PROJET DE DÉCORATION POUR LE THÉÂTRE DU CERCLE ARTISTIQUE
L’OEUVRE DE P.-V. GALLXND.
ment vêtu et à la contenance embarrassée, comme ça, mon garçon, tu veux entrer dans l’atelier du père Cicéri, pour l’aider dans sa besogne?
— Oui, si c’est possible, monsieur Cicéri.
— Tout est possible, mon garçon. Et, dis-moi, tues peintre; que sais-tu faire? la figure, le paysage, la fleur, l’ornement?
— Tout, monsieur Cicéri.
Alors prenant une voix tonitruante et s’adressant à ses collaborateurs :
— Vous tous! f... le camp! Je n’ai plus besoin de personne ici, ftlossiEU sait TOUT faire!
Une clameur énorme, sorte de rugissement formidable, courut de pont en pont et s’éleva jusqu’aux combles de l’atelier immense, pendant que le pauvre solliciteur tout décontenancé, ahuri, s’elTondrant sur lui-même, s’empressait de s’esquiver et de gagner la porte. C’est alors que, se tournant pour surveiller la sortie de l’imprudent, Cicéri aperçut le jeune Pierre- Victor et l’auteur de ses jours, le premier portant son énorme carton et l’autre la fameuse lettre.
Tous deux, on le croira volontiers, ne laissaient pas que d’être quelque peu intimidés par la scène à laquelle ils venaient d’assister, M. Galland surtout. Homme d’une réserve extrême et d’une correction toute bourgeoise, l’estimable orfèvre se trouvait singulièrement dépaysé dans cet étrange milieu de rapins gouailleurs et de joyeux bohèmes.
Cicéri, voyant leur attitude hésitante, s’était empressé de ressaisir son plus gracieux sourire et, tout en boitant, s’élait approché du père et du fils :
— Et vous, monsieur, demanda-t-il en arrondissant le bras, qu’y a-t-il pour votre service?
M. Galland tendit sa lettre.
— Fort bien ! repartit le peintre, après l’avoir lue très attentivement. Ce jeune homme est votre fils. 11 veut, lui aussi, travailler avec moi; c’est une preuve de goùf. Allons, mon garçon, montre-moi ce que tu as apporté là. Tudieu ! voilà qui est parfait. C’est superbe, magnifique! C’est toi, mon gaillard, qui as fait cela? Et c’est vous, monsieur, qui avez appris à dessiner à votre jeune homme? Mes compliments bien sincères. Eh bien, mon jeune ami, je vais te donner un bon conseil. On me dit que ton père est orfèvre; va faire de l’orfèvrerie, mon garçon! Bien le bonjour, messieurs !
M. Galland, qui déjà se disposait à faire en termes émus l’éloge de son fils, à
parler de ses rares qualités, à vanter ses étonnantes dispositions, fut tout interloqué par la fin assez inattendue de ce petit discours. 11 sortit péniblement affecté de cette entrevue écourtée, où il n’avait pu placer un seul mot. Il était humilié dans son amour-propre d’artiste et de père; il se sentait amoindri aux yeux de son fils. Ainsi l’enseignement qu’il avait si soigneusement donné à cet enfant était tenu pour nul par ce peintre en renom.
— Jamais je ne remettrai les pieds dans cette maison, dit-il.
L’OEUVRE DE P.-V. OALLAND.
Pierre-Victor ne répondit rien, mais dès ce moment sa vocation était irrévocablement décidée. Cet atelier immense, éclairé par un jour blafard, avec ses grands murs gris, couverts de toiles énormes, avec ses ponts portant une armée de peintres fiévreusement occupés, avec ses escabeaux, ses châssis et son prodigieux assortiment de pots à couleur, avait produit sur son jeune esprit une sorte de fascination. Il n’était pas jusqu’à l’odeur singulière qui se dégageait de eelte peinture fraîche, médiocrement capiteuse cependant, mélange écœurant d’huile, d’essence et de colle, qui ne lui eût en quelque sorte monté au cerveau. D’un coup d’œil il avait tout vu, tout saisi, et l’image de ce monde nouveau qui venait de lui être révélé demeura si fidèlement gravée dans son cerveau, qu’aux derniers jours de sa vie il lui suffisait d’en évoquer le souvenir, pour que la vision en revînt avec une précision incroyable.
— Je me souviens même, me disait-il un jour où nous causions de ce lointain passé, je me souviens que, pendant cet entretien mémorable, je comparais le faux col de mon père, lequel était fort grand, avec celui de Cicéri, qui était immense.
Ce détail n’est-il pas caractéristique? 11 dénonce, en tout cas, l’œil d’un peintre. Jean Gigoux rapporte, dans ses Causeries, qu’en 1815, voyant défiler à Besançon les régiments qui se rendaient à Waterloo, il avait été surtout frappé par la vue des sapeurs et s’ingéniait à comparer la longueur de leurs barbes.
l’amour captif.
Dessin à la sanguine. — Projet de médaillon.
PV Galland pinx^
Helio^ Ducourboux et Huillard
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FI.KUnS ET IMSTRUMEXTS DE MCStlJUE.
Modèle d'un dessus du porto exécuté pour M. Scli;;mann
GALLANn AUCIIITECTE. — LATEUKII DE LABEOUSTE. l’aTELIEB de DUOI.LING. — ENTBÉE CHEZ CIClÔIU.
LES PEINTRES DÉCORATEURS. — LA RÉVOLUTION DE 1848 ET LES EÉTES NATIONALES.
CONDUIT par Cicéri, Galland en lia chez Henri Labrouste. Il avait seize, ans. Son père, dégoûté des Décorateurs, était heureux de lui voir embrasser une autre carrière. L’architecture lui paraissait un art jilus noble, plus impo.sant. Peut-être eût -il préféré un maître plus classique dans ses allures, car Labrouste, à celle époque, ne jouissait pas encore de la grande et légitime autorité qu’il devait acijuérir dans la suite. Ancien prix de Home, justement remarqué pour sa restauration du Temple de Pæslum, chaudement appuyé par Vaudoyer, qui avait été son maître, associé par Duban à d’importants travaux, il avait eu ce grand bonheur de voir, presque tout de suite, sa haute valeur reconnue par ses confrères; mais la plupart de ceux-ci le tenaient pour un révolutionnaire, pour un dangereux novateur, et personne ne .soupçonnait alors l’influence si particulière, qu’il devait exercer par la suite, sur le développement de notre architecture odicielle.
Labrouste, bien qu’en état d’insurrection contre ce qu’il tenait pour une rricheuse routine, était au fond un homme très calme, fort rétléchi, grand observateur et, qui plus est, un professeur excellent. Chargé de divers grands travaux où la Décoration jouait un rôle capital, il sut démêler tout de suite les qualités maîtresses de .son nouvel élève et s’applirpia à développer ses heureuses dispositions. Il lui incul(|ua de bonne heure ce sentiment de la subordination du détail à rcnsemble, (|ue Galland devait à son tour professer à ses élèves. 11 réussit à lui faire
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i;oi-:i;vi5K dk p.-v. gallam).
comprendre que dans les arts plastiques la moindre négligence dans l’exéculion peut prendre une importance inattendue. Une anecdote que Galland aimait à raconter peint bien le caractère froid, précis et méthodique de Labrouste.
C’était au temps où ce dernier suppléait Üuban dans la construction de l’École des beaux-Arts. Un jour, le maître travaillait devant l’élève et, avec une infatigable application, une tranquille persévérance que Galland ne pouvait se lasser d’admirer, il recommençait pour la dixième fois le détail d’un motif, cherchant, pour compléter un encadrement de panneau, un profil dont le galbe le satisfît d’une façon absolue. Au moment où ce long travail aboutissait enfin, où le crayon du grand architecte caressait le contour si longuement poursuivi, uu bruit formidable ébranla le plancher et les vitres. De nos jours, on eût cru à une explosion! (rétait sim|)lement un tombereau de pavés qu’un charretier pressé venait de décharger dans la cour. A ce bruit inattendu, Galland sursauta. I.abrousle, au contraire, calme, impassible, acheva son trait, et quand il eut fini :
— On dirait f|ue tu as eu peur? dit-il doucement à son élève.
— (Juand on travaille, répondit celui-ci, un pareil bruit, et (|ui vous surprend, ne laisse pas que d’être désagréable.
— Uappelle-toi, mon enfant, que lorsqu’on exerce une profession, rien de ce (|ui la concerne ne doit paraître désagréable. Si la recherche d’un profil est une joie pour nous autres artistes, les pavés ont aussi du bon pour les architectes. Ce sont eux qui nous fournissent le pain quotidien. Aime bien ton art, mais ne méprise aucune des parties, même les plus matérielles, du métier qu’il comporte. C’est le commencement de la sagesse.
(îalland fit son j)rofit de cette prudente recommandation.
(Juand, après deux ans de travail assidu, toujours tourmenté par son idée de devenir l’eintre Décorciteur, il s’ouvrit à .son maître de son invincible désir, celui-ci, bien ([ue son élève commençât à lui être de quelque utilité, ne chercha pas à le détourner de son projet. Se faisant une très exacte idée des aptitudes de son jeune collaborateur, il l’engagea à ne pas abandonner bru.squement l’architecture, qui pouvait lui rendre par la suite d’inai)préciables services; mais il consentit volontiers à ce que, pendant trois jours par semaine, il étudiât la peinture, (irâce à sa recommandation, Galland j)ut se faire inscrire à l’atelier de Drolling, et quehjues jours plus tard (U'' octobre USIO), sur l’invitation do son nouveau professeur, il subissait les épreuves déterminées par le règlement de l’Ucole des Heaux-Arls et venait y suivre les cours du soir.
li’atelier de Drolling jouissait, à petto époque, d’une certaine célébrité dans le monde des artistes. Prix de Uome en USIO, nommé, en 1833, membre de l’Académie des Beaux-Arts où il succéda à Guérin, puis professeur à l’Kcole des Beaux-Arts en 1837, Drolling, à qui de malicieux contemporains prêtaient l’ambition, sans doute excessive, de continuer David « avec plus de mouvement et d’éclat », Drolling, dis-je, avait obtenu de bonne heure les légitimes satisfactions
i;(h;i viii*: dk r.-v. cau.wd.
(juc son lalenl très rôel lui jicrmcllait d’anil)itioiincr. Un peu Iroublé par les relentissants succès des artistes ronianticiues, il cliercliait à réagir contre leurs doctrines (pi’il jugeait subversives. Pour cela, il s’applicpiail à faire des peintres et en faisait beaucoup. Afin de pouvoir mieux surveiller scs élèves, il venait de transporter
ÉTUDES DE TÊTES EXÉCUTÉES d’aIMIÈS X.VTUHE.
l’atelier où ceux-ci travaillaient, et qui jus(iue-là était situé rue de l’Ouest, au n° 11 de la rue de Sèvres, où lui-même il avait son installation particulière. C’est là que Calland vint se présenter à J.-I.. Dusautoy, alors massier de l’atelier. Parmi ses nouveaux camarades figuraient Duval le Camus, Besnard, notre père de peintre actuel, Cliaj)lin, Biennoury, qui obtint le prix de Borne en 1(S12, et plus tard Brilloin, de Curzon, Paul Baudry et nombre d’autres artistes de notoriété moindre.
i;(H;uvr.K di<: i'.-v. (;all \M).
Ce qu’on apprenait chez Drolling, ainsi que clans les autres ateliers acadéinitiues, c’était la « grande peinture », celle cpii devait conduire au prix de Home, récompense suprême ambitionnée à la fois par le maître et les élèves. C’était la « peinture d’histoire », c|ui choisit soigneusement ses sujets dans la IMythologie, dans la Hible ou dans l’Cvangile, dans les fastes de la Grèce ou de Home, accessoirement dans notre histoii'e nationale, et en dehors de lacpjelle on considérait qu’il n’était pas de salut.
Drolling, prêtre assermenté de cet art un peu exclusif, ne parvint jamais à se rendre un comj)te bien exact de l’intérêt c|ue son jeune élève avait à continuer de travailler chez Labrouste, et à faire ainsi un partage égal d’un temps toujours i)récieux. Il chercha obligeamment à le détourner d’études c|u’il jugeait au moins inutiles, et qui devaient forcément l’empêcher d’obtenir à i’EcoIe des Beaux-Arts les hautes récompenses qui préparent le succès final. Il s’efforça avec beaucoup de bienveillance, malgré qu’il ne fût pas très communicatif avec scs élèves, de remettre dans le droit chemin cette brebis égarée, sur h'ujuellc il comptait quehpie peu pour faire honneur ci la maison. IMais il échoua dans sa noble entreprise. Galland était dominé par son idée fixe. Et bien qu’au Salon de 1<S42 il eût fait recevoir un portrait, ce qui, étant donné le petit nombre de toiles admises, pouvait être considéré, pour un jeune homme de vingt ans, comme un succès plein de promesses, l’année suivante, revenant brusquement à ses premiers projets, il alla de nouveau frapper à la porte du père Cicéri.
Ajoutons (pie celte brusque détermination lui fut surtout dictée par une autre l’caison qui riioiiorc. En IS to, son père s’était retiré tout à fait des alfaires où, à défaut de fortune, il s’était fait un bon renom de goût et d’extrême probité. Notre jeune al tiste estima ({u’à partir de ce jour il ne devait plus demander cà sa famille de nouveaux Scacrifices. Il lui fallait désormais ne plus compter cpie sur soi; au besoin même, il devait être en état d’aider à son tour ceux (pii avaient tant fait jioiir son éducation. C’était agir en honnête homme cl en bon fils. Drolling, celle fois, comprit et, tout en regrettant son départ, n’insista pas pour le retenir.
L’atelier de Cicéri, je l’ai dit, faisait partie de cette agglomération incohérente de constructions qui portaient le nom d'Ilùlel des Menus-Plaisirs. Ces bâtiments comprenaient, outre le Conservatoire royal de IMusiipie et de Déclamation qui existe encore, agrandi et en partie réédifié, les magasins du Garde-Meuble, cl un certain nombre de petits hôtels précédés de jardins, ouvrant sur une grande cour, au milieu de hupielle était un abreuvoir. Cicéri occujiail, avec sa femme et ses trois filles, dont deux devaient épouser des Peintres Décorateurs, un de ces petits hôtels à jardin, en sorte (pie pour se rendre à son atelier il n’avait (pi’à traverser la cour. C’est au moment oii il allait sortir de chez lui, (pie Galland l’aborda; celle fois l’accueil fut tout autre.
Admis à bras ouverts dans l’atelier du faubourg Poissonnière, Galland fut d’abord un peu chocpié des manières de ses nouveaux camarades. Ceux-ci, moins distingués (pie les élèves de Labrouste cl de Drolling, tenaient plus de l’ouvrier, les
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autres plus du bourgeois. Payés à l’iieure comme des manœuvres, ils exagéraient, de parti piis, le coté professionnel de leur art. Ils alTectaicnt une rudesse (|ui cou-
les AMOURS INDISCRETS.
Motif d ccoinçon (dessine pour les Modèles ilc décoration).
trastait vivement avec la nature foncièremeul tendre, aimable, délicate du nouveau venu. Il résulta de celle dilTérence de tempérament et d’allures (pielqucs froissements, dont Galland conserva le souvenir pendant bien des années.
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« Au dél)u(, je trouvais chez eux une certaine brutalité (lui me révoltait, et ([ue je comprends aujourd’hui dans leur art. C’étaient des hommes trempés, et comme il y en a peu », disait-il en hScSO à la Coiiiini.ssioii il’cn<jiæle sur les iiulus(ries d’art, en parlant de ses camarades de l’atelier Cicéii. Mais il lappclait aussilcM (|uc, durant son passage à cet atelier, il avait lié d’amicales relations avec Cambon, Thierry, Desi)lechin, « ces maîtres inconnus des sculpteurs et des peintres, et avec lescjucls trop peu d’artistes ont eu le bonheur de travailler »; avec I.avastrc et Chéret, « (jui valaient mieux (|u’une foule de gens dont les tableaux exposés aux Salons annuels finissent par entrer dans nos musées »; avec Kubé, « ce géant qui, maniant la brosse douze heures par jour, faisait penser, par son désintéressement et son énergie au travail, à ces IMaîtrcs d’autrefois, véritables chefs d’Ecole comme on souhaiterait d’en avoir aujourd’hui ». Enfin c’est encore là qu’il connut Dicterle cl Séchan, jiour lesquels il inofessa toujours une déférente amitié, et qui l’aidcrent plus tard de leurs conseils et de leur intluence.
bicnt(M, il se trouva acclimaté dans ce n)ilicu nouveau. L’admiration qu’il ressentit j)our ces robustes artistes, dè’S rju’il les eut vus à l’aHivrc, le confirma dans sa vocation {(rcmière, et si, plus lard, il se plaignit parfois, dans des termes (pie j’ai tenu à lui emprunter, de ce (pie l’indiscutable valeur et le talent considérable de ces hommes éminents n’étaient point reconnus comme ils le méritaient, du moins celle constatation resta-t-elle un adoucissement à ses nombreuses déceptions cl lui permit-elle de supporter, sans excès d’amertume, l’ignorance en quekiue sorte fatale, oii jusqu’à sa mort le grand public demeura de son nom et de ses ouvrages.
Cicéri était homme de trop grande expérience, pour ne pas utiliser le talent de ceux qui venaient s’ofirir à lui. Il employa avec beaucoup d’intelligence les connaissances sjiéciales que (jalland avait acquises dans son double apprentissage. Architecte, il le fit collaborer à l’établissement de ses maquettes, à la mise en perspective de ces colonnades majestueuses, de ces solennels jiorliques, dont l’Opéra et la Tragédie faisaient alors une ample consommation, l’eintre de figures, il lui demanda les belles allégories dont il meublait les j)lafonds ofiiciels. Puis, quand l’architecture et l’allégorie venaient à faire défaut, c’étaient des vases somptueux qu’il fallait brosser, des guirlandes de tlcurs, des corbeilles de fruits ou des fonds de paysage. Avec le dcboidcmenl de commandes que le vieux maître, toujours à court d’argent, acceptait de toutes mains, on devait être prêt à toutes les besognes. Cela dura jusqu’en 1<S1(S, oîi tout d’un coup le travail ralentit. Les troubles de la rue et les incertitudes du lendemain firent suspendre cl abandonner la décoration des hôtels, des palais, des églises. Seul le théâtre continua de « donner », mais il fallait travailler à crédit. La vaillante cohorte se vit condamnée à de nombreux loisirs. chaque instant, on entendait battre le raj)pel, et aussitôt les boutiques se fermaient, les ateliers se vidaient sur le trottoir. Tous les oisifs effrayés quittaient Paris, profitant du désarroi général pour laisser leurs dettes en soutfrance. Cicéri, ne pouvant faire rentrer les sommes (pii lui étaient dues, connut la gène. 11 suspendit ces bril-
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r. vu. AM).
lantcs soirées, oi'i se donnaient rendez-vous tant d’artistes en renom. Les nuits des corps de garde rempiacèrent ces réunions fameuses. La gaieté n’abdi([ua cependant
LE UAPPEL.
Dessin exécuté à la sanguine.
pas absolument ses droits. Plus d’une fois l’atelier Cicéri organisa, pour la grande joie du (|uartier, des manifestations burlesques. Pour n’en citer qu’une, à la veille des élections pour la Constituante, on vit son nombreux personnel se disper.ser dans Paris, armé de pots à colle, d’échelles et d’énormes pinceaux. Il s’agissait de poser
i;(HUvnE DE D.-v. (;ai.e\m).
Iriomphalcmcnt la candidature d’un camarade nomme Turbry, qui, à défaut de valeur personnelle, aiïeclait des opinions très avancées. Le lendemain, on pouvait lire sur tous les murs do la capitale cet appel aux électeurs :
NOMMONS TURBRY
Pauvre et sans talent, il représente la majoritc des Français et des artistes!
Turbry ne fut pas élu, mais les journées de juin éclatèrent. Le haut du faubourg appartenait à rinsurrcction. Les Menus-Plaisirs furent occupés par la garde nationale, les mobiles et la troupe. Puis, après le triomphe de la Loi, on résolut de faire aux victimes de la guerre civile de somptueuses funérailles.
Labrouste, qui avait été chargé en 1840 de l’organisation des cérémonies
publiques, (jui eurent lieu à l’occasion du retour des cendres de Napoléon I", se trouva tout désigné pour diriger cette nouvelle pompe funèbre. Il utilisa la bonne volonté et l’intelligence de son ancien élève, qui était spontanément venu se mettre à sa disposition, et qui dut à cette circonstance de collaborer, par la suite, à la plupart des grandes fêtes nationales qui eurent lieu sous la seconde Hépublique.
Ces fêtes, (jui transformèrent la physionomie de Paris en peuplant nos grandes voies de décorations improvisées, présentant, toutefois, un certain caractère de grandeur et d’originalité, furent d’un précieux secours pour les artistes, condamnés alors à l’inaction. Elles permirent à notre jeune peintre de déployer sur une vaste scène les talents si divers (pi’il avait acquis chez Labrouste, Ürolling et Cicéri. Mais ces improvi-sations pittoresques, auxquelles on a si fâcheusement renoncé, ne constituaient qu’une ressource assez précaire. Il fallait entre temps recourir à d’autres travaux moins suggestifs et moins passionnants, dans l’attente, trop souvent déçue, d’une œuvixî à la fois plus personnelle et plus lucrative.
KTfUE d’kNK.VNT au tILVVON NOIH.
P V Gftlland pinx^
Hélio^. Ducourtioux el HuiUard