LE CHRIST AU JARDIN DES OLIVES
E Christ est agenouillé sur un tertre peu élevé, une main posée sur la poitrine, l'autre légèrement écartée du corps, la figure empreinte d'une expression d'angoisse poignante. Il dirige les yeux vers le calice qu'un ange debout devant lui élève au-dessus de la tête. A la droite du Christ, trois apôtres se sont endormis sur le sol ; dans le lointain, on voit entrer par la porte du jardin les hommes armés conduits par Judas. Un groupe d'arbres, derrière lequel la lune se lève, s'aperçoit sur la colline qui
monte à l'arrière-plan. Sur le calice tenu par l'ange tombent les rayons brillants d'une clarté céleste.
Gravures: V. S. 234 et 242, Petrus de Bailliu (Dédicace: Amplissimo ac Reverendo Ad""" Domino D. Jacobo Roose Protonot. Aplico Cathedralis Ecclesiae S. Bavonis Praeposito et Canonico etc. DD. humilis cliens Fr'^"^ vanden Wyngaerde) ; 235, Anonyme (Gaspar Huberti exe.) ; 235, C. H. Hodges ; 237, A. Melar ; 238, Ant. Coget ; 239, C. Galle.
Cette dernière planche présente des différences avec les précédentes. Le calice n'est pas tenu par l'ange, mais se trouve posé sur les nuages. Il est surmonté d'une croix. Sur le devant, le paysage diffère. Sur les côtés, la composition est écourtée, de façon qu'on n'aperçoit que deux apôtres endormis.
Voorhelm Schneevoogt (240) signale un autre Christ au jardin des Olives gravé par Crispin de Pas, le fils. Il y a des épreuves portant l'inscription Crisp. de Pas inv. et ex. L'iconographe de Rubens croit que le nom de Crisp. de Pas a été substitué à celui de Rubens. Le contraire est plus probable et cette probabilité rend la pièce très suspecte.
Le même auteur (241) mentionne encore un Christ au jardin des Olives gravé par Schelte a Bolswert. Cette estampe représente le Christ de profil. Dans le haut à droite, un ange dont on ne voit que la tête et les bras présente le calice ; au-dessous apparaissent deux groupes de gens dansant et buvant. La planche ne porte pas le nom de Rubens, et pour cause. Elle ne figure à aucun titre dans l'œuvre du maitre.
Dans la vente J. H. Molkenboer (Amsterdam, 17 octobre i825), parut un dessin représentant Jésus au jardin des Olives consolé par l'ange. Il fut adjugé à Jolies pour la somme de 73 florins.
L'emprisonnement du Christ.
Une composition gravée en manière noire par F. C. Bierweiler et représentant l'Emprisonnement du Christ est faussement attribuée par le graveur à Rubens.
Le Christ devant Catphe.
Voorhelm Schneevoogt (n° 243) attribue à Rubens la composition d'une estampe sans nom de peintre ni de graveur, publiée par Gaspar Huberti et
représentant Jésus-Christ devant Caïphe. La scène se passe dans l'intérieur d'un temple et représente le moment où le grand prêtre s'écrie : " Qu'avons-nous encore besoin d'autres témoignages ! Vous venez d'entendre son blasphème ; que vous en semble-t-il ? - et où les ennemis du Christ répondent : " Il a mérité la mort. - Les spectateurs tirent le Sauveur par les cheveux et un soldat le frappe au visage. Sur un des côtés, St. Pierre renie son maitre.
L'absence du nom de Rubens sur l'estampe rend l'attribution fort suspecte.
Gravure : V. S. 243, Anonyme (Gasp. Huberti exe).
26g. LA FLAGELLATION.
Anvers. Église St. Paul. (Ancienne église des Dominicains). Panneau. H. 21g, L. 161.
A scène se passe dans une prison dont les murs lourds et sombres forment le fond du tableau. Le Christ entièrement nu, à l'exception d'une étoffe blanche autour des reins, est attaché à la colonne, le dos tourné vers le spectateur. Il nous montre son visage de profil. Son dos est rayé par les coups de verges et des traces sanglantes tachent sa blanche peau. Il courbe le buste comme accablé sous le poids de la souffrance.
A gauche, se tient un bourreau de stature herculéenne, le buste rejeté en arrière, levant la corde à nœuds, d'un geste violent, avec une expression sauvage. Un linge d'un vert noirâtre entoure le milieu de son corps.
A droite, un nègre sort du cadre. 11 pose le pied sur le pli de la jambe du Christ cherchant un point d'appui pour donner plus de force à ses coups. Une férocité de tigre est empreinte sur sa figure grimaçante, pendant qu'il lève le paquet de verges prêt à frapper.
A côté de lui, un soldat, également armé de verges et retirant d'une main le linge qui entoure les reins du Sauveur, est légèremement indiqué. Dans le fond, on aperçoit un spectateur raillant qui, de la main, protège ses 3.'eux contre les rayons du soleil. Dans le coin, à droite, un chien dont on ne voit que la tète et les pattes de devant.
