LE CHRIST A TABLE AVEC LES DISCIPLES D'EMAUS
Madrid. Musée. 1564.
Toile H. 143, L. i56
[eus une colonnade, chaudement éclairée par le soleil couchant, à travers laquelle on voit un lambeau du ciel et quelques bâtisses, le Christ est assis à table. Il tient de la main gauche le pain qu'il vient de rompre et lève la droite pour le bénir. Devant lui se trouve un plat de légumes. Le plus jeune des deux disciples a soulevé son chapeau et étend la main d'un geste de profonde surprise ; le plus âgé se rejette en arrière, ouvrant de grands yeux pleins d'étonnement. Un hôte ventru, le cruchon à la main, regarde la scène. Le soleil couchant laisse le premier plan dans l'ombre, mais jette sur la nappe et sur les personnages des teintes chaudes et des ombres transparentes.
Le peintre a surtout voulu faire ressortir cet effet de lumière. Son œuvre fait songer à un tableau de Jordaens, mais elle a plus de douceur et d'harmonie. Elle trahit par sa touche légère la dernière époque du maître.
(i) Aenden weerdt inden Gulden leeuw tôt Brussel, gegeven eene schilderye van Emaus, die de voors. heer afflyvige hem geloeft hadde. p. memorie.
(P. GÉNARD : La Succession de Rubens. Bulletin des Archives dAni'ers. II. 82.) (2) Item den voors. Joncker Albert Rubens : Een Susanne met den Emaus voor gl. go. <Ibid. P. 88.)
L'hôte à la face imberbe et à double menton est fait d'après le même modèle qui a posé pour l'homme assis à côté de la concubine d'Hérode dans le Festin d'Hérodiade (notre n° 242), et qui figure dans le Christ chez Simon le Pharisien (n° 254), dans la Femvie adultère (n° 255) et dans la Renco7itre d'Abraham et Melchisêdech {n° 46).
Les paysages sont de la main du maître, le fond d'un collaborateur. Le tableau date de i538.
Il provient du couvent de l'Escurial, où il fut envoyé par Philippe IV qui l'avait acheté à la mortuaire de Rubens, au prix de 800 florins (i).
Dans le catalogue des tableaux appartenant à la mortuaire de Rubens il porte le n° i38. A l'Escurial, il se trouvait dans la sacristie, à côté de la porte qui mène à l'église (2).
Il en existait également à l'Escurial une copie, elle ornait la sacristie du Panthéon (3). C'est probablement cette copie que don Antonio Rotondo prend pour une esquisse du tableau (4).
Gravures: V. S. 418, H. Witdoeck, i538 ; 419, Anonyme (Van Merlen exe).
Dans la vente Bourlamaque (Paris, mars 1770) figurait un exemplaire de la gravure de Witdoeck avec une retouche par Rubens. Elle fut vendue 3o livres et se trouve actuellement au cabinet des estampes de la bibliothèque nationale, à Paris.
Photographie : A. Braun.
Voir planche 118.
(i) P. GÉNARD : La Succession de P.-P. Rubens. Bulletin des Archives d'Anvers. II. 85.
(2) Descripcion brève del Monasterio de S. Loren^o el real de Escorial. Por el P. F. Francisco de los Santos. Madrid, \65j. P. 43.
(3) Ibid. P. 142.
(4) D. Antonio Rotondo : Descripcion de la gran basilica del Escorial. P. 89. Madrid, iSyS.