L'ASSOMPTION DE LA VIERGE
Vienne. Muse'e impe'rial, ii56.
Panneau. H. 458, L. 297.
|arie, portée sur un nuage par de nombreux angelets, monte au ciel ; elle a le bras droit levé à la hauteur de la tète, le bras gauche étendu à la hauteur du milieu du corps : c'est la pose de la Vierge de VAssomption du musée de Bruxelles. Seulement, dans le présent tableau, elle dirige les 3^eux vers le ciel et de la main droite on voit la face intérieure, tandis qu'on voit le dos de la main dans le tableau dont parle l'avant-dernier numéro. En bas, à l'extrême gauche, deux hommes s'évertuent à mettre debout la pierre qui couvrait le sépulcre ; l'un y pousse du dos, l'autre des deux mains. Devant l'ouverture du tombeau, trois jeunes femmes sont assises ; l'une d'elles a pris sur les genoux le linceul et arrange les roses qui s'y trouvent ; une vieille femme debout la regarde faire. Un homme éclaire l'entrée de la grotte. A droite se tiennent les apôtres ; avec des gestes d'étonnement et de regret, ils voient s'éloigner la Vierge. St. Pierre agenouillé par terre, rejette le buste en arrière et étend les bras ; un autre s'adresse vivement aux femmes ; un troisième, debout, lève les bras au ciel ; on en distingue encore quatre autres au second plan.
La partie inférieure est d'un coloris puissant et uni ; la forte figure de St. Pierre est vêtue d'une grosse draperie jaune et blanche, une seconde est rouge cramoisi, d'autres violettes, vertes ou brunes. La plus riche gamme de couleurs se trouve réunie ici.
Dans le tableau, on distingue trois groupes, un dans le haut, deux en bas, dont l'un à droite, l'autre à gauche. Cette division nuit à l'unité. Aussi la composition, quoique riche, le cède-t-elle à d'autres traitant le même sujet.
Les groupes inférieurs, surtout celui qui est près de la grotte, sont dans une ombre très prononcée, opaque même, tandis que la Vierge baigne dans la clarté. Ces oppositions de la lumière produisent un effet admirable.
Nous constatons encore ici la collaboration de l'élève qui peignit la partie supérieure du tableau et du maître qui exécuta la partie inférieure. Cette dernière est presqu'entièrement de la main de Rubens. Dans le groupe supérieur la Vierge et les anges ont été peints probablement par Corneille Schut et retouchés par Rubens.
A la droite du tableau, une bande de bois mesurant i6 centimètres de laro-eur a été ajoutée par Rubens au panneau primitif.
Le groupe d'angelets qui entoure la Vierge est celui qui figure dans la CTravure de S. a Bolswert (Magnifico), lequel n'a rien de commun avec le groupe du tableau de Bruxelles. La Vierge est, à peu de chose près, identique à celle de cette même estampe. Le groupe inférieur correspond assez exactement à celui des apôtres et des saintes femmes du Couronnement de la Vierge du musée de l'Ermitage, à St. Petersbourg.
Le tableau date bien certainement de 1620.
Il fut fait, en exécution de l'article 3 du contrat conclu entre Rubens et le préfet des Jésuites d'Anvers, le 29 mars 1620, contrat par lequel le peintre s'engage à faire un tableau pour un des quatre autels latéraux de l'église de la maison professe à Anvers ou bien de donner en échange les esquisses des 3g plafonds faits pour la même église (i).
Il fut acheté par le gouvernement autrichien qui, en 17/5, délégua Joseph Rosa directeur du musée de Vienne, à l'effet de visiter les dépôts formés à Gand, à Bruxelles et à Anvers des tableaux provenant des couvents supprimés des Jésuites, et d'en retirer, avant la confection des catalogues de vente, tout ce qui pouvait convenir à la collection impériale. Il y choisit entre autres la présente Assouipiion, les Miracles de St. François Xavier et de St. Ignace et leurs esquisses, Y Annonciation etc.
U Assomption fut évaluée à 14.000 fl. Elle était à cette époque endommagée par l'incendie et repeinte en plusieurs endroits (2).
En i8og, lorsque l'armée française fit son entrée à Vienne, M. Denon, directeur général des musées de France, reçut l'ordre de faire transporter à Paris les peintures et objets d'art restés au Belvédère. La plupart des tableaux avaient été sauvés avant l'entrée des Français et envoyés en Hongrie. Cependant V Assomption de Rubens, encastrée dans le mur, était restée. Le tableau sur panneau étant trop lourd pour être transporté tout d'une pièce, Denon le fit scier en trois morceaux et de cette manière il fut emballé et transporté (2). Il a été depuis lors habilement restauré.
II n'a pas été gravé.
Photographie : Miethke.
(i) Voir le texte du contrat. Tome I, page 44. (2) Catalogue du musée impérial de Vienne I. LV.