‹ L'œuvre de P.-V. GallandChapitre 47 sur 54 · GRAND PANNEAU · texte numérisé non relu

GRAND PANNEAU

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C’est, du reste, ce que la Commission, cliargée par le Directeur des Batiments civils de suivre la confection des modèles, se fit un devoir et un plaisir de constater. « M. Galland, lit-on dans un de ses rapports adressés au Ministre, a combiné avec un rare bonheur toutes les parties de sa décoration pour former un ensemble concret on ne peut plus satisfaisant. Rien n’y a été abandonné au hasard, et tout y est étudié non seulement pour le dessin, mais encore pour le relief, M. Galland ayant fait le modèle des maquettes des motifs d’architecture, et des figures qu’il a introduites dans ses compositions. »

Le secret de cette surprenante harmonie nous est en partie dévoilé par une note, que je relève sur un des carnets du Maître :

« Les dispositions purement accidentelles, y lit-on, ne peuvent convenir aux compositions qui comportent un pendant; elles ne peuvent trouver place que dans des motifs isolés. Ne jamais perdre de vue celte remarque, et, autant que possible, faire les surfaces parallèles au plan du tableau. »

Pour peu que l’on contemple ces divers motifs, si diiïérents de taille et de proportions, on ne peut manquer de constater, en effet, que cette double loi a été très strictement observée. Non seulement toutes les surfaces sont parallèles au plan du tableau, mais l’accident ne joue aucun rôle dans la disposition de chacun d’eux, qui a été soigneusement envisagée dans ses rapports avec tous les autres.

Ajoutons que ce n’est pas seulement dans la construction de ses lignes que Galland s’est montré Décorateur de premier ordre. Il est, sinon impossible, du moins bien difficile, de trouver une suite de tapisseries qui, comme délicatesse et souplesse de coloris, aient un charme plus grand. Pour fournir le champ de ses compositions aimables et les bien mettre en valeur, notre peintre, s’inspirant d’Audran et de ses bandes merveilleuses, a choisi le jaune d’or. Sur ce fond d’une richesse sans égale, — et qui offre, en outre, cet avantage de manquer de profondeur et de ne pas faire trou dans le mur, comme font le rouge et surtout le bleu, — il a détaché avec une habileté prodigieuse et une incomparable maîtrise ses architectures légères, ses chutes et ses guirlandes de fleurs, et surtout ses carnations.

On ne peut guère imaginer quelque chose de plus frais, de plus aimable à

l’œil, que ces frêles petits corps de garçonnets, dessinés avec un goût exquis, modelés avec un rare bonheur et s’enlevant sur ces tons jaunes d’une richesse, d’une puissance tout îi fait exceptionnelles.

Ainsi que le remarquait fort judicieusement la Commission : « Ce magnifique ensemble présente une rare unité d’aspect, sans que, malgré la répétition et la concordance des motifs, l’uniformité en paraisse choquante. »

Peut-être faut-il, pour découvrir la raison de cette satisfaction de l’esprit et de l’œil, recourir au journal de Galland. On en pourrait trouver l’explication dans l’observation suivante, qu’il traçait au temps où il exécutait ces beaux modèles : « Le grand principe de la Décoration, quand on a plusieurs panneaux à exécuter, réside dans la même valeur donnée aux fonds et une valeur égale attribuée

i; ŒUVRE DE P.-V. ('. \UU\M).

aux figures. La principale difiiculté qu’il faille vaincre, si l’on se conforme à ce principe, c’est d’éviter la monotonie. On y parvient en donnant au fond une valeur moyenne et en réservant les valeurs les plus opposées pour les figures. »

Le seul reproche, — encore en était-ce bien un ? — la seule restriction dans ses éloges, que la Commission ait cru devoir faire, c’est que Galland, chargé de décorer un salon du xvin® siècle, paraissait s’être inspiré de la Henaissance. Au premier aspect, en effet, on trouve comme un parfum d’art renaissant dans ces compositions charmantes. Mais un examen attentif démontre bien vite que l’observation n’est pas des mieux fondées.

Dans les grands motifs des trépieds d’or, des vases et du Pégase, les piédestaux et les consoles rappellent bien plus le XVII® et le xviii® siècle que le XVI®. Les vases, eux aussi, sont de la même époque ; quant aux fleurs, leurs gerbes colorées sont composées de variétés inconnues à nos ancêtres, et qui sont l’honneur de nos horticulteurs contemporains.

Reste l’architecture, élégante et svelte, un peu fragile même, des petits portiques.

Elle fait penser, il est vrai, à l’art italien de la belle époque,

sans toutefois que ses grêles profils aient rien de transalpin. Ces supports en pied de table sont, en elfel, particuliers au xix® siècle. Diéterle et Lechevallier-Chevignard en ont fait un constant usage, et Galland leur a donné asile dans nombre de ses

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