LE BANQUET D'HÉRODE
St. Pétersbourg. Ermitage, 542.
Esquisse. Panneau transporté sur toile. H. 36, L. 5o.
E roi vêtu d'une robe couleur d'or est assis à droite de la table. Derrière lui se tiennent deux courtisans. Le premier, à tête nue et à barbe grise, porte un habit bleu bordé de fourrure blanche. Hérode étend les mains en signe d'étonnement, au moment où il aperçoit la tête de St. Jean. Au milieu du tableau, Salomé est debout portant sur un plat la tête du saint baptiseur. Hérodiade enlève le linge qui couvrait le lugubre contenu du plat.
A table se trouvent, outre le roi et sa maîtresse, sept convives dont quatre femmes. Derrière la table, une servante tenant un plat ; une seconde portant, à bras tendus et levés, un cygne servi dans une terrine ; une troisième, portant de la même manière un paon ; sous la table, un chien ; dans le coin, à gauche, des vases à vin.
Cette pièce fut vendue dans le cabinet de Jacques de Roore (La Haye, 1747) au prix de 63 florins ; elle revint dans la vente Jetsaert (Amsterdam, 1749) et fut adjugée à 35 florins.
Une copie de cette esquisse se trouve au musée de Hanovre.
Dans la collection de M. Menke d'Anvers se trouve un tableau parfaitement conforme à cette esquisse. (Panneau. H. 58, L. 81. Au dos les armoiries d'x\nvers brûlées dans le bois.)
L'esquisse nous a paru être de la main de Rubens. Le tableau ne peut prétendre à cet honneur. C'est un travail que l'on dirait fait par un artiste antérieur à Rubens et présentant des analogies avec la manière d'Otto Venins.
Il y a entre la présente composition et celle que nous avons décrite au numéro précédent quelques concordances frappantes : le dais sous lequel le roi est assis, l'arcade dans le fond, la présence du nègre parmi les domestiques, le chien entre Salomé et Hérode, le paon qu'un domestique porte sur ses bras levés. Mais la similitude la plus importante se trouve- dans la figure longue et droite de Salomé qui, dans les deux œuvres, coupe par le milieu le groupe des convives et dont la pose est sensiblement la même. Tous les autres personnages sont différemment placés et vêtus ; elle seule est reproduite avec son attitude très caractérisée dans les deux tableaux ; elle seule a été utilisée par Rubens dans une œuvre postérieure.
A part ce détail, il n'y a pas de comparaison possible entre les deux compositions. Autant celle des dernières années du maître est dramatique, mouvementée, réussie de tous points, autant l'œuvre de sa jeunesse est froide, guindée, disgracieusement groupée, dénuée de toute force dramatique. Si réellement cette dernière est du maître, elle doit dater des années d'apprentissage, qu'il passa dans l'atelier d'Otto Venins.