L E N F \ S T A U I) A U P II I N
Modèle de panoeau décoratif.
L’IM'UMÎK DK GALLAND.
d’architecture, l’enseignement comprenait des cours de perspective, d’anatomie, d’esthétique, d’histoire, d’archéologie, etc. Il expliquait ensuite qu’entre les trois arts professés à l’École, et dont ces connaissances sont le complément forcé, il existe un lien intime qu’il est indispensable de ne pas ignorer, si l’artiste ne veut pas, une fois hors de l’École, s’exposer à de graves déboires.
Après avoir indiqué qu’on a l’habitude de désigner ce lien sous le nom assez incorrect d’dr^ Décoralif, Galland continuait ainsi :
« Expliquons-nous. Dans l’atelier de peinture et de sculpture, vous travaillez d’apres le modèle vivant et vous apprençz à connaître le corps humain, clef de voûte de toutes vos études. Outre cela, vos professeurs vous donnent des sujets de composition, et, d’après les esquisses ))einles ou modelées que vous leur apportez, ils appellent votre attention sur l’expression d’un geste, sur l’agencement d’un groupe, sur l’exactitude ou la probabilité d’une scène. Ces cours existent déjà et, comme ils sont très bien faits, nous ne pouvons que vous engager à les suivre assidûment. Mais, messieurs, avez-vous songé à l’embarras dans lequel vous vous trouveriez si, au sortir de l’Ecole, vous étiez appelés à décorer le salon d’une grande dame, le foyer d’un théâtre, la salle d’audience d’un tribunal, la chapelle d’une église? Avez-vous pensé qu’à ce moment il ne suflirait plus de chercher une composition sur un sujet déterminé, mais qu’il vous faudrait encore la mettre en harmonie avec le monument, profiter des surfaces qui vous seraient oITertes et les relier dans une unité commune, pour le plus grand bien de l’Art et de vous-mêmes? Vous êtes-vous rendu compte de l’etTet que jiroduiralt, dans un lieu déterminé, la peinture que vous faites dans l’atelier, et des modifications qu’il faudrait y apporter, suivant le jour qui doit les éclairer, suivant les saillies plus ou moins grandes des meubles et de l’architecture, suivant la distance ou l’inclinaison dans lesquelles votre ouvrage doit cire vu?
« Avez-vous songé à l’ouverture d’une porte qui peut-être va partager votre composition en deux; aux formes d’une corniche qui vous forceront à exécuter sur une surface courbe des figures ou des ornements; à la saillie d’une cheminée qui va jeter une ombre imprévue sur votre peinture? Les Maîtres ont été, comme vous le serez un jour, appelés à combattre ces difficultés pratiques, et c’est parce qu’ils ont su en triompher que nous leur donnons le titre glorieux de Maîtres.
« Je veux vous rappeler un fait que vous connaissez tous. Quand Raphaël fut charge de décorer les Lo(jes du Vatican, il alla visiter les Bains de Titus, en compagnie de Jean d’Udine et de Polidore de Caravage. Ce fut devant ces débris qu’il conçut l’idée de cette admirable ornementation, dont vous pourrez voir ici même une reproduction. Pensez-vous que les élèves de Raphaël, qui, i^^-l’oubliez pas, étaient eux-mêmes des Alaîtres, aient trouvé mauvais que, sachant j^eindre le corps humain, on vienne leur demander d’étudier la tige d’une plante ou la feuille d’un liseron? 11 le fallait pourtant, pour trouver le type d’une ornementation qui devait encadrer des médaillons en camaïeu, s’enrouler en rinceaux, se contourner en gra-
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cieuses arabesques et se relier de toutes parts avec des fleurs épanouies, de grands feuillages dentelés ou de petits animaux fanlasliciues. Non, messieurs, des idées aussi étroites n’existaient pas sous la Renaissance, et tout le monde était convaincu
l’aurore.
Projet de plafond. — Peinture à l’huile.
alors que, si le corps humain est le principe essentiel des études d’un peintre, nul n’a le droit de négliger les éléments que la Nature nous otTre de toutes parts pour l’Art Décoratif.
« 11 en est des sculpteurs comme des peintres, et les portes de Cdiiberti, dont
L'OKUVHK Dlî P.-V. (1 A LL AM).
vous avez ici un moulage, vont vous en donner la preuve. Je sais que vous appréciez, comme moi, l’admirable tournure des bas-reliefs et l’e.xquisc élégance des figures. Je ne fais pas à votre goût l injure d’en douter. IMais êtes-vous bien sûrs de vous rendre exactement compte de la raison qui a porté Ghiberti à placer, dans des bandes longitudinales de l’encadrement, des figures plus grandes que celles des bas-reliefs eux-mêmes? Avez-vous calculé la saillie qu’il a voulu leur donner, mesuré la profondeur des niches où il les a placées, cherché à comprendre l’importance relative de l’ornement qui les sépare? J’en doute fort, et je vous soupçonne même de n’avoir prêté qu’une légère attention à cette admirable guirlande de fîeurs et de fruits qui encadre la porte entière. Vous avez peut-être trouvé que tout cela était habilement travaillé, mais vous avez souri intérieurement en disant : Là n’est pas l’important, et Ghiberti, qui savait modeler la figure, a dû faire, en se jouant, des feuillages, des oiseaux ou des fruits. Eh bien, messieurs, j’en suis fâché pour votre érudition, encore un peu jeune, mais Ghiberti pensait tout autrement; et si vous pouviez apprécier son œuvre comme elle le mérite, vous verriez que l’inclinaison d’une aile d’oiseau, que la saillie d’un fruit, que l’enroulement d’un feuillage a été calculé pour l’ensemble au même litre (jue la silhouette d’un personnage ou que l’agencement d’une draperie. C’est parce que Ghiberti était un admirable statuaire, doublé d’un merveilleux décorateur, que son ouvrage a été jugé par Michel-Ange digne des portes du Paradis.
<: Et vous, messieurs les architectes, savez-vous que noblesse oblige, et que votre art, qui comprend implicitement tous les autres, vous impose la nécessité de les connaître? N’aurez-vous pas des modèles à donner aux ornemanistes que vous emploierez, des emplacements à déterminer pour les peintres et les sculpteurs que vous associerez à votre œuvre? Les applications de la perspective à la Décoration ne sont-elles pas de la plus haute importance pour vos travaux? Vous avez suivi, je le sais, des Cours do perspective oii cette science a été approfondie; aussi ce ne sont pas des règles pour un tracé perspectif que je veux vous donner, mais je veux vous apprendre à profiter de ce (jue d’autres vous enseignent.
« Architectes, peintres, sculpteurs, il doit y avoir dans vos éludes un point commun, c’est celui qui a pour mission de les relier ensemble, celui qui a trait à l’Art Décoratif. Voyez ce qui se passe dans l’Université. Dans nos lycées, il y a des élèves qui se destinent spécialement aux Lettres, d’autres aux Sciences. Parallèlement vous voyez des écoles oii on instruit les jeunes gens en vue du Commerce et de l’Industrie. Mais il y a une étude (|ue vous retrouverez partout où il y a un enseignement et quelle que soit la nature de cet enseignement, c’est l’étude de l’Histoire, qui classe les faits et en déduit les conséquences. Eh bien, je n’hésite pas à afiirmer que l’Art Décoratif est à l’enseignement des Bcaux-.Arts ce que l’ilisloire est à l’enseignement général .
« Je prévois pourtant une objection, et je veux y répondre tout de suite.
« Gomment se fait-il qu’on nous présente, dira-t-on, comme indispensable un
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cours qui ne date que d’hier, et dont les artistes de la Gn'îce et de la Renaissance n’ont jamais entendu parler? Ah! messieurs, si vous raisonniez ainsi, vous prouveriez simplement que vous n’avez pas suffisamment étudié l’histoire. Ignorez-vous que l’ancien apprentissage a été remplacé par l’enseignement de l’Ktat, et que cet
DÉCOMPOSITION DE I,A PLANTE ET APPLICATION DE SES FORMES. Dessin au crayon noir et au lavis.
enseignement lui-même doit nécessairement se modifier selon les mœurs et les besoins de chaque époque? Ignorez-vous que les Ateliers de l’Kcole des Reaux-.\rts n’ont été institués que depuis un petit nombre d’années, et qu’en vous y conviant, l’Ecole a supprimé, par cela même, tout ce que pouvait avoir do pratique l’enseignement privé d’un artiste? Certes, si le ministre qui a fait les réformes dont je
i;ŒI VUE DE P.-V. O VELAND.
parle avait pu mesurer leurs conséquences, il aurait institué en même temps que vos Ateliers un cours d’Art Décoratif. ÎMais l’expérience sert à quelque chose,, et si ]M. le Directeur de l’École m’a appelé parmi vous, c’est que, dans sa sollicitude pour votre avenir d’artistes, il a reconnu qu’il y avait désormais une lacune à combler,
et que, à coté des classes où l’on forme des peintres, des sculpteurs et des archi-
tectes, il fallait un cours pratique, commun pour vous tous, où vous appreniez à vous comprendre les uns les autres. Car l’Art est un et domine toutes les spécialités. Ainsi, messieurs, je n’arrive pas ici comme un novateur et un révolutionnaire. En vous enseignant les applications décoratives, je m’appuie sur une tradition qui a sa source à. l’Acropole d’Athènes, et qui est parvenue jusqu’à nous en traversant la Renaissance. »
11 faut avouer que le nouveau professeur ne pouvait s’exprimer en termes meilleurs et tenir à un auditoire d’élite, qu’il était fondé à croire remarquablement préparé et particulièrement intelligent, un langage mieux approprié et plus suggestif.
PANNEAl DÉCOriATIF Composé à l’aide de la stylisation de la plante.
DucourUoux et Huillard
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