‹ L'œuvre de P.-V. GallandChapitre 22 sur 54 · SOUVENIR DE FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE FONTAINEBLEAU

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GALLAM) PAYSAGISTE. — PROMENADE A TRAVERS l’eüROPE. lUNTAINERLEAU. — LE JARDIN DES MILLE ET UNE NUITS. — COURSES EN FORÊT. PLANTES ET FLEURS. — LA NATURE ET l’oRNEMENTATION.

NE des révélations et non la moins curieuse que nous valut la belle exposition organisée au Palais de l’Industrie, ce fut de nous montrer Galland paysagiste et paysagiste de réel talent, sachant saisir la nature sous tous ses aspects et la traduire toujours avec un charme pénétrant, d’où la distinction, quoi qu’il fît, n’était jamais bannie.

Il y avait à cette exposition toute une série de petits coins de nature, passant des frondaisons dorées de l’automne aux tendres verdoiements du printemps; des puissantes ardeurs du midi, aux chastes indécisions de l’aurore et aux mystérieux rayonnements du crépuscule; et tous étaient pour ravir les plus difliciles. On y voyait jusqu’à, des effets de nuit, et il faut croire que Galland, un moment séduit par l’attirante simplification que les ombres épaisses impriment aux grandes masses du paysage, se proposait de pousser des recherches suivies de ce coté; car je trouve

parmi ses notes la description d’une planche munie de lanternes et garnie de papier bleu, laquelle était destinée h « faire des études de paysage la nuit ».

L’AQtEIlLC. — SOLVEMH I) ’ ES P A(i NK.

Quoi qu’il en soit, ces délicieux motifs, exécutés sans prétention, au pinceau levé, si l’on peut dire ainsi, — et qui nous promenaient dans tous les pays où notre artiste avait séjourné quelque peu, depuis les bords brumeux de la Tamise jusqu’aux coteaux ensoleillés de l’Espagne, reliés entre eux par un immense aqueduc; depuis Fontainebleau, dont ils nous montraient les bouleaux frissonnants, jusqu’à Saint- llonoré-les-liains, enveloppé de sa ceinture de sapins sombres; depuis la fontaine de Saint-Gervais, reflétant la lumière tremblante du clair de lune, jusqu’au Pont-Neuf, entrevu au milieu de la nuit, — avaient tous une signification précise.

Représentant tantôt une verte futaie, une prairie verdoyante, tantôt un abreuvoir, un pâturage, ou la blonde silhouette d’une lointaine montagne s’estompant à l’horizon, ces paysages charmants sufîiraient à nous bien prouver l’affection émue que Galland ressentait pour ces adorables spectacles de la nature; alors même que ses premières équipées à Fontainebleau et l’enthousiasme ressenti dans sa contemplation de l’admirable forêt ne nous auraient pas édifiés d’avance sur ses sympathies champêtres.

Ces études de paysage lui étaient, en outre, nécessaires pour exécuter les fonds de ses décorations. Ayant à peindre une représentation de i\arcisse mourant, qui lui avait été demandée, il écrivait en marge de sa commande : « .Aller jusque dans le Morvan, pour trouver une petite cascade. » On peut croire que, doué comme il l’était d’un sens merveilleux d’observation et d’une acuité de vision exceptionnelle, ses promenades à travers les collines et les vallées, les prairies et les bois, n’étaient pas infructueuses. Non seulement son cœur toujours prêt à s’émouvoir ne restait pas

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soui cl aux élociuciiles beaulés dos admirables campagnes (lui se déroulaient sous ses yeux, mais sou alleiilion attendrie élait captivée même par les intiniment petits de ce monde toujours intéressant dans son éternelle jeunesse.

La moindre brindille d’iierbe, en ell’et, la plus modeste Heur comportait pour lui la révélation d’une forme décorative. 11 me souvient qu’un jour, à lleauvais, la Commission de i)crfectionnement inspectant la Manufacture nationale de tapisserie, le professeur de dessin crut le moment bien choisi j)our demander à son président (|u’on lui allouât un petit crédit, destiné à l’achat de plantes exoticpies qu’il voulait faire coj)ier |)ar ses élèves.

« Kh ! ([u’avez-vous besoin de plantes étrangères? demanda Calland. N’avezvous pas dans cette cour, dans votre potager, de (juoi épuiser la vie de tous vos élèves en éludes infinies? »

El, prenant une branche d’acacia, il la tordait légèrement, lui faisant décrire une courbe charmante.

LISIÈRE DE FORÊT EN HIVER. — FO N T A I N E U L E A U. Étude do paysage.

« Est-il quelque chose de plus gracieux que cela, ajoutait-il, ou de plus pittoresque tpie ceci? »

Et il étalait avec la main la feuille étrangement dentelée d’un pied d’artichaut. On n’a point oublié l’éntotion (|ue provotiua l’apparition, au Musée des Arts

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décoratifs, de scs éludes de piaules et de Heurs. Il n’y eut (lu’un cri, et ce fut un cri d’admiration. Depuis les maîtres allemands du wi” siècle, la j)lanlc n’avait jamais

été si délicatement, si subtilement analysée et dissé(|uée, si l’on peut dire ainsi, avec une science; plus magistrale. Il était imjîossible de traiter l’anatomie arlisliejue de la flore européenne avec plus de savoir, d’habileté, d’art et de goût. Chacun de ces croquis est une merveille digne de Durer ou d’ilolbein.

Depuis loi's, nous avons eu sous les yeux de nombreux dessins du meme genre, traînant dans ses cartons, et qui donnaient les aj)plications décoratives de ces études si précieuses. On y voyait les volubilis s’arrondir en délicieux l inccaux; un hanap naîti e sans elTort du calice d’une tulipe, cl la corolle d’un œillet se transformer en bougeoir. Mais com-

ICTlDli DE l'EELUS

bien d’autres de ces créations délicieuses, inventions éj)hémeres, n’ont fait ({ue voir le jour pour disparaître et sont passées inaperçues! Combien n’ont été connues (juc par leur résultat, sans (|u’on eu devinât l’origine!

l'n jour, venant de 31onlieloul (c’était en mai DStJ t), Calland, traversant le bois de Boulogne, aperçoit à scs pieds une chenille tombée d’un arbre; il la ramasse, l’emporte; et, rentré chez lui, s’inspirant des nuances (jui la colorent, il compose une bordure de tapisserie.

L’nc autre fois, — c’était neuf ans plus tard, — il trouve un papillon superbe, aux ailes magnifiques, d’un riche brun mordoré, veiné d’or, avec des taches d’un grenat obscur, entourées de cercles gris cendré, d’une douceur singulière. 11 rapporte ce papillon à l’atelier, détache- délicatement une de ses ailes, la colle sur une page blanche de son livre de notes; puis, après avoir échantillonné au dessous, à l’acpiarclle, les tons (|ui la diaprent, il exécute sur un petit morceau de toile un délicieux motif de décoration : un vase très riche, monté sur un beau piédouchc, accosté de deux petits génies, entouré d’un léger encadrement formant panneau, et il intitule le tout : Modèle de cumaieu.

Ce motif, obtenu avec les seules nuances empruntées à l’aile du pauvre papillon,

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est. (J’uno doiicour c\(|iiiso. On no pont rien imaginor do plus suggeslif cl do j)lus charmant. Mais dôjà, à ccüo épocpio, (lalland avait |iris pied à la campagne et passait aux champs une partie de l’année. .Vvec riicodore Houssean, il pensait (pie pour bien peindre les rochers, les buissons et les arbres, il faut les avoir constamment sous les yeux, et que, pour bien comjirendre la nature, il faut entendre chanter les oiseaux, rontainebleau, qui a toujours exercé une sorte de fascination sur les arlisles parisiens; Fontainebleau, pour lecpiel il professait une admiration sans bornes, 011 il aimait, d(*s les premiers temps de son mariage, à faire de joyeuses échappées; Fonlaincblean, qui lui olfrait, avec son admirable forêt, ses rochers impressionnants, scs arbres héroï(|ues et le voisinage de plaines j)lanlurcuscs sillonnées par une charmante rivière, Fontainebleau l’avait attiré et devait le retenir.

Mais il ne suivit pas la colonie joyeuse des peinlrcs parisiens, qui, prenant Harbizon comme quartier général, élaient allés se loger à l’extrémité de la forêt. Pour lui, la médilalion, l’observation constante, la studieuse rêverie, primaient les conversations aimables; et la solitude lui paraissait préférable aux plaisirs du voisinage.

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