LE CHRIST EN CROIX
ENTRE LES DEUX LARRONS
Toulouse. jMusée, 112.
Panneau. H. 395, L. igo.
LOUÉ sur la croix, les bras rapprochés et tendus par le poids du corps, qui s'affaisse, le Sauveur du monde, prêt à rendre le dernier soupir, jette vers le ciel un regard empreint d'une immense douleur et d'une résignation infinie. Sa tète est à demi renversée en arrière et la contraction de ses traits exprime les plus atroces souffrances. L'expression de cette figure est sublime. La Madeleine agenouillée au pied de la croix qu'elle enlace de ses deux mains, ne peut détacher ses yeux baignés de larmes de son Maitre bien-aimé. La touchante douleur de son amour divin se peint dans tous ses traits. L'affliction de la Vierge est tout aussi navrante ; debout derrière saint Jean cjui cache ses pleurs dans son manteau, elle lève les bras vers son Fils, et semble, par ce geste désespéré, vouloir retenir le souffle qui va lui échappper. Comme contraste à cette scène de désolation, le peintre a placé au premier plan, à droite, deux guerriers revêtus d'armures qui considèrent le Christ avec des regards trahissant moins la compassion que la curiosité. Le bon larron tourne la tête vers le divin Sauveur, plein de confiance en ses promesses, tandis que, dans ses efforts pour se détacher de la croix, le mauvais larron a fait rompre le clou qui lui retenait le pied droit ; mais ses forces sont épuisées et sa tète retombe sans mouvement sur son épaule (i) r^.
Clément de Ris dit de ce tableau que c'est une esquisse dont les figures sont de grandeur naturelle et l'appelle une œuvre remarquable, dans un triste état de dégradation. Il fit partie du second envoi accordé par le Gouvernement français au musée de Toulouse et était désigné comme venant d'Anvers.
Le tableau ornait le maitre-autel de l'église des Capucins à Anvers. Cette église fut bâtie en 161 3 ; c'est très probablement à cette époque que Rubens peignit le rétable du maitre autel. Il fut enlevé par les commissaires de la République Française, en 1794 (2).
(i) George : Catalogue du musée de Toulouse.
(2) DESCAMPS: Voyages. P. iqS. — Mensaert : Le Peintre amateur. I, 214. — PlOT : Rapport. P. 28, 386.
Le Christ de cette composition a été gravé par S. a Bolswert, sans les autres personnages. V. S. 292, S. a Bolswert ; 2g3, Anonyme (Christ de Poilly exe).
Photographie : Delon.