‹ L'œuvre de P.-V. GallandChapitre 23 sur 54 · K T IDE DE FLEURS · texte numérisé non relu

K T IDE DE FLEURS

parce ([u’elle est forcément plus féconde. En outre, il tenait à ne pas trop s’éloigner de l’ombre propice de ce château, sur lequel, en dépit des siècles, planent

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i;OELVlîK DK l'.-V. GALKAM).

lo griiiicl iioni du l’i'imalicc cl le souvenir de celle j)l)filaiigc fianco-floienline,

d’arlisles ([ui fiirenl les i)rcmicrs Décorateurs de leur temps. Comme lîaudry, qui devait, quinze ans i)lus lard, venir passer là les derniers mois de sa vie, il se trouvait en famille au milieu de ces grands morts.

Pour pouvoir travailler à l’aise, il avait tout d’abord loue un atelier cà un sieur lillois. Hientot il éprouva le désir, le besoin d’èlre absolument chez lui, parce qu’il méditait — nouveauté alors qualifiée d’audacieuse — de faire des études en plein air, pour ses vastes décorations. 11 acquit donc un terrain boisé, (pi’il transforma peu à peu, et à grands frais, en une retraite d’artiste, pleine de coins et de recoins propices à l’élude; avec des charmilles qui lui fournissaient des ateliers en jilcin vent, où il ]>ouvail, loin des regards indiscrets, étudier le modèle vivant, détachant au milieu de l’atmos|)hère ambiante ses carnations sur le vert feuillage.

Dès les premières visites (|u’il fait aux ouvriers chargés d’édifier sa nouvelle résidence, il prévoit combien cette installation, si longtemps souhaitée, sera pour lui fertile en révélations précieuses.

« Kn revenant de mon terrain oii on élève les KTUDE DE PLANTE. mui’s, é)crit-il, je vois des maçons qui construisent chez

AI. Tillois. 11 est quatre heures, ces maçons sont montés sur un échafaudage. Ils sont éclairés par un beau soleil et donnent des effets de lumière admirables.

Sans nul doute, tout mon avenir est dans les belles études,

(jue bientôt je pourrai faire ici. »

L’année suivante, il était installé, et dès lors il se mil à la besogne, s’amusant à machiner son jardin comme la scène d’un théâtre, et engloutissant dans

ces fantaisies, toujours cofiteuses, une bonne partie de l’argent (ju’il gagnait. Kien

KTl'lii; DK FELILLKS. (Musce (los Arls ilùcoratîfs.)

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4 de ce qu’on connaît clans ce genre ne peut, en elTel, donner une idée exacte de

ce qu’était ce jardin unicjue.

Spécialement installé pour permettre à l’artiste de dessiner et de peindre des T plantes, dans toutes les conditions imaginables et sous leurs aspects les plus variés,

il était sillonné d’allées creusées à r",;")!) en contre-bas des plates-bandes, de façon (jne l’œil du promeneur, se trouvant au niveau de la tige des Heurs, ])Ouvait au passage en lire les formes, se pénétrer de leur structure et surprendre leurs secrets.

STVI.ISATION DE LA FLEUll.

(Appartient au Musée des Arts décoratifs.)

Plus loin, Galland avait creusé des espèces de puits, au fond de.>^quels il s’installait, dans une demi-obscurité, contemplant au-dessus de sa tète des mannequins drapés, entourés de feuillage et de fleurs et disposés à l’ouverture de ces puits de façon à donner l’illusion de ces compositions plafonnantes, tjui constituent une des principales spécialités de l’art du Décorateur. Ailleurs, c’étaient de grands bassins, sortes de j)iscines pleines d’eau, dans lesquelles il étudiait les jeux de la lumière sur les carnations humides.

Galland passa, dans cette retraite un peu excenlri((ue, les heures les meilleures de son existence toujours agitée. Dans ce jardin, digne des Mille el une .\uils de son célèbre homonyme, il s’abandonna aux rêveries les plus aimables et usa doucement son temps à la poursuite de ces mystérieux secrets, que la Nature met une sorte d’amour-propre à ne pas laisser pénétrer par le j)rofane.

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Ses yeux buvaient, si l’on j)cut dire ainsi, la lumière tamisée par les arbres, reflétée par les eaux et se jouant sur les chairs et sur les étolTes. Son esprit s’imprégnait des formes et des couleurs qui vibraient devant lui, et, rentré à Paris, il déchargeait son cerveau des délicieuses visions qui l’avaient charmé. Elles se traduisaient alors en ces innombrables et ravissantes compositions si franches de coloris, si jeunes d’idée et d’allure, qu’on devait revoir à sa vente; et ainsi il amassait sans cesse des matériaux nouveaux, comme si l’éternité lui eût appartenu, comme si la vie ne devait jamais finir.

Parfois, le malin, au petit jour, il désertait son joyeux domaine. C’était ])Our aller en forêt à la recherche des mousses rares et des fleurettes sauvages, qu’il rapportait dans de grandes boîtes dont il nous a laissé un croquis. Une fois qu’il avait butiné ce trésor, il s’appliquait à en dégager les qualités ornementales. Voilà comment il fut amené à exécuter cette multitude de dessins ex{|uis, d’études suggestives, dont nous donnons ici quehiues spécimens, et à entreprendre la confection de ces herbiers gigantesques, qui devaient lui permettre (il l’espérait du moins) d’emprunter à la Nature elle-même un (Jours complet d'ornement.

Généreuse pensée de cet homme bon par excellence, qui, dévoré du besoin d’être utile aux autres, ne songeait qu’accessoirement à ce qui pouvait lui être utile à lui-même. Et cependant, au moment oîi il s’imposait cette nouvelle tâche gratuite, oii il construisait à grands frais le coûteux matériel de presses et de plateaux qui lui était indis])ensable pour donner à ses plantes desséchées la tournure désirable, Galland avait déjà goûté de l’Enseignement qui fut la passion de sa vie, et il en avait savouré les premières amertumes. Mais c’est le propre de la difTicullé de surexciter les cœurs ardents.

« La parfaite valeur, a dit un philosophe, consiste à faire sans témoins ce qu’on serait capable de faire si les yeux du monde entier étaient braqués sur nous. »

Que dire de l’admirable persévérance de ce peintre universellement estimé, de cet artiste accablé de commandes, qui, pendant des années, dédaigneux de ses propres intérêts, seul, et sans permettre à personne de pénétrer le but poursuivi par lui, sacrifiant ses plus chers travaux à ce qu’il croyait être un devoir, consacra une partie de son temps, si précieux, à des entreprises d’intérêt purement pédagogique, et (pii ne pouvaient être pour lui d’aucun jn-ofit direct?

(ÎALI,AM> l’KIMriE DE GEMIE ET D ’ 1 NTÉIJ I Eü U.

ItEClIEDClIE DE LA VÉIUTÉ HISTOUIQLE. — LE DÉCOIl ET l’aCTION.

IwV YÉUITÉ DES ATTITUDES ET DU UEGAItD.

IMPOUTA.NCE DES PLIS DANS LE VÊTEMENT. — « LE MAUCIIAND DE POISSON. )) A LA UECIIEIIGIIE d’uNE CllEVELUllE. — (( LE GÈNEUP.. »

N doit à re.xposilion postliuine des œuvres de ('lalland une autre révélation non moins intéressante et également inattendue du grand public, mais qui ne fut point cependant une surprise poi^r ceux de scs amis avec lesijuels le grand artiste aimait à s’entretenir longuement de ses projets.

Celte exhibition le montra peintre d’intérieur et de genre, aussi habile, aussi varié, qu’il s’était révélé peintre de paysage.

On savait, en effet, dans son entourage, qu’il avait exécuté pour (|uelques amateurs un petit nombre de ces tableaux. On l’avait vu pendant bien des années travailler à son Marchand de poisson à Londres, qu’il recommença (pialrc ou ciii(| fois, cl dont (rois esquisses très poussées, avec des variantes assez curieuses, se reirouvèrent à sa vente.' On se souvenait d’avoir aperçu sur son chevalet la Prière à la Madone, d’une si magistrale allure et d’une coloration si brillante qu’il n’acheva pas, bien qu’elle eût dans ses intentions une destination particulièrement chère. Knfni, le Jour des cuivres, que l’État devait acquérir pour le Luxembourg, jouissait déjà d’une véritable réputation, dans le petit groupe de ses confidents et de ses

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i;(h:imu<; de p.-v. g\i.l\nd.

amis, (luoiqiic, pour nous servir d’ime expression couluinière au maîlre, et (lu’on lui reprochait plaisamment d’employer un peu trop souvent, cet admirable tableau fût encore « en cours d’exécution ».

D’autres ouvrages de meme sorte, ou, pour parler plus exactement, d’autres projets de tableaux, confinant l’Iiistoirc, avaient été également conmumi(|ués à (luekiues intimes dont il réclamait les conseils, (ialland, en esfjuissant une nouvelle interprétation d’anecdotes historicpies particulièrement connues, comme la Toilette (le Diane de Poitiers, con)me //enri IV et rainbassadear d'Esjxnjne, comme Molière et sa servante, ou encore la Toilette d'an jeune prince, n’avait nullement l’inlention d’inlliger une leçon aux peintres illustres ou simplement éminents, (jui, longtemps avant lui, avaient déjà traité ces divers sujets avec plus ou moins de bonheur.

11 prétendait uni(|uement se rapprocher davantage de l’exactitude histori(iue, en essayant de remettre ces petites scènes épisodiciues dans un cadre plus conforme aux découvertes de l’archéologie, 11 pensait, et je crois avec raison, (|ue si les peintres d’histoire ont pu nous intéresser à la représentation d’événements lointains, en donnant un libre cours à leur féconde imagination et à leur ingénieuse fantaisie, l’intérêt ne pouvait être moindre, en s’etforçant de serrer la vérité d’un peu plus près comme décor, comme mobilier, costumes, attitudes, etc., et de rendre ainsi l’épisode plus vraisemblable.

C’est à l’aide de cette préoccupation maîtresse, au surplus, (|u’on peut explicpier l’état d’avancement assez curieux de ces diverses études, état qui ne laissait pas que de surprendre, d’étonner même les visiteurs non initiés aux intentions du j)eintrc.

Ce (lu'il y avait d’achevé dans ces petites scènes d’histoire, c’était l’architecture générale de la pièce, où s’accomplissait l’événement représenté; c’étaient, avec la décoration, les meubles déjà mis en leur place. L’cifet de la lumière, l’éclairage se trouvaient indi(iués d’une façon à peu près définitive. Les accessoires étageaient leurs masses diversement colorées et chargées d’accuser nettement les dilïéienls j)lans. (Juant aux personnages, ils apparaissaient seulement à l’état d’ébauches, de taches i)eu définies, j)arfois informes, souvent même ils n’étaient (iu’indi(iués au fusain ou à la ci'aic, par un simple trait noir ou blanc.

11 ne faudrait pas conclure de là (pic Calland se montrât particulièrement dédaigneux des personnages chargés d’étoffer ses compositions historiques. Peintre de figures, la forme humaine l’intéressait à un lro|) haut point, pour qu’il n’en fût pas respectueusement épris. 11 l’étudiait dans la vie réelle, avec cette extrême continuité d’observation et cette même perspicacité qu’il apportait à la connaissance des fleurs et des plantes. Un certain nombre de notes consignées dans son journal montrent (|u’en cette matière rien ne lui échappait. 11 eu est deux ou trois, notamment, concernant le regard et les attitudes de la conversation, (ju’il serait fâcheux de ne pas citer.

On sait (|u’une des grandes difficultés éprouvées par le peintre d’histoire ou de genre, désireux d’animer une composition, est de bien faire regarder les person-

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nages qu’il met en scène. Le regard, aussi bien que le gesie, forme un lien entre eux. Il enchaîne l’action et la &iractérise au besoin. On lira donc avec intérêt les lignes suivantes (jue Galland traça un soir, au retour d’une de ses courses dans Paris.

« Quand les enfants de l’âge de dix ans ou environ causent ensemble, ils sont assez disposés à se dandiner ou à jouer avec quelque chose. A cet âge, k moins d’etre mal élevé, l’enfant ne regarde presque jamais en face. Contre le collège Bonaparte et sur les marches de l’église (Saint -Louis-d’Anlin}, un homme causait

lî

LA TOILETTE DE DIVXE DE POITIEItS.

Esquisse pcinle.

avec deux enfants, de neuf k dix ans. Ces enfants, tout en répondant k ses questions, se dandinaient, se balançaient, et parfois faisaient la cabriole autour de la rampe du perron. »

Observation précieuse qui portera ses fruits, et dont nous retrouverons jilus tard l’heureuse application dans les attitudes un peu gauches, légèrement embarrassées des petits génies du Salon des poèmes; embarras, gaucherie qui ajoutent k leur gracieuse beauté le charme délicieux d’un grain de sauvagerie.

A quelques jours de Ik, Galland, se trouvant k la gare d’Auteuil, remarque un monsieur causant avec deux dames, et qui, tout en marchant k coté d’elles, leur

racontait une anecdote sans doute fort amusante, car tous trois riaient assez fort. Il

lOG I/ŒLVIU: DR P.-V. GARLAND.

les suit des yeux, étudie pendant un long piomenl la direction de leurs regards, et inscrit sur son carnet la remarque suivante :

« 11 arrive souvent que, dans la conversation, la personne qui parle regarde celui auquel elle s’adresse, à la hauteur de la cravate. Celui qui écoute, au contraire, regarde généralement la personne qui lui parle dans les yeux. 8i celui qui parle relève la tète, l’autre détourne son regard, le porte ailleurs, le plus souvent sur une autre personne, écoutant ce qui se dit. Dans ce dernier cas, ce regard prend la signification d’un appel à l’opinion de la personne qui écoute. Les regards de deux auditeurs venant à se rencontrer semblent, en etïet, se questionner, ou se faire

GRIFFONNAGES ET CROQUIS o’aPRÈS NATURE.

part de leurs impressions. Pour bien écouter, il est quelquefois nécessaire que le regard s’éloigne de celui qui parle. 11 faut être amants ou ennemis pour que les regards puissent longtemps se soutenir. »

L’observation est on ne peut plus juste. Elle est, en outre, fort ingénieuse. Ce qui la rend plus piquante encore, c’est que cette direction du regard, considérée par Galland comme un fait absolument naturel, n’est peut-être que le résultat d’une éducation inconsciente, le produit d’une sorte d’atavisme. Tous les Traités de civilité que l’on mit entre les mains de nos aïeux, au temps de leur jeunesse, depuis

que Prévost publia en 17G7, s’occupent, en effet, de la direction qu’on doit donner à son regard, lorsque l’on parle avec une personne étrangère.

« Ne laissez point égarer vos yeux çà et là, dit ce dernier ouvrage, mais f'

tenez-les ordinairement un peu baissés; et quand vous parlez à quelqu’un, n’arrêtez pas la vue sur son visage, mais un peu au-dessous et vers l’estomac, surtout si

i;(HavnE DK P.-V. (iALLAM).

c’est une personne à laquelle vous devez le respect, ou d’un sexe dilTérent. » Quoi qu’il en soit, on voit que, bien loin de dédaigner ce dont il pouvait se servir pour animer avec justesse ses personnages, Galland était au contraire à l’alïiit de tout ce qui, dans la traduction de ses petites scènes, était susceptible de le rapprocher de la vérité. Une autre note, relative aux plis des vêtements, va nous confirmer dans celte constatation précieuse.

Nul n’ignore de quelle importance sont les plis dans la représentation du

IIEMU IV ET l’aM BASSADEin d’eSPAGNE.

Esquisse pciolc.

costume moderne. Comme les rides du visage, ils décèlent non seulement l’àge et le tempérament de celui qui les a formés, mais son état social, scs préférences maniuécs, et jusqu’à ses secrètes habitudes. Mcissonicr, ainsi (pie l’a remarqué fort justement Philippe Hurly, est peul-clrc, de tous les peintres présents et passés, celui qui a poussé le plus loin celle éloquence des plis; au point que, dessinant un dos, ou un plastron d’uniforme, ou simplement le coude d’une capote ou le genou d’un pantalon, il nous fait deviner la figure, l’àge, le caractère et jusqu’au grade du possesseur de cet habit.

Celle particularité avait aussi attiré l’attention de Galland. Elle est en partie expliquée par la note un peu jirosaïque qu’on va lire :

L'IHUVr.K DE (’.AI.LVND.

« Consultez les manches d’un gilet de tlanelle, qui a été porté pendant plusieurs jours. Ces plis, formés par la répétition des mêmes mouvements, retombent toujours dans le même sens, quand les membres viennent à se replier. Il en est de même pour les plis des autres vêtements. Ils se forment suivant les mouvements que l’individu qui les porte répète le plus souvent. — Si on osait se permettre une critique sur les belles draperies du Poussin, ce serait que, dans bien des cas, elles

pèchent contre ce principe.

Sa manière de draper sent le mannequin ou la maquette.

Les manches de Léonard de Vinci, au contraire, sont, au point de vue des plis, parfaitement comprises. »

Cette perspicace remarque, que l’on pourrait corroborer de fjoelques autres du même genre, achève de démontrer que, pour l’exécution de ses tableaux de genre, Galland était aussi bien armé par l’observation que pour ses grandes compositions décoratives. Pourquoi donc laissa-t-il ces sortes d’œuvres inachevées « en cours d’exécution », comme nous disions tout à l’heure? Etaitce dilTiculté spéciale de traiter un genre nouveau? Etait-ce que son imagination le servait mat et devenait stérile, quand il abandonnait les allégories et l’ülympe? — En aucune manière.

A la date du 11 février 18()9, je relève sur un feuillet de ses notes les lignes suivantes :

« J’ai fait aujourd’hui ciiuj esquisses peintes : Jaune femme brûlant des lettres; Jeune femme au bain, s’essuijant les pieds; le Garçon de cabinet; le Gandin; V Antichambre. »

Cinq esquisses en un jour, et de sujets dilférents ! On ne saurait exiger une preuve plus topique de son infatigable fécondité. Ces esquisses n’avaient point quitté

KTUUK ü AI’llES NATL'HE.

MU-: DK l>.-V. G \LKVM).

son atelier. On a pu les revoir à son exi)osition posthume. Inulilc donc d’insis'cr sur leurs remarquables ([ualilés, elles sont suffisamment connues.

D’où vint alors (juaucune n’ait pris corps, qu’aucune n’ait revêtu sa forme

KTÜDK DK PLIS EXKCCTKIÎ AL X DEUX CR WONS.

définitive? C’est (|ue Galland considérait ces sortes de productions comme une infidélité qu’il faisait h son Art, comme un sacrifice à ses mauvais instincts, comme une transaction avec le genre « vulgaire et pittoresque ». 11 le raconte lui-même dans une note fiévreusement tracée le 3 juin 187Î), et dans laquelle, pour la première fois, il parle de ses préoccupations financières, de ces questions d’argent

I/OiaVIlE DE r.-V. G AL LA ND.

rendues subilement aiguës par l’e.vcès de ses dépenses ti Fontainebleau, et par le ralentissement progressif des grosses commandes.

« Depuis plus d’un mois, ccrit-il, au lieu de terminer, comme j’en avais envie et comme j’y étais disposé, le panneau {Invention décorative) et la voussure {/lotel continental) pour l’exposition des Arts Décoratifs, poussé par des besoins d’argent, je me suis laissé aller à l’idée de reprendre mes tableaux. Le côté vulgaire et pittoresque m’a envahi. Des Enfants à la baignoire, je suis retourné aux intérieurs, aux

bibelots, aux impressions communes, aux sujets misérables, aux motifs d’ouvriers et de sergents de ville, à tout ce qui se rapproche de l’Assommoir et des vulgarités du jour. J’allais contre mon tempérament, contre mon impression personnelle, contre celle des miens.

Mathilde souiïrait et n’osait me combattre. Le besoin d’argent pour la paye de fin juin m’aura fait perdre un mois! Mais les résultats nuis au point de vue pécuniaire de mon exposition du pavillon de Flore m’irritaient et me faisaient porter en quelque sorte un défi à ma nature, qui (ce que j’ai fait jusqu’ici le prouve) m’entraîne vers les choses conventionnelles. Tout ce que le Musée des Arts Décoratifs possède de moi me fait connaître sous ce dernier jour. N’ayant pas de grands travaux, il me faut réduire mes qualités décoratives à une petite échelle et produire sous ce titre : le l'mjs des rêves, une quantité de sujets avec femmes, enfants, architectures, jardins, paysages, ornementations, fruits, fleurs, oiseaux. Je m’elTorcerai, dans un style élevé, de faire, d’un dessin très serré, d’un coloris très fort, des choses agréables et plaisantes. » Le découragement, on le sent, perce au milieu de ces résolutions héroïques; lui-même, du reste, n’en fait pas mystère; une note transcrite en marge (üjuin 1(S7D) porte : a Je me sens très fatigué en ce moment. » Deux jours plus tard il s’est ressaisi. Sa volonté se manifeste non plus par des mots, mais par des actes. Il a assuré sa paye de fin de mois, à l’aide d’avances (jui lui ont été consenties. 11

KlUDIi DE COSTUME.

