LE CHRIST A TABLE AVEC LES DISCIPLES D'EMAUS
Pe Christ vu de face est assis à table ; il rompt le pain, en levant les 3'eux au ciel. L'un des disciples, le dos tourné vers le spectateur, fait mine de se redresser, tout surpris en reconnaissant le Sauveur. Le second, assis à droite, écarte les mains avec un geste d'extrême surprise. Derrière ce dernier se tient debout une vieille femme qui sert à boire ; à l'extrémité gauche, un jeune domestique apporte un plat. Sur la table se trouvent, outre
(i) Resohitieboeck . F. 99 v.
le pain, des asperges et de la viande. Un chien ronge un os dans le coin à gauche.
La gravure est signée et datée Pet. -Paul Rubens pinxit. W. Swanenburg scitlp. et exciid. A° MDCXI (i6ri). C'est la plus ancienne de celles qui portent un millésime.
Comme l'indique cette date, le tableau fut fait dans les premières années après le retour de Rubens de l'Italie.
La composition est très heureusement mouvementée : la figure du Christ est touchante. La beauté de l'œuvre doit avoir frappé les contemporains, car on lit sous la gravure des vers signés des initiales de Petrus Scriverius et renfermant un chaleureux éloge du maître qui venait de débuter dans sa ville natale :
Si quis Apellea dubius versatur in arte,
Mittimus hune, Manni, scitatum oracula Delfos.
At Christum superas remeasse in luminis oras
Non dubium est. Siquidem Emmausi post fata duobus
F'rangere spectatus panem mirantibus olim.
Nos pictam historiam nostri miramur Apellis.
P. S. ex tempore.
A voir les deux premiers vers de cette inscription, on est tenté de croire que le tableau appartenait, en 1611, à un amateur de Delft nommé Mannius (De Man). Le fait qu'il fut gravé en cette année et en 1643, par des artistes habitant la Hollande, nous semble prouver que, dans la première moitié du XVI I*^ siècle, il se trouvait dans ce pays.
Gravures : V. S. 420, P. van Sompelen, 1643 ; 421, W. Swanenburg, 1611 ; 422, Anonyme (Daret exe.) ; 423, Anonyme (P. de Jode exe.) ; 424, Anonyme (M. van Lochem exe.) ; 425, Picart ; 426, A. Lommelin ; 427, Anonyme (J. C. Visscher exe.) ; 428, Anonyme (les figures vues jusqu'aux genoux seulement) ; 429, Anonyme (S. Bonnart exe.) ; 430, Jean Simon ; 431, J. Gole.
Lommelin a introduit dans sa planche, comme dans d'autres compositions de Rubens, un fond d'architecture de sa façon ; il a entouré la tête du Christ d'une auréole. Dans l'estampe publiée par J. C. Visscher, des détails de haute fantaisie ont été ajoutés par le graveur : un paysage avec trois pèlerins que l'on voit par une porte ouverte et sur le devant un grand chat. J. Gole a élargi la composition et orné le fond de deux niches et d'une draperie ; il a omis le chien.
Voir planche 117.