ET FAR ST. JEAN
Anvers. Musée, 3 19.
Panneau. H. 55, L. 74.
E fond du tableau représente une paroi de rocher sombre formant une grotte tapissée de verdure et de broussailles ; à gauche, une échappée de vue sur le paysage et le ciel bleu verdâtre ; dans le
(i) MICHEL: Histoire de la vie de P.-P. Rubens. P. 363.
lointain, la ville de Jérusalem. Le Christ nu est déposé sur de la paille et sur son linceul couvrant les reins ; la jambe droite s'avançant vers le spectateur est vue en raccourci ; le bras gauche retombe sur la cuisse ; le bras droit est soulevé par la Madeleine qui l'a posé sur ses genoux. La figure du Sauveur rappelle vivement celle du Christ dans la Trinité du musée d'Anvers. Autour de lui sont agenouillées cinq femmes. La première, Marie Madeleine, est vêtue d'une robe pourpre et de linge blanc ; pleine de douleur et de désespoir, elle s'arrache les cheveux blonds. La Vierge soutient le Christ dans ses bras et laisse reposer la tète du mort contre sa poitrine ; elle essaie d'ouvrir un des yeux fermés par la mort. Elle porte un manteau bleu qui lui couvre la tête. Une troisième femme est agenouillée aux pieds du Christ ; elle est enveloppée dans un manteau gris foncé et essuie ses larmes. Une quatrième femme lève au ciel sa figure en pleurs. Au second plan, on aperçoit encore une vieille femme prosternée, les mains jointes appuyées sur le sol, les yeux levés sur le Christ. St. Jean, enveloppé d'une draperie rouge, est debout derrière la Vierge qu'il cherche à consoler. A gauche se trouve, par terre, un plat de cuivre avec l'éponge ayant servi à laver le corps, un seau d'eau dans lequel plonge un linge ensanglanté, un vase à onguent, une boite en bois, un balai, un marteau et des tenailles, une lanterne et les deux clous.
Tout cela est largement et grassement peint, quoique de dimensions très réduites. Les figures forment un beau groupe serré, plein de couleurs vives et claires, ressortant sur un fond sombre. Les corps sont beaux et amples, les carnations teintées de bleu. C'est une des belles pièces de chevalet du maître. Les figures sont entièrement de sa main ; le payage et les accessoires ne sont pas de Breughel de Velours, comme l'indique le catalogue du musée d'Anvers, mais de Van Uden ou de Wildens ; probablement de ce dernier.
Le tableau fut exécuté vers 1614 et rappelle la facture de la Fuite en Egypte du musée de Cassel.
Il fut légué au musée d'Anvers par disposition testamentaire de Madame la baronne douairière Alphonse Van den Hecke-Baut de Rasmon, le 8 janvier i85g. La donatrice mourut le 10 décembre de la même année. En 1807, le baron Alphonse Baut de Rasmon avait acheté cette œuvre de Nicolas-François Beeckmans, marchand de tableaux à Anvers, moj'ennant la somme de 4048 fr. 12 centimes. M. Beeckmans l'avait acquis de la famille Cornet de Grez qui l'avait reçu en héritage, au siècle dernier.
Photographie : Anonyme.