‹ L'œuvre de P.-V. GallandChapitre 30 sur 54 · LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE

, ■ nable, ne fut point accueillie. Galland

improvisation d un panneau en hauteur. ’ ^

oITrit sa démission., elle fut refusée.

Quelques années plus tard, profitant de la réunion de la Commission de perfectionnement de la 3Ianufacture de Sèvres, dont il faisait partie, il essaya, en employant un détour, d’atteindre le but qu’il avait poursuivi en s’adressant d’abord au Conseil supérieur de l’École :

« La Commission de perfectionnement, disait-il en substance, en même temps qu’elle juge les concours institués par ses soins, a le droit et même le devoir de rechercher les moyens de développer, d’améliorer la valeur artistique des produits de la Manufacture, et, dès lors, de s’enquérir de l’état de l’enseignement des Arts Décoratifs, et de se préoccuper notamment de savoir si les écoles instituées par

L’(H:l'VliK DK l*.-V. (i.\KLA.\D.

rÉlal pour former des artistes réi)Oiident bien au dessein pour lequel elles ont été créées. C’est ce qui m’encourage à l’entretenir du cours d’Art Décoratif que j’ai l’honneur de faire ci l’École des Beaux-Arts. Je regfirde, en efl'et, comme une obligation de l’édifier sur l’état de mon enseignement, la priant d’examiner si des ameliorations ne lieuvent être introduites dans la lâche dont j’ai l’honneur d’être chargé.

(I Je prie, en conséquence, la Commission de m’indicpier quelques-uns de ses membres , auxquels j’aurai l’honneur de fournir des renseignements circonstanciés sur l’amoindrissement persistant (juc subit ce cours, sur les moyens de le réorganiser et de faciliter, par des bourses accordées aux élèves nécessiteux, la possibilité de le suivre.

La Commission n’est pas sans savoir que tout ce qui, dans l’élude de l’Art, confine aux applications industrielles, n’est entré à l’École des Beaux- Arts que par la haute volonté de son Directeur. Elle Scait que c’est à lui que je dois le grand honneur d’avoir été désigné pour créer cet enseignement; et si j’ai eu la témérité d’accepter celle tâche, tout me prouve qu’elle était sinon supérieure â ma bonne volonté, du moins au-dessus des moyens mis à ma disposition.

La haute protection du Directeur ne m’a jamais fait défaut, mais elle a été impuissante à prévenir l’isolement dans lequel j’ai été poussé.

« J’ai réagi en faisant, d’une situation qui devait être dépendante d’une grande organisation, un atelier libre, ne se reliant à aucun des autres de l’École. Je m’apercevais, en agissant ainsi, que je sortais d’un ordre d’idées parfaitement établi entre le Conseil supérieur et le Directeur. Je songeai à me retirer. J’en fis la proposition. On me demanda de rester, et je dus considérer cette demande comme un ordre. Usant alors de la liberté qui m’était accordée, je poussai mes quchpies élèves; mais le temps s’écoula, le peu d’iniéiêt qu’on portait à nos elforts amena peu cl peu des désertions. Aujourd’hui le cours est à peu près abandonné. Cette

COI'EALX.

liiiprovisaüon décorative.

im

L’ŒUVIIE DE IV-V. (lALLAND.

année, un seul élève a concouru, les autres' sont des irréguliers. La chaîne est rompue; la routine a repris le dessus; mes paroles s’envolent; le vide se fait autour de moi, et je sens que je resterais seul, si j’essayais d’imposer la composition d’un objet se rattachant à'ia Manufacture dont vous avez la garde.

« Si je vous ai soumis ces doléances, c’est que la Commission de perfectionnement, ayant pour mission de recruter de jeunes artistes, doit naturellement s’intéresser aux écoles qui peuvent lui en fournir, et il lui importe certainement de ne pas laisser se fermer sans examen celles qui existent. »

Le Conseil de perfectionnement de la Manufacture de Sèvres était — il l’est encore — composé d’administrateurs distingués et d’artistes éminents. 11 ne manqua pas, on peut le croire, de s’intéresser vivement à ces pénibles doléances; il ne lui était pas permis, toutefois, d’entrer dans la voie que lui indiquait Galland. Censurer, même indirectement, ce qui se passait à l’École des Beaux-Arts, c’eût été, non seulement sortir de ses attributions, mais commettre une usurpation que l’Administration supérieure n’aurait pas tolérée. Les plaintes du pauvre artiste demeurèrent donc une fois de plus sans effet. Mais n’est-il pas pénible, douloureux môme de voir tant de bonne volonté, tant d’ingéniosité, d’esprit et de talent venir se briser contre une indilTérence obstinée, et celui qui prêchait avec tant d’éloquence la bonne parole, réduit à implorer l’aide du dehors, pour forcer les élèves à suivre celui de tous les cours de l’Lcole, qui devait être le plus séduisant, et un de ceux assurément qui pouvaient leur être le plus utiles?