L'ensemble de la composition, quoique ne comptant qu'un nombre restreint de personnages, est fort mouvementé et admirablement disposé. Le corps du Christ frappe vivement par sa blancheur éclatante. Sa chair est si délicate et si pure qu'on se sent ému de compassion en la voyant mutiler si cruellement.
A côté de lui, se trouve un bourreau à la peau brune, dont tout le corps se soulève en lançant la corde. Le contraste entre ce colosse brutal et la douce et intelligente figure du Christ, est frappant.
Le tableau est travaillé avec soin. Le coloris est un peu mat, même un peu pâle et mou, dans certaines parties du Christ. Dans son ensemble, il n'a ni la transparence ni le brillant d'une œuvre de la main du maître ; mais la majeure partie des carnations sont peintes ou repeintes par Rubens. Il est probable que les nettoyages lui ont fait perdre de son éclat.
Il faisait partie d'une suite de quinze peintures représentant les mystères du Rosaire. Cette série occupe encore sa place, dans le bas côté de l'église. L'œuvre originale de Rubens a été transférée près de l'autel, au bout de la nef, et remplacée par une copie.
Les volets qui la couvrent d'ordinaire portent l'inscription suivante : " Hanc vividam flagellât! Salvatoris nostri Jesu Christi imaginera, exquisitissima arte depictam, ecclesiae S" Pauli dicavit P. -P. Rubens. Anno MDCXVII. ■'
D'après une note recueillie par Mois [Sj^io. P. 48), le prix payé à Rubens pour le tableau était de i5o florins. Il fut enlevé par les commissaires de la république française en 1794 et ramené à Anvers en i8i5.
Dans les catalogues du musée de Bruxelles de l'année 181 1 et 1814 figure " la Flagellation, esquisse du tableau qui sous le n" 5oi orne le musée de Paris. » Le catalogue de i8o5 et ceux qui sont postérieurs à 18 14 ne le mentionnent pas.
Une copie de la Flagellation (H. 235, L. 172) fut enlevée de l'hospice des incurables, à Liège, par les commissaires de la république française, en 1794. Elle fut donnée, en 1802, au musée de Marseille, où elle se trouve encore sous le n" 402. Aux archives du Louvre, elle portait la désignation : " Rubens : (d'après) la Flagellation, Cologne -^ (i).
Gravures : V. S. 246, Paul Pontius ; 246, ¥ . Langot ; Non décrit : Anonyme (F. van Wyn exe.) ; Anonyme (Gaspar Huberti exe).
La gravure de Pontius est plus en largeur que le tableau. Dans ce dernier, le bourreau à la corde touche le cadre ; dans la gravure, il est assez éloigné du bord ; dans le tableau, son coude et son talon sont en droite ligne, l'un sous l'autre ; dans la gravure, la jambe se trouve notablement en arrière. La tête du même personnage diffère également dans les deux œuvres : dans la gravure elle est vue de profil, dans le tableau au tiers seulement. Les autres têtes orésentent également des différences. Dans le tableau, le nègre à droite
(i) Ch. Piot : Rapport sur les tableaux enlevés en 1794. Pp. 48, 337, 347.
est coupé par le milieu ; dans la gravure, on le voit en entier. Du chien, que l'on voit complètement dans la gravure, on n'aperçoit, dans le tableau, que la tête et les pattes de devant. A première vue, on serait tenté de croire que le tableau a été rétréci dans le sens de la largeur, mais en se rappelant qu'il faisait partie d'une suite de peintures de dimensions égales à celles qu'il a encore, on doit conclure que le graveur a travaillé d'après un dessin ou une esquisse différant du tableau. Les autres gravures sont des copies de celle de Pontius. Une lithographie anonyme reproduit exactement le tableau.
Matthieu Borrekens a gravé, d'après un dessin de Pierre Van Lint, une immense gravure dans laquelle la Flagellation de Rubens, telle que Pontius l'a gravée, occupe la partie centrale et principale. Le dessinateur y a ajouté, à droite, la figure du guerrier au bonnet de fourrure que l'on voit au premier plan dans le Cyrits et Tfiomiris gravé par Pontius. Les autres figures sont plus espacées. La scène se passe dans une galerie ouverte ; dans le fond, on découvre de superbes bâtiments (V. S. 261.).
Le même graveur a encore reproduit la figure du Christ de la Flagellation en grandes dimensions. L'estampe porte les inscriptions " Petrus-Paulus Rubens inventor. Erasmus Quellinus delineavit. ^ Dans cette estampe le Christ a le corps couvert de blessures, les chairs sont déchirées et la peau pend en lambeaux sur tous les membres. Du dos, des bras et des jambes le sang coule en grosses gouttes. La figure est hideuse à voir. Cette transformation de l'homme des douleurs est due à Érasme Quellin (V. S. 244).
Voorhelm Schneevoogt (247) attribue à Rubens une autre Flagellation gravée par E. van Panderen. La planche ne portant pas de nom de peintre, l'attribution semble hasardée.
Voir planche gS.