbé, la figure levée pour voir le Christ ; le troisième. St. Jean, le buste droit, se couvre le visage des mains.

Dans le bas, à gauche, neuf apôtres. A l'extrême gauche. Judas enveloppé de son manteau tourne le dos à l'apparition, prêt à quitter le jardin. Le second, plein d'admiration, lève la tête vers le Christ et joint les mains sur la poitrine ; le troisième, une figure colossale, tient d'une main un livre ouvert et lève l'autre, comme s'il enseignait. Celui qui suit écoute le précédent. Des cinq restants, il y en a un qui lève la tête en adoration vers le Christ ; les quatre autres s'occupent du spectacle du démoniaque qui se passe à droite.

Là, on voit une femme montrant aux apôtres son frère possédé ; un homme, jeune encore, les mains jointes supplie les disciples du Christ d'intervenir. Le père et la mère tiennent l'enfant possédé ; tous deux écarquillent les yeux de frayeur. L'enfant est lamentable à voir ; il est vêtu d'une chemise déchirée ; le bras et la jambe droite sont étendus, rigides comme du bois ; le bras gauche est levé, la jambe gauche pend inerte, le cou est tordu ; de la bouche ouverte l'écume s'échappe ; la prunelle des yeux est presque cachée sous la paupière et ne laisse voir que le blanc ; les cheveux noirs retenus par une bandelette sont en désordre. Plus à droite, une jeune mère à genoux montre également le malheureux d'une main et écarte de l'autre son enfant qui pleure à la vue de ce spectacle. Trois hommes, d'aspect grave, et dont le premier est richement vêtu, contemplent la scène. A gauche, dans le haut, un groupe d'arbres ; à droite, des arbres et une échappée de vue sur la mer.

Le milieu du tablea.u est éclairé par la lumière vive et chaude qui jaillit du Christ ; le côté gauche est noir dans le fond, du côté droit la lumière est modérée. Les figures et les carnations brunes, aux ombres opaques, sont massives et lourdes. Dans plusieurs d'entre elles, surtout dans la sœur, au milieu, se traduit l'imitation malhabile du Véronèse. La tonalité générale s'inspire du Guerchin et du Caravage. La scène du possédé rappelle celle de Raphaël. Comme le Baptême du Christ du musée d'Anvers, c'est une œuvre toute d'imitation, une espèce de compilation pastichée. Les figures des apôtres sont hardies, plus mouvementées que celles du Rubens postérieur, mais elles dénotent bien la main du maître.

Une bande d'une dizaine de centimètres a été ajoutée dans le bas. D'autres restaurations se remarquent. Le tableau a subi des repeints considérables. Il est difficile de dire ce qu'il était au sortir des mains de Rubens. Très probablement cependant, sa tonalité était déjà fort sombre, mais le temps et

les restaurations auront encore accentué ce défaut. Son authenticité d'ailleurs ne saurait être mise en doute.

Nous avons donné, au n» 8i, l'histoire de ce tableau, en même temps que celle de ses deux compagnons : le Baptême du Christ et la Sainte Trinité adorée par Vincent de Gonzague et sa famille (Voir nos n°^ 8i et 237).

Les trois tableaux ornaient primitivement l'église des jésuites à Mantoue. Ils furent enlevés par les Français, en 1797. En 1801, la Transfiguration devint la propriété du musée de Nancy. Le catalogue de cette collection ne nous renseigne pas sur la manière dont le tableau fut acquis.

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