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L'ASSOMPTION DE LA VIERGE

Dusseldorf. Académie, qq.

|a Vierge s'élève sur les nuages, les yeux dirigés vers le ciel, la main gauche sur la poitrine, la main droite étendue d'un geste large et beau. Son grand manteau bleu flotte dans toute son ampleur à sa droite, sa robe rouge suit les ondulations de son corps ; des manches violettes serrantes sortent de sa robe. Un rayon de la gloire céleste, perçant les nuages et allant frapper un rocher à gauche, descend sur elle. Trois anges entrelacés dont l'un, à l'extrême gauche, porte une palme, et quatre têtes d'anges se voient dans les nuages sur lesquels elle s'élève. A droite, quatre anges l'entourent, échelonnés de haut en bas : le plus élevé tient une couronne de roses qu'il va poser sur la tète de la Vierge, le troisième est vêtu d'une draperie jaune, les deux autres sont nus. Le fond de la partie supérieure du tableau est formé à droite par un nuage épais, au milieu par une bande du ciel bleu, strié de nuages blancs.

A mi-hauteur, à gauche, une caverne est ouverte dans le rocher ; sur la voûte et contre les parois croît une touffe de verdure. Dans la partie inférieure du tableau, on voit douze apôtres et trois femmes. Une de ces dernières a retiré du tombeau une poignée de roses. Les quatre apôtres à droite lèvent les mains et les regards vers le ciel où monte Marie. Le premier à droite, vu de trois quarts, a l'une de ses mains cachée sous son manteau rouge ; un autre est agenouillé et porte un vêtement jaune brun ; un troisième debout et vu de dos est vêtu d'une draperie verte.

Six des apôtres à gauche regardent le ciel, deux examinent le tombeau vide et le linceul qu'ils en retirent. St. Jean vu de profil est debout ; il retire le linceul du tombeau tout en levant les yeux vers Marie. La tombe posée au milieu du tableau est de pierre grise ; par terre gisent trois livres dont l'un est ouvert.

La pose de la Vierge est noble et dégagée, son expression dénote bien l'extase ; celle des apôtres est calme et digne, le groupe qu'ils forment à droite est puissamment agencé. L'harmonie entre les figures brunes et robustes et les larges draperies formant d'énormes tâches est parfaite. En

(i) Ibid. I. LXXVII.

haut, le tableau se distingue par la légèreté, par le ton vaporeux, en bas par la force et la solidité ; d'un côté, les régions célestes avec leurs beautés éthérées, de l'autre, la terre, la réalité, ferme et compacte.

Le tableau a considérablement souffert, son frais éclat primitif a disparu et a fait place à une blancheur crayeuse, dans certaines carnations claires, et à des tons durs, dans les parties plus foncées. Malgré une restauration faite il y a une quinzaine d'années, la peinture s'est de nouveau soulevée et crevassée en bien des endroits.

Nous croyons c|u'elle a été exécutée par un élève dont le travail fut retouché par le maître. Il se pourrait fort bien que van Dyck y eût collaboré ; les têtes des apôtres le feraient croire par leur tonalité brune et mate et par l'énergie de leur expression.

Le tableau doit dater d'environ 1620, à en juger par ses qualités distinctives. Cette date est confirmée par les deux faits suivants. En 1617, le maitre autel de l'église de la Chapelle à Bruxelles fut bâti (i) ; Rubens l'orna de la présente Assomption. Pontius grava ce retable en 1624, peu d'années probablement après son exécution.

En 171 1, il fut vendu, en même temps que le Martyre de St. Laurent de Rubens, pour une somme de 4000 écus à l'électeur palatin Jean-Guillaume de Neubourg, afin de permettre aux fabriciens de restaurer les dégâts occasionnés à leur église par le bombardement de lôgS (2). Il fut remplacé par une copie. L'acquéreur le fit transporter à Dusseldorf où il se trouve encore. On raconte que ce transport se fit sur les épaules des soldats de l'électeur. Quand, en 1794, lors du bombardement de Dusseldorf, les tableaux de la galerie furent transportés à Brème, on avait chargé Y Assomption sur un chariot ; mais à cause de la lourdeur du panneau, on dut l'abandonner sur le marché de la ville, faute de moyens convenables pour le transporter à une si grande distance. Quand, en r8o5, la galerie prit le chemin de Munich, seule des œuvres de Rubens, le tableau resta à Dusseldorf. Il fut restauré, en 1873, par le professeur André Muller (3).

Dans le premier projet de cette Assomption, Rubens lui donna très probablement une forme cintrée dans le haut ; mais, pour adapter son panneau à l'autel dans lequel il devait servir, le peintre dut l'échancrer dans le haut

(i) Henné et WauterS .- Histoire de Bruxelles. III, 454.

(2) Michel : Op. cit. P. 71.

(3) Zeitschrift filr bildende Kunst. iSyS. P. 243 et 324.

et aux deux coins supérieurs. L'électeur Jean-Guillaume fit remplir les échancrures afin de lui donner une forme régulière ; il y fit ajouter une bande pour obtenir une forme oblongue plus normale et pour placer la Vierge plus au milieu.

L'église de St. Josse-ten-Noode possède une copie de ce tableau par Van der Borcht, laquelle y fut placée avec l'autel de l'église de la Chapelle.

Au château de Sans Souci, à Potsdam, se trouve une copie en très petit format que l'ancien catalogue de cette collection appelle une ébauche.

Gravures : V. S. 28, Paulus Pontius, 1624 ! 29, Franc. Ragot ; 3o, A. Masson ; 3i, C. Jegher (d'après un dessin de Sallaerts) ; 32, Anonyme (P. Kints exe).

Dans le haut de la gravure de Pontius, on voit le Christ ouvrant les bras pour accueillir sa mère ; cette figure manque dans le tableau ; elle manque également dans la gravure de Jegher. La gravure de Masson est carrée dans le haut.

La même composition, sans le Christ, avec quelques personnages de moins, a été gravée par un anonyme dans le Missale Romaniun, publié, en 1627, par la société des livres liturgiques à Anvers. .

La Vierge de cette composition a été gravée par Adrien Mélar (V. S. 14). Elle est entourée du groupe d'anges qui figure dans VAssomption de S. a Bolswert (Magnifico) et dans VAssomption du musée impérial de Vienne.

La bibliothèque de l'université de Gand possède une contre-épreuve de la gravure de Pontius retouchée par Rubens. Au moyen de blanc et de noir, le peintre a indiqué les ombres et les lumières à renforcer. Le graveur a scrupuleusement suivi, dans la planche définitive, les corrections de Rubens. Les parties chargées de noir sur l'épreuve retouchée ressortent très vivement dans l'estampe terminée.

Mariette assure que Crozat et Hecquet ont possédé le dessin sur lequel la planche de Pontius a été gravée (i). Ce dessin passa ensuite dans les ventes Oudaan (Rotterdam, 1766) et Schorel (Anvers, 1774).

Selon Waagen, M. Holford, de Londres, possède une belle esquisse sur papier d'une Assomption (2).

Voir planche i23.

(i) Mariette: Abecedario. V, 93.

(2) Waagen : Treasiires. II, 200.

L'Assomption de la Vierge.

Sujet d'un des plafonds de l'église des Jésuites, à Anvers (Voir notre n"^ i6).

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