I/ŒI’VUE DE P-V. CALE WD

ÉTUDE DE COSTUMES LOUIS XV t-(oiir ’ //// la/>/cau c/e ’ cjrcnre \

l/ŒUVUK DK l‘-V. (lALLVND.

empile dans scs tiroirs, au hasard et sans ordre, tout ce qui ne se rapporte pas à son travail pour les Gobelins ou à rexéculion de ses petits tableaux, comportant des femmes et des enfants nus.

« J’abandonne, ccrit-il, pour un temps les motifs à architecture qui demandent trop de travail et exigent trop de recherches. Je préfère couper court à ce que m’a préparé Alagnon, c’est-à-dire à la Prière à la Madone, à la /{éceplion au temple de I Amour, à la Visite du Premier de l'an, enfin aux Enfants à la baifjnoire et aux Préparatifs des confitures. Ce sont ces derniers qui m’ont ouvert les yeux. C’est à la suite de la visite de M. Hinguet que j’ai vu que je m’enfoncais dans le pittoresque. Si j’avais eu ma fin de juin assurée, je n’aurais pas fait toutes ces tentatives. Je me retourne brusquement, et je renonce à toutes ces œuvres commencées pour ne plus voir que mon tableau de la Mort de Narcisse et mes compositions relatives au I*ays des rêves. Les fleurs et tout ce qui se rattache au travail des Gobelins resteront sous mes yeux. Ce travail, au reste, doit être bientôt repris, soit en partie, si je reçois l’ordre de poursuivre la décoration de l’hotel Continental, soit d’une façon très soutenue, si le Continental est suspendu. J’entasse donc dans mes tiroirs tout ce qui ne peut me servir aux sujets femmes et enfants nus, paysages, fleurs et accessoires relatifs aux Gobelins. Je ne reverrai plus rien de cela avant que les œuvres que je veux entreprendre soient achevées... Le repos de ma vie résultera de cette répartition nouvelle, faite en raison d’idées et de résolutions bien déterminées. »

Combien peu d’artistes seraient capables de renoncements pareils! Je viens de parler pour la première fois de ces embarras d’argent, qui auraient sutli et au delà pour justifier ce qu’il croyait être une apostasie, et ce que de plus indulgents auraient considéré comme une simple incursion dans un autre domaine. Il ne faudrait pas conclure de ces difiicultcs que notre peintre avait changé de genre de vie, qu’il s’était laissé gagner par cette contagion de luxe, dont nos artistes contemporains ont eu si souvent à souffrir. Galland n’avait rien à se reprocher de pareil.

A défaut de ses livres de comptes, j’ai retrouve parmi ses papiers des notes curieuses, où son travail est estimé ét taxé par lui-même, comme s’il travaillait encore à l’heure ou à la journée chez un Séchan ou chez un Cicéri. Quant à ses dépenses personnelles, on aura une idée de leur modestie par un seul chiffre qui permettra de juger des autres. Durant son séjour à Madrid, qui dura juste quatrevingt-dix jours, il dépensa 370 francs pour sa nourriture et son logement, un peu |)lus de 4 francs par vingt-quatre heures.

Mais la famille était venue et avec elle un surcroît de charges. 11 avait, sans y trop penser, — ne marchandant rien quand il s’agissait de ce qu’on pourrait appeler son matériel de travail, — englouti de grosses sommes pendant l’aménagement de cette propriété de Fontainebleau, qui était devenue pour lui une source de joies et de préoccupations incessantes. Enfin, à l’époque où il travaillait pour des confrères, il lui fallait produire vite et aboutir rapidemenl. 11 aurait eu mauvaise grâce, quand Des|)lechin, Rubc ou Séchan se déclaraient satisfaits, de ne i>as l’êlre lui-même.

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