LA ML'SIQUli:.

Dessin au crayon noir pour le Livre des Trophées.

l’eNKANT au papillon. — DESSUS DK PORTE. (Appartient à l'État.)

LES CAUSES d’un ÉCHEC. — l’ÉDUCATION MÉCANIQUE.

LA PUATIQUE ET LA TllÉOUIE.

ÉLÈVES ET LAURÉATS. — UNE ÉCOLE d’a PPLICATION. — DISCOURS A AURUSSON. CONFUSION ET MALENTENDUS. — LE RESPECT DE l’oRIGINALITÉ. DÉSERTION MALHEUREUSE.

ES causes de ce mémorable échec, déplorable à tous égards, et dont la constatation émut vivement la presse spéciale, sont tellement nombreuses, qu’il est surprenant que Galland, avec son intelligence si ouverte et si vive, ne les ait pas démêlées tout d’abord. Au début de cette étude, nous en avons énuméré quelques-unes, celles qui tiennent à un état d’esprit général et à des mœurs particulières. 11 nous faut indiquer les autres. On verra que l’apôtre le plus convaincu ne pouvait espérer de surmonter une pareille réunion d’obstacles.

Certes, le programme que nous avons reproduit plus haut, et dont Calland donna lecture à ses élèves en guise d’introduction à ses cours, n’avait rien de subversif. Le but qu’il poursuivait était clairement défini, et ses élèves assurément ne pouvaient manquer de tirer des avantages précieux de l’enseignement qui

uo

i;oj:rvnE de p.-v. (;ael\\d

leur était promis. Malheureusement, ce qui nous séduit dans cet exposé si limpide, c’est sa netteté, sa simplicité même; or seuls les esprits faits, « les esprits perfectionnés », pour me servir d’un mot clicr à M. Taine, peuvent s’intéresser h, des idées simples et en saisir tout de suite la valeur et la portée. On n’arrive généralement à toucher les jeunes intelligences qu’en prenant un long et laborieux détour, ou en leur enseignant mécaniquement ce qu’on veut leur apprendre. En pédagogie, dans bien des cas, l’empirisme a raison des doctrines philosophiques les plus hautes.

Un professeur, en effet, qui voudrait expliquer à de jeunes enfants la théorie de la Lecture perdrait absolument son temps. Montrer à des bambins que cet art, en apparence si facile — puisqu’un gamin de six ans peut arriver à, lire couramment — est une des opérations les plus compliquées auxquelles puisse se livrer l’esprit humain; leur faire comprendre comment vingt-six ])etits caractères noirs diversement rangés sur du blanc, en frappant leur rétine, se traduisent <à leur oreille par une suite de sons qui, à leur tour, évoquent dans leur cerveau des images suffisamment claires pour former des tableaux parfaitement visibles; tout cela, quoique relativement simple, dépasserait assurément la dose d’attention et d’intelligence qu’un garçon ou une fillette peuvent apporter leurs leçons. Mieux vaut procéder par affirmation, enseigner que B et A font BA, et leur inculquer ainsi, machinalement, la consonance des lettres.

De même, le professeur de dessin qui dirait h ses élèves ; « Lorsque vous copiez un modèle, au moment précis où vos yeux le quittent pour se porter sur le papier qui doit recevoir votre dessin, vous cessez de voir ce modèle. Chacun des traits que vous tracez est exécuté d’après une image interne, souvenir de l’objet que vous copiez, et vous rectifiez cette image chacpie fois qu’elle vous paraît insuffisante en reportant ensuite vos regards sur le modèle. Donc, pour apprendre à, dessiner, votre premier soin doit être d’apprendre à bien voir, et ensuite à vous bien souvenir de ce que vous avez vu. » Ce professeur, en s’exprimant ainsi, ne dirait assurément que des choses excellentes, d’une justesse parfaite, d’une évidence absolue, l.a vérité énoncée par lui serait incontestablement d’une simplicité et d’une exactitude irréfutables; et cependant, s’il voulait passer à son apjilication, il aboutirait au plus lamentable échec. On l’a bien vu par Lecoq de Boisbaudran, dont la méthode reposait précisément sur l’éducation de l’œil et de la mémoire.

Cela peut paraître fâcheux h, constater, mais il est bien peu d’arts dont l’enseignement ne comporte pas à sa base, et comme point de départ, une instruction purement mécanique. La jiratique en toutes choses précède toujours la théorie. En outre, une erreur assez généralement répandue consiste à croire que les écoles — et il s’agit ici des plus élevées comme niveau d’instruction, et même les plus illustres — forment des savants, des hommes complets, pouvant, à leur sortie des bancs, aborder avec supériorité les professions pour lesquelles il semble qu’on les ait spécialement préparés.

i;OFJ]VnK DE l'.-V. G AM, WD.

Page 1