‹ L'œuvre de P.-V. GallandChapitre 28 sur 54 · A LA COMMISSION DE PERE ECTIONNEMENT DE SÈVRES · texte numérisé non relu

A LA COMMISSION DE PERE ECTIONNEMENT DE SÈVRES

L est peu de personnes qui, ayant entendu Galland, aient pu résister au charme de sa parole chaude et vibrante. 11 était la joie des réunions intimes, et dans les Commissions il savait, par l’originalité de ses idées, par le tour de son langage, imposer l’attention au.x esprits les plus mobiles, aux cerveaux les plus distraits, lleau, il ne l’était pas, si l’on attache à ce mot l’idée d’une parfaite régularité des traits, d’une certaine dignité dévisagé; mais il possédait au suprême degré ce qu’on est convenu d’appeler la physionomie. Dès qu’il commençait à parler, son organe un peu voilé prenait des intonations persuasives, ses yeux s’animaient d’un éclat singulier, et son spirituel sourire revêtait des allures captivantes.

Sa conversation était familière et, même lorsqu’il traitait les sujets qu’il entendait professer, la causerie prenait le pas sur la conférence. La phrase était généralement courte, parfois hachée, primesautière, toujours imagée et saisissante. Possédé par son sujet plus encore qu’il ne le possédait, on sentait en lui la passion communicative et l’inébranlable conviction ; mais c’est surtout le crayon à la main qu’il était unique, inimitable. 11 s’exprimait avec une incroyable facilité dans cette langue du dessin, qui, bien qu’elle s’adresse principalement aux yeux, a comme l’autre son éloquence et son style.

I/OELMIE DE GALLA.M).

Avec une aisance incomparable, une étonnante souplesse, une infatigable fécondité, il improvisait une multitude d’ornements variés, gracieux, élégants, admirablement appropriés à la forme qu’il fallait décorer et au but que devait remplir cette forme. Faisait-il intervenir la figure humaine? Soit qu’il s’inspirât de la distinction florentine, soit qu’il lui préférât les contours souples, amoureusement arrondis de l’Ecole française, il lui donnait toujours un charme particulier et l’encadrait si bien dans l’espace qu’il s’était préalablement assigné, qu’elle y tenait à l’aise et semblait n’avoir jamais occupé d’autre place. Se bornait-il à emprunter sa décoration à la tlore? Sous son crayon la tige flexible se transformait en délicats rinceaux, la feuille s’épanouissait en un désordre symétrique et voulu, les fleurs s’arrondissaient en guirlandes, accompagnaient une frise, ou se précipitaient en chutes, sans contredire jamais la forme qu’elles étaient chargées d’orner et de faire valoir.

Tout, en passant par ses mains, prenait une allure décorative. Fleurs, fruits, masques, attributs, jusqu’à de simples rubans, à de vulgaires copeaux, devenaient entrelacs, pendentifs, arabesques, culsde-lampe. Un papier replié fournissait un cartouche; d’une herbe sauvage naissaient vingt fleurons. Et cette ornementation, brusquement inventée, grandissait et se développait à vue d’œil, restant toujours curieuse, originale, nouvelle, même lorsque pour obéir aux préférences de l’architecture, ou au parti pris de la construction, le professeur était obligé de remonter aux sources archaïques et d’emprunter à Athènes ou à Rome, au Moyen Age chrétien ou à la Renaissance italienne, quelques-uns de leurs ornements typiques, de ceux (jui déterminent ce qu’on est convenu d’appeler les Styles.

Ces Styles, mieux que personne, Galland les connaissait pour en avoir pénétré les raisons et démêlé la genèse. 11 aimait à expliquer comment ils s’étaient formés, et comment les peuples les plus indépendants, les plus fermement créateurs, leur étaient restés fidèles pendant de longues périodes de leur existence; et cela non pas par impuissance, par indilTérence ou par paresse, mais parce que l’ornementation qui caractérise chacun d’eux, bien loin d’être le résultat accidentel d’un ingénieux arrangement, la facile improvisation d’un aimable caprice, avait exigé une science profonde; parce que cette présentation nouvelle d’éléments anciens comme le monde répondait à un état d’espril, à un degré

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de culture, à un f^oùt, îi des besoins supérieurs et particuliers. Et alors, il laissait entrevoir comment l’adaptation d’une expression nouvelle k d’éternelles nécessités sulTit parfois pour distinguer une époque et pour glorifier un peuple, non point à cause de l’agrément que cette disposition présente aux yeux et du charme' qu’on lui trouve, mais à cause de l’alTmement d’esprit, de la délicatesse de sentiment, de la perfection de jugement qu’elle fait supposer.

