‹ L'œuvre de Pierre-Corneille BlesseboisChapitre 1 sur 26 · RUE DE FURSTENBERG. 4 MCMXXI · texte numérisé non relu

RUE DE FURSTENBERG. 4 MCMXXI

iNTf^OOaCTIOH

Le poète et romancier Pierre-Corneille Blessebois naquit vers 16/46, non à Alençon, comme on a prétendu, mais à Verneuil ou dans les environs.

Cet écrivain singulier, qui se qualifiait lui-même de poète errant, était d'une bonne famille protestante. Destiné à l'état militaire, il vint à Alençon, et, dès ce moment, les aventures, les scandales emplissent une vie dont tous les détails ne sont pas encore bien connus. On sait qu'il clianuea plusieurs fois de religion, que peu scrupuleux, mais né amant, il séduisait les femmes et leur coûtait cher. C'est à Alençon qu'il connut M"e Marthe de Sçay, qui venait le visiter dans la prison où il avait été enfermé pour crime d'incendie. Sorti de prison, il continua ses intrig^ues galantes et scandaleuses et, après un duel, ayant enlevé M"" de Sçay, qui portait aussi le nom de Marthe Le Hayer, il dut se réfug-ier en Hollande. Cette fille de bonne maison, de laquelle il avait été follement amoureux, devint alors Tobjet d'une haine violente qu'il manifesta dans ses écrits. C'est en

L (KUVIIK DK l'.-COHNEILLE HLESSKHOIS

Ilollantlc qu'il publia la plupart de ses ouvrag-es. 11 prit du service dans la marine. Il revint ensuite en France et était à Paris en 1678. Vers 169G il se trouvait à la Guadeloupe, où son service d'officier de marine sur les i^alères françaises l'avait mejié. Aux Antilles, il fut encore le hëros d'aventures g-alantes. Il y fit imprimer le Zombi du Grand-Pérou et mourut après 1O97, époque où Ton perd complètement la trace du vieux fdvori des belles.

M. Gléder a mis en tète d-e son édition du Zombi {Paris, t8(^-2) une savante préface, où il juge ainsi le talent et les ouvrages de Biessebois :

« Disons maintenant quelques mots sur le laienL iitléraire d-e Corneille Blcssebois. Ses œuvres peuvent être divisées en deux parties bien distinctes : les écrits sérieux et les écrits facétieux. Dans la première partie figurent les tragédies des Soupirs de Si/roi, d'Eagénie, de Sainte Reine et ia comédie de La Corneille. Il faut placer dans ia seconde ses romans et nouvelles, ainsi que ses poésies gaillardes et burlesques, il est aisé de voir au premier co«p d'ceil que la poésie burlesque était plus dans le genre de son talent; il s^y sentait plus à l'aise, et la franehise de ses allures amenait parfois dans «es écrits des éclairs d'une gaieté vive et spirituelle. Cependant son style, presque toujours maniéré, se ressent d'une certaine affectation par l'emploi de mots nouveaux et d'expressions bizarres qui servent à exprimer une pensée plus bizarre encore. Aussi ces défauts graves

ISVROlBOCVtOS

«e foiît*ils remarquer <*âvan1«^ lorsqu'il ypeni excroict sa v^ers'C sur clos sujets plus rcl<î>"x^, et «qu'il mo'iite «« Ijtxî au Ion tle l'ôpopée ira^iqwcv Alors cette ilisîVAmtti ci^oqtwnte se fait se-iitir |>ltts que partout aUl>e«rs^ et on le voit À cliaