‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 84 sur 213 · PORTRAIT DE JEAN MORETUS · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE JEAN MORETUS

|ans un cadre ovale, au-dessus du panneau central, deux anges sculptés tiennent le portrait peint de Jean Moretus. Cette peinture, largement traitée, est le travail d'un élève, retouché par Rubens. On prétend sans raison que c'est une copie faite par Guillaume Herreyns, d'après le portrait que possède le musée Plantin-Moretus. L'œuvre est originale, elle n'a pas été transportée à Paris, et doit donc avoir été conservée à Anvers, de 1794 à 1819. Lorsqu'on 1887 les tableaux du monument de Jean Moretus furent restaurés, nous avons eu l'occasion de voir le portrait hors de son cadre et nous avons pu nous convaincre de l'exactitude des faits que nous avançons.

L'encadrement en marbre date de 1819, l'ancien monument ayant été détruit sous la République française ; l'inscription également renouvelée reproduit l'épigraphe ancienne consacrée à Jean Moretus et à Martine Plantin. On y a ajouté les mots suivants : « Priori cœnotapho sseculo elapso destructo optimo progenitori liberi et nepotes nob'^ D"' F~rancisci Joannis Moreti ejusque sororis nobis D"!* Marise Petronellse Moretus conjugis noh^^ D"' Arnoldi Francisci Josephi Baronis de Prêt novum erexerunt anno MDCCCXIX. ^

Le tableau fut fait par Rubens, à la demande de la veuve de Jean Moretus, pour orner la tombe de ce dernier qui mourut le 22 septembre 1610, de sa femme Martine Plantin et de leurs descendants. Le monument funéraire fut construit dans la seconde chapelle à droite du pourtour du chœur de la cathédrale d'Anvers, où il se trouve encore. Les peintures du triptyque furent payés 5oo florins, comme l'atteste la quittance délivrée par Rubens à Balthasar Moretus, fils de Jean, dont voici la traduction :

" Je soussigné reconnais avoir reçu de S'' Balthasar Moretus la somme de six cents florins, en paiement de l'épitaphe de feu son père peint par moi. En foi de quoi, j'ai écrit et signé de ma main cette quittance, ce 27 avril 1612.

Petro Pauolo Rubens ".

Ce document, reproduit ici, est conservé au musée Plantin-Moretus.

Une lettre écrite par Balthasar Moretus à Jean Bleuwart, le i6 novembre 1617, constate que dans cette somme n'était pas compris le panneau qui fut payé à part au sculpteur Otmar Van Ommen le père (i). Ce dernier artiste exécuta aussi l'encadrement du tableau qui était fort riche. Il se fit aider par un confrère qui exécuta les figures de génies.

D'après le compte de Van Ommen, il y avait sous le triptyque un vase, figurant probablement une urne tombale, longue de neuf pieds. Entre cette urne et le tableau, on voyait deux grands cartouches. A droite et à gauche du tableau se trouvaient un pilastre sculpté et un feston. Les volets étaient ornés de sculptures. Au-dessus régnait une frise sur laquelle on voyait un grand vase. Il y avait là en outre deux guirlandes qui se réunissaient en un feston pendant ; deux lampes, deux cartouches sous la frise, deux petits génies, deux vases surmontés de lampes et deux dauphins. De chaque côté se trouvait une grande conque. Pour tout le travail et le bois, le sculpteur portait en compte io58 florins et 10 sous. Balthasar Moretus tomba d'accord avec lui pour réduire

(]) Nos vero pro imagine, quam optimo parenti posuimus sexcentos florenos persolvimus : pro imagine inqiiam sola : nam tabulae ligneœ pretium alius accepit, qui parerga adornavit, et haud vilem opéras suœ mercedem exegit. (Archives du musée Plantin-Moretus. Lettres latines i6i5 à 1620. P. 154.)

cette somme à 860 florins (i). Il eut en outre à payer 270 florins au doreur, 82 florins au forgeron, 25 florins 12 sous pour la plaque de cuivre, 55 florins pour la gravure de l'inscription et 4 florins i5 sous pour la fonte des lettres : Christo resurgenti sacrum. Toutes ces sommes et quelques autres menues dépenses formèrent un total de 2000 florins (2).

ghl

(i) Rekeninghe voor inijn heere Moretus van die suipulture, die ick voor hem gemackt ende gestelt hebbe ende met al die siraten daer toe gedan al soo hier na volcht :

Inden eersten ghesneden 2 groote vlughels an het stuk verdint een hondert ghuldens compt. ..............

Noch ghesneden die groote vasse lanck wessende 9 voeten daeran verdint 36 ghl. compt

Noch ghesneden die 2 festonnen met een hangende feston sammen verdint 72 ghl. compt

Noch ghemackt den grooten pot boven op het warck, daeran verdint i5 ghl. compt

Noch ghemackt 2 lampen an het stuck verdint 2 ghl compt.

Noch ghesneden die siraten in die frisse daeran verdint 8 ghl. compt. .

Noch ghesneden die 2 kortoessen onder die frisse an het stuck verdint 2 ghl

10 stuij. compt. ............

Noch ghesneden 2 groote kortoessen onder tussen die groote vasse an het stuck

verdint 3 ghl. 10 stuij. compt. ........

Noch ghesneden 2 siraten op die pillasters an het stuck verdint 3 ghl. compt.

Noch ghemaeckt 2 krollen op die pillasters an het stuck verdint eennen gulden compt

Noch ghesneden 2 kinderkens an het stuck verdint 3o ghl., compt.

Noch ghesneden die groote schulp van beijde sijden schoon compt.

Noch ghesneden die vassen daer die lampen opstaen met die 2 doltijnnen sammen

verdint 18 ghl., compt. . . . ' .

Noch van hout dat ick tôt het warck gelevert hebbe met'allen die dachhurren die

het mij ghekost hebben te weeten het schrijnwarck ende voor mijnnen soon ende

hooftsweer ende arrebeijt die ick ghehadt hebbe samen ten nausten overslagen

sees hondert guldens.

Somma bedracht tien hondert ende negenveertich ghulden.

Geaccordeert in de presentic van mon frère Théodore Galle tôt fl. 85o (Note de B. Moretus). Noch hebbe ick verschoten om het warck tôt diversche reijssen tôt den beldesnijder

te brenghen ende wederom te hallen ende om dat gheheel warck in die karcke

te brenghen, samen an die arrebeijders gegeven. ......

Noch verschoten an die duerren ende pinneelen te witten ende te prumuren tôt

2 reijssen toe .............

Noch hebbe ick gegeven an den tummerman Haijnderick Verplanken

(Archives du musée Plantin-Moretus. Papiers de famille, 1606-1623. P. 227.)

(2) Despens de TEpitaphe de feu mon père que Dieu aye en sa gloire.

A Petro Paulo Rubens pour la paincture

A Otmaer van Ommen pour l'ouvrage du bois

fi. 600 s.

Le monument primitif fat vendu en 1798 par les commissaires de la République française et adjugé au prix de 6 florins à un certain Truyhoven. Le tableau avait été réservé. Il fut envoyé à Paris et restitué en 181 5. La famille Moretus et le curé de la cathédrale le réclamèrent à la fois. Il fut rendu à la famille Moretus, à la charge de le faire restaurer et de le remettre aux marguilliers de la cathédrale d'Anvers pour y être conservé à perpétuité (i).

Gravures: V. S. 3g8, S. A. Bolswert ; 2gg et 400, C. H. Hodges ; 401, Anonyme (Paris, E. Charpentier, planche cintrée) ; 402, Anonyme (J. C. Visscher exe.) ; 403, Anonyme (Mariette exe.) ; 404, Math. Kûsell ; 405, Herman Weyen ; 406, Anonyme (planche cintrée).

La planche publiée par J. C. Visscher est en largeur. Un grand espace, rempli par un rocher contre lequel on voit des tètes d'anges, est laissé entre le Christ et les soldats qui se trouvent à gauche. C'est encore une de ces amplifications absurdes d'une œuvre de Rubens, comme il s'en est produit beaucoup en Hollande.

A David Remeeus pour dorer l'épitaphe de feu monpère

A Jan Tielemans pour le plomb délivré ......

A Hendrick Verplancken pour les estallages. .....

A Christoffel Merckx pour le fer et serrures. .....

A Hans van Eyck steenhouder pour son travail de cinq journées et demi Aux compagnons qui ont travaillé pour drinckgeldt ....

A Otmar van Ommen pour ce qu'il avoit déboursé aux travailleurs etc. Pour la voile pendue en l'église durant l'ouvrage du Epitaphe . A Pauwels van Laer pour la planche de cuivre de 36 i '2 Tb de poix A Hendrick pour nettoyer la planche .......