On conçoit aisément quel attrait devait offrir l’enseignement d’un pareil maître.

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l’enfanck de i*a\.

Première idée du panneau exécuté pour M™' Gounod.

Un écrivain de talent, qui s’est spécialement consacré à l’étude de l’Art Décoratif, M. Victor Champier, a jadis tracé dans la (îazetle des Heaux-Arls un tableau saisissant de ce qu’étaient ces fécondes leçons.

« ÎM. Galland, écrit-il, donne à ses élèves h décorer un panneau de muraille dans un monument, non pas un monument quelconque, qu’on peut orner indifféremment d’attributs sans caractère déterminé, mais un théâtre, le salon d’un financier ou d’un homme d’État, en un mot, un édifice qui devra être nettement particularisé. De même la muraille n’est pas choisie au hasard, mais elle offre de certaines difiicultés qu’il s’agit de surmonter : c’est une voussure dont les dimensions devront être exactement remplies, ou un pan de mur coupé par une porte à deux battants.

« On voit d’ici l’embarras, au début, des élèves habitués à l’École des Beaux-Arts

à rester maîtres de leur composition, à l’établir en hauteur ou en largeur suivant leur caprice, à faire des tableaux plus ou moins remarquables, mais toujours en vue du prix de Rome, sans jamais prévoir le cas d’une décoration pour un emplacement fixe, spécial. Alors M. Galland passe à la démonstration.

« En un quart d’heure, il improvise devant ses élèves vingt motifs diiïérents, s’adaptant au programme indiqué, et que chacun pourrait traiter suivant son tempérament, son goût, ses aptitudes. Ici ce sont des cariatides soutenant une corniche, là des arabesques, des rinceaux de feuillages, des griffons, des vases, de petits génies gracieusement groupés, des figures symboliques habilement disposées dans un cadre architectural. Tout cela semble si bien en place, si ingénieusement inventé, qu’aucun ornement, croirait-on, ne pourrait mieux convenir, si l’inépuisable imagination du professeur n’en faisait naître de nouveaux d’un arrangement meilleur encore que les précédents.

« Aux compositions peintes succèdent d’autres sujets, car 31. Galland s’adresse , à toutes les catégories d’élèves, et les sculpteurs doivent aussi trouver leur compte à ces leçons. Tantôt c’est la décoration d’une fenêtre qu’il s’agit d’imaginer, tantôt celle d’une fontaine, d’un meuble, d’une reliure de livre. La fantaisie débridée des jeunes cervelles en ébullition s’irrite et se heurte aux obstacles du programme auquel on doit se plier. Dans l’atelier, on fait venir le modèle vivant : il y a des fleurs, des plantes, parmi lesquelles il est permis à chacun de choisir ses ornements; mais le modèle n’a plus, comme dans les autres ateliers de sculpture, son pied posé sur la talonnière traditionnelle. Sa main Ji’est plus retenue par une ficelle chargée de l’immobiliser dans le geste académique que tous reproduisent. Il faut que chaque élève indique le mouvement qui lui est nécessaire pour la composition particulière qu’il a adoptée. La nature n’est ici employée qu’en vue d’un ensemble, de même pour les plantes qui ne sont pas copiées au hasard, mais toujours choisies et disposées suivant le cadre architectural.

« Le principe de l’Art Décoratif, ne cesse de répéter le professeur, c’est la subordination à l’Architecture. Nous n’avons pas à donner l’illusion de la vérité. Une figure s’enlevant sur un fond d’or n’a pas à imiter les carnations de la chair vraie; nos arbres et nos fleurs ne doivent pas être servilement tel arbre ou telle fleur. Le rôle que nous leur faisons jouer nous oblige à une interprétation; mais il faut que l’interprétation soit toujours inspirée par la logique et guidée par le respect, l’amour de la nature. Remplaçons l’attrait de la vérité, dans le dessin, par le caractère de la silhouette et la largeur de la facture. Simplifions les végétaux quand leurs détails trop multiples ou trop délicats peuvent nuire à la clarté du décor; mais n’oublions jamais que plus les éléments de la nature conservent leur accent intime, plus ils nous intéressent, plus ils nous touchent. Prenons les plantes que nous voyons, représentons-les dans leur grâce vivante ! Faisons comme nos ancêtres du 31oyen Age! Ne retrouvons-nous, pas, au pied des cathédrales, les plantes et les arbrisseaux dont les éléments décorent les chapiteaux et les frises de l’édifice? »

i;oi:LvnK dk l’.-v. (iallam).

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