ETUDE A LA SANGUINE POUR LE PANNEAU DE M PEGASE
Salon des Poèmes.
l/ŒL’VUE DE P.-V. GALEAND
compositions. Enfin, les petits génies, dont la grâce exquise et la contenance à la fois séduisante et chaste impriment à ces compositions un attrait si particulier, appartiennent entièrement au iMaîlre. Us n’ont rien à démêler avec les enfants boufiis, rondouillards et potelés dont, au xvi‘' siècle aussi bien qu’au wii® siècle, on a décoré les bordures des tapisseries. Us n’ont rien de commun avec les anges de IMurillo et les amours de l’Albane. S’il fallait, à toute force, leur chercher une généalogie et leur trouver avec quelques ancêtres illustres des liens de parenté, c’est à Prnd’hon qu’on devrait s’adresser. Comme les divins enfants de ce peintre si parfaitement français, ils appartiennent à cet âge indécis où le sexe apparaît à peine :
Dum dubilal nntura marem faceret ne puellam, faclus es, o pulcher, pene puella puer.
Sous ce rapport, ils sc rapprochent encore des enfants dessinés ou peints par Paul Haudry; mais si, avec leur air éveillé et mutin, ces derniers ont un attrait indiscutable, il s’en faut qu’ils possèdent cette grâce timide et légèrement sauvage, ces attitudes réservées, ces allures un peu gauches, ces gestes hésitants si caractéristiques du jeune âge, que Calland observait — nous l’avons vu — jusque sur les marches de Saint-Louis-d’Anlin, et qui, retenus, fixés en son cerveau et traduits ensuite avec un art infini, donnent à ses créations une saveur absolument personnelle et un charme (jui échappe à toute analyse. Jamais, dans aucune autre de ses compositions, il n’a mieux rendu cette fraîcheur exquise de la jeunesse, ces formes naissantes, idéalisées assurément, et comme il convient au surplus dans un art de pure convention, mais qui restent foncièrement humaines et conservent, grâce à cela, quelque chose de tendre et d’essentiellement aimable.
C’est aussi par deux j)etits génies de cette même famille, que sc recommande une autre tapisserie exécutée d’après les cartons de Galland. Je veux parler du Portrait (le Henri IV, qui dans la Galerie d’Apollon tient une place d’honneur parmi les images de nos artistes illustres.
Fait curieux! comme il arriva pour ses portraits de l’Empereur et de l’Impératrice, Galland, dans l’exécution de cette œuvre iconographique, semble avoir été trahi par son talent et s’être assez mal accpulté de ce (jui, dans un ouvrage de ce genre tout spécial, pouvait être regardé comme étant le principal. Son Henri IV manque de ressemblance, et, qui plus est, de caractère. Notez que je ne parle pas de la ressemblance exacte du béarnais, dont les traits véritables et l’étonnante laideur ne nous sont guère connus que par le portrait si surprenant et forcément exact du château de Pau. Je parle de celte ressemblance traditionnelle, dont on peut chercher le point de départ dans les portraits de François Fourbus, que la peinture officielle et la gravure en médailles ont rendu populaire, image assurément poétisée, mais possédant cette rare qualité de répondre à l’idée qu’on se fait du
Seul roi de qui ie peuple a gardé la mémoire.
P V Galland pinx*
Phot Lecadre
Ducourtioux et HuiUard
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i;(M: l VHE DE l‘.-V. G MJ, WD.
Si celte figure trop jolie ne nous satisfait qu’à demi, les alentours qui l’encadrent sont, par contre, bien heureusement trouvés, groupés avec une habileté supérieure et arrangés avec un goCit rare.
Comme tout s’éciuilibre et se tient dans cette composition ! Et comme cette disposition en amortissement, au-dessus d’une sorte de fronton, est plus amusante
ÉTUI) K POUR LE PORTRAIT I)’ Il EN RI IV. Galerie d’Apollon.
et plus décorative que ces portraits tout d’une venue qui tiennent, dans la Galerie d’Apollon, compagnie au Béarnais de galante mémoire!
Cette tapisserie a eu cette bonne fortune d’être mise en place aussitôt achevée. Les autres ouvrages de Galland traduits par les Gobelins n’eurent point, hélas ! le même bonheur. IMise sur les métiers en 187G, la décoration du Salon îles Poèmes était complètement achevée le 23 octobre 1890. Depuis lors, ces belles tentures reposent paisiblement roulées dans les magasins de la Manufacture. N’est-il pas regrettable qu’un travail si parfait, l’honneur de la tapisserie en notre temps, ne dé-
L'ŒLVliE DE r.AEL\.\D.
core point encore remplacement pour lequel il a été exécuté d’une façon si coûteuse?
Cela serait d’autant plus souhaitable, qu’il n’y a guère de chance pour que les derniers modèles de tapisserie, auxquels Galland a consacré son talent, reçoivent la destination qu’on leur avait d’abord assignée. Je veux parler des panneaux destinés à la Comédie-Française, et qui, dans des médaillons richement encadrés d’alentours, doivent représenter les scènes principales des chefs-d’œuvre du répertoire. Ces panneaux, au nombre de dix, Galland en avait reçu la commande intégrale et devait tout exécuter. Mais à peine le premier modèle, consacré au Cid, était-il achevé, qu’un fonctionnaire considérable s’alarma de voir un seul artiste chargé d’un travail de celte importance, alors que tant de peintres, et des plus réputés,’ sollicitaient de travailler pour la Manufacture.
Il fut donc décidé que les alentours dessinés par Galland pour le Cid seraient conservés pour les autres compositions et qu’on prierait simplement leur auteur de peindre un certain nombre de pièces de rechange, permettant de varier les attributs d’après la nature des scènes représentées. Quant à ces dernières, elles furent demandées atout un bataillon de peintres. 3IM. Doucet, Besnard, Claude, Clairin, Humbert, Baphaël Collin, Courtois, Pelez, etc., eurent chacun un motif à exécuter. Quelques-uns de ces artistes livrèrent leurs cartons, mais la plupart étaient si peu préparés à un pareil travail, que l’impossibilité de faire cadrer ensemble ces ouvrages quelque peu disparates apparut clairement au premier coup d’œil. Que faire? Revenir en arrière, il n’y fallait pas songer. Galland n’eùt pas accepté de reprendre un travail qui lui avait été olé. C’est alors qu’on s’aperçut qu’on s’était peut-être un peu hâté de distribuer ces commandes, et l’on dut reconnaître un peu tard que la Comédie-Française, de l’aveu même de son Administrateur, ne possédait pas d’emplacement susceptible de recevoir une Décoration de cette importance. ■*
FnONTO.N POUR LE PALAIS DU PRINCE N A R I 3C II K I N E.