A Jan Bruydegom pour graver les lettres de l'inscription de l'Épitaphe A Peeter van Dyck voor ses vysen en coperdraet. ....

A Fourmenaux pour les lettres fondues en cuivre : CHRISTO RESURGENTI SACRUM

Depuis encore payé à David Remeeus pour dorure de l'inscription et de la liste et des piédelampes .........

Item drinckgeld aulx serviteurs et bancquet aux maistres d'ouvrage .

fl, 1952 s. 4

fl. 1976 s, 4 11 23 » 16

fl. 2000

(Ibid. P. 236 )

(i) SmiT et Van GrIiMBERGEN : Historische levensbeschrijving van P.-P. Rubens. P. 41 3. Ch. Piot : Rapports. Pp. 401, 416.

Dans la collection Malcomb, à Londres, se trouve un dessin de la Résurrection par Rubens.

La Résurrection du Christ.

Sujet d'un des plafonds de l'église des Jésuites, à Anvers (Voir notre n° 12).

La Résurrection du Christ.

Prédelle de V Adoration des Rois à l'église St. Jean, à Malines (Voir n° 169).

Dans la collection du roi d'Angleterre, Jacques II, se trouvait : une Résurrection avec onze figures qui entourent le sépulcre (i) par Rubens.

340. L'APPARITION DES ANGES AUX SAINTES FEMMES, PRÈS DU TOMBEAU DU CHRIST.

Vienne. Galerie du comte Czernin.

Panneau. H. 112, L. 146.

Ieux anges de grande taille, enveloppés de larges draperies, sont debout sur la pierre du sépulcre du Christ, au milieu des rayons qui jaillissent de leurs têtes et de tout leur corps, et parlent aux saintes femmes qui viennent visiter le tombeau. L'un des deux leur annonce la résurrection du Christ. Son compagnon leur montre le ciel.

De l'autre côté se tiennent six femmes, dont la première soulève le voile qui lui couvrait la tête, afin de mieux voir les anges ; la seconde, drapée comme une statue antique, cache une main sous sa draperie et appuie le menton sur l'autre. De la troisième femme, une vieille, on ne voit que la tête. La quatrième se penche avec un mouvement de curiosité ; la cinquième est vue de dos ; la sixième essuie ses larmes. Le fond est formé par une construction massive et par une paroi de rocher.

(i) A catalogue of the collection of pictitres belonging to King James tlie second. London 1758.- P. 66, N" 744.

Étant donnés le nom du graveur et la manière dont la composition est dessinée on peut assigner à ce tableau la date de 1620 environ.

Gravures : V. S. 412, Luc. Vorsterman (Dédicace : Lectissimis Matronis, D. Marise Nerot, D. Lodoici Clarisse, Senatoris Antverp conjugi : nec non D. Magdalenae De Schotte, D. Rogerii Clarisse, L. Fr. Urbi ab Eleesymonis, conjugi, Cognomines Divas, observantise testand. ergo offerebat Lucas Vorsterman); 413, Gio. Merlo (sans les paroles gravées dans la planche) ; 414, Anonyme.

Le graveur a inscrit près de la bouche du premier des anges : " Nolite tiinere vos : scio cnim qiiod Jesum qui criicifixus est qiiœritis. Non est hic : surrexit eiiiiii sicut dixit et videte locum ubi positus erat Dominus. ^

Photographie : J. Lôwy.

Lavice appelle l'œuvre de la galerie Czernin, que nous n'avons pas vue : un " beau tableau, encore très frais. » Waagen hésite à admettre l'attribution à Rubens. ^ Quoique ce soit, dit-il, une peinture saisissante, dramatique dans ses motifs, délicate de sentiment, chaude mais modérée dans les couleurs, je ne saurais la regarder comme une œuvre de Rubens. Les tailles élancées, le goût archaïque dans les plis des draperies font songer à un élève. ^ (i)

A en juger d'après la gravure de Vorsterman, l'œuvre de Rubens présente bien les caractères critiqués par Waagen et néanmoins, il est évident que cette estampe fut faite d'après un tableau original de Rubens. Les défauts, si défauts il y a, proviennent donc bien du maitre et ne nuisent pas à l'authenticité du tableau.

Une copie de ce tableau très délicatement faite se trouve au musée de Dunkerque (n° g). Elle est attribuée à Breugel ; elle n'est pas de lui, mais d'un autre contemporain de Rubens. A travers l'ouverture du sépulcre, on voit la ville de Jérusalem.

Voir planche 116.

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