‹ L'œuvre de P.-V. GallandChapitre 26 sur 54 · I.A TOILKTTE DE BEIIK · texte numérisé non relu

I.A TOILKTTE DE BEIIK

Pciteure à l’hiiilo.

« C’est, écrit-il, en voyant le tableau de Pieter de lloogh, que l’idée de ce tableau m’est venue. Voici comment : Par la tenue sans façon de l’homme qui tourne le dos au premier plan, on voit qu’il est au moins un ami de la maison. Son chapeau est négligemment posé sur la table, son épée a été familièrement accrochée à un siège, à gauche. En outre, par son attitude, appuyé sur une haute canne, la jambe croisée, il témoigne du peu de cas qu’il fait du personnage qui entre. Ce dernier paraît s’excuser. Un petit domestique, dont on ne voit que la tête et une main, vient de l’annoncer. La maîtresse de maison, qui se lève, fait un pas vers l’airivant; sa physionomie est celle d’une personne (jui simule le plaisir de recevoir. »

Après cette « exposition » du sujet, Galland entre dans une foule de détails

L’OfaVHE DE P.-V. (;ALL.\^D.

techniques sur la façon dont il entend que l’œuvre doit être exécutée; puis, au moment oii il semble que, composition et facture étant bien et définitivement arrêtées dans son esprit, le peintre n’a plus qu’à transporter le tout sur la toile, il reprend la plume. « Cette composition du Genewr peut être transformée en sujet de la Veuve. Ce motif est ici développé. » Suit une belle page blanche qui a bien pour en-tête la Veuve, mais qui est restée vierge de tout « développement » ; et par l’analogie du nouveau titre avec le sujet du tableau, il est bien évident que le primitif fîéneur est devenu finalement 1a Convenulion interrompue.

Kt le plus curieux de tout cela, c’est que Galland, justement déconcerté par le bruit exagéré qui se faisait autour de certains nouveaux venus de modeste talent — alors qu’une demi-obscui ilé continuait d’envelopper son nom et sa personne — se prenait parfois à ambitionner, lui aussi, des succès d’exposition. Il aurait voulu montrer à cette foule qu’il n’élait pas seulement capable de faire des chefs-d’œuvre ignorés, mais qu’il pouvait comme tant d’autres jeter en pâture aux journaux des tableautins agréables, supérieurs à la plupart de ceux qu’on couvrait d’épithètes louangeuses, et pour lesquels la critique complaisante se plaisait à inventer des qualificatifs inédits.

Je me souviens f[u’en 1883, en cetic année même où il conçut l’idée du Geneur, étant venu causer avec moi de ses projets, il vit sur ma table de travail le Dictionnaire général des artistes de l'Ecole française, par liellier de La Chavignerie et Auvray. 11 feuilleta le premier volume qui venait de paraître et, d’un air attristé, me montra la coloiine oii, entre Joseph Ga!l et Paul-Charles-Emmanuel Gallard- Lépinay, il espérait trouver son nom.

« Ainsi, me dit-il, je suis plus inconnu que les innombrables inconnus dont les noms noircissent ces deux mille pages.

— Il ne faut pas vous étonner de cette lacune, répondis-je, ce livre est fait uniquement avec le dépouillement des livrets du Salon, et vous n’exposez pas...

— Alors, il faut donc exposer, pour être quelqu’un! »

C’est la seule plainte de ce genre que je lui aie entendu prononcer. 11 est clair qu’il sentait le tort qu’il se faisait à lui-même en se tenant en deliors de la foire annuelle du palais de l’Industrie. Il eût voulu y prendre part pour mettre fin à cette indilTérente ignorance du public, qui parfois l’obsédait ; mais à son âge et avec son talent, sa réputation, il ne pouvait débuter que par un coup d’éclat. 11 fallait descendre dans l’arène avec un chef-d’œuvre enlevant tous les suffrages. Sans quoi, son prestige à l’École, déjà battu en brèche, efit risqué de sombrer.

Ce chef-d’œuvre, il l’eût fait certainement, mais jamais il n’aurait pu lui-même le tenir pour tel. Et même, s’il l’eût reconnu pour un ouvrage tout à fait supérieur, digne de lui, le montrer, l’exposer, n’était-ce pas sacrifier aux faux dieux, n’était-ce pas avouer ([u’il pratiquait parfois « le morceau », qu’à l’occasion il faisait acte de virtuosité, lui, le grand prêtre de la Subordination, qui défendait tout acte de virtuosité à ses élèves !

DF.SSCS DE l’OIîTE POUR LE PALAIS NARISCUKINE.

GALLAND PROFESSEUG. — NOMINATION A l’école des beaux-arts. — LE COURS SUPÉRIEUR d’aRT DÉCORATIF. UN PROGRAMME d’ÉTUDES ET d’eNSEIGNEMENT.

OU S touchons ici à une des phases les plus délicates de la vie artistique de Galland, à une des étapes de ce que, dans l’intimité et non sans quelque dépit, fort explicable du reste, il appelait son Calvaire. — Avec sa nature droite et généreuse, bonne, alfectueuse et communicative, Galland portait en soi ràme d’un apôtre. 11 ne lui suffisait pas d’avoir renoué avec le wiii® siècle les traditions de la grande décoration française, il prétendait ne pas garder pour lui seul la vérité retrouvée. 11 voulait en faire profiter ceux qui devaient être ses successeurs directs. 11 souhaitait de laisser après lui des disciples fervents, capables de défendre ses doctrines et d’en assurer l’application.

Cette tendance, nous l’avons vu s’atfirmer, presque dès ses débuts dans la carrière, par son projet de préparer de grands albums de compositions franchement décoratives, — Trophées, Groupes d’enfants, 31otifs de panneaux, — projet excellent qui non seulement aurait aidé puissamment à la propagande de ses idées, mais aurait constitué une mine inépuisable à laquelle ses élèves et ses successeurs auraient pu venir chercher des inspirations, comme les peintres du xvn“ et du xviii® siècle et

même ceux de nos jours en ont su tirer des albums de Bérain, de Le Brun et de

I/OEUVHK DK P.-V, GALLAM).

Le l’autre. Ce mcnie désir devait se manifester encore au déclin de sa vie, par le récolement de cet herbier gigantesque, destiné à nos écoles d’Art Décoratif — herbier unique en son genre, dont il se proposait de faire jaillir une ornementation nouvelle, exclusivement tirée de la flore nationale.

Nous avons dit à quels obstacles il se heurta pour l’exécution de sa première pensée. Les diiricullés de ses débuts, les exigences matérielles d’une vie pourtant bien modeste — res angusta domi — ne lui permirent pas de mener à bonne fin la première de ces entreprises, dont la seule conception eût effrayé tout autre esprit que le sien. La mort, survenue inopinément, interrompit brusquement la seconde, alors qu’elle n’avait point encore pris assez de consistance, pour survivre à celui qui l’avait conçue.

Mais, entre ces deux tentatives qui marquent les points extrêmes de son existence, il avait été appelé par la confiance de l’Administration des Beaux-Arts à faire entendre la bonne parole à la jeunesse. Et cette Administration, si souvent qualifiée de rétrograde, n’avait pas été révolutionnaire à demi. En même temps qu’elle lui ouvrait toutes grandes les portes de cette Ecole nationale des Beaux-Arts, qui passe non sans raison pour être le premier foyer d’enseignement artistique qui soit au monde, elle l’avait introduit dans nos Manufactures nationales.

Ainsi, il allait pouvoir professer hautement ses idées, exposer devant un auditoire d’élite ses théories fécondes et en même temps poursuivre leur application aux Gobelins, à Sèvres, à. Beauvais.

C’est en 1<S73 que Galland fut appelé à prendre rang parmi les professeurs de l’Ecole des Beaux-Arts. Sa nomination, qui passa alors pour une sorte de coup d’Etat, était due à l’initiative de deux hommes éminents, animés l’un et l’autre d’un esprit aussi pondéré que peu subversif: M. de Chennevières, directeur des Beaux- Arts, et M. Eugène Guillaume, directeur de l’Ecole. Jamais décision ne fut mieux accueillie des critiques, ordinairement rebelles à toute innovation, et du public d’élite qui s’intéresse à nos grandes questions d’art. Au dehors, on peut le dire, l’approbation fut unanime. Nous verrons tout à l’heure quel accueil le nouveau professeur rencontra au dedans. Quant au Gouvernement, décidé à faire galamment les choses, il institua pour Galland une chaire spéciale, et le cours qu’il fut chargé de professer reçut le titre séduisant de Cours supérieur d’Art décoratif.

Ce cours, ouvert uniquement aux élèves de la IMaison, était plus spécialement destiné aux jeunes architectes de la première classe et aux premières médailles des sections de sculpture et de peinture — par conséquent, à, l’élite de l’Ecole.

11 comprenait deux années. Durant la première, les élèves devaient dessiner

d’après les chefs-d’œuvre de l’Art Décoratif provenant de tous les temps et de toutes

les civili.sations. Pendant la seconde, ils allaient être exercés à la Composition, d’après

des programmes embrassant des applications à l’architecture, à la peinture et à la

sculpture. Un atelier commun était ouvert aux élèves suivant ce cours supérieur, ^

et une galerie devait être créée, pour réunir les modèles nécessaires. Enfin, on Û

L’OIU’VnK DK P.-V. (iALKAND.

avait promis que des médailles spéciales seraient décernées aux plus méritants. On le voit , rien n’avait été omis ou négligé.

Comme un pareil cours était chose grandement nouvelle, pour éviter tout malentendu et toute fausse interprétation, notre professeur crut devoir, tout d’abord, en déterminer exactement le but et en caractériser la portée.

Nous avons retrouvé, dans les papiers de Galland, le brouillon de ce qu’on pourrait appeler son discours d’ouverture. Mieux que toutes les paraphrases imaginables, il va nous dire quelles matières le Maître se proposait de traiter et dans quelles limites il entendait se mouvoir.

Le professeur commençait par établir que l’enseignement donné par l’École des Beaux- Arts doit comporter, pour les jeunes artistes, une éducation complète.

Il invoquait comme preuve qu’en dehors des cours de dessin et des leçons pratiques

données par d’éminents artistes dans les Ateliers spéciaux de peinture, de sculpture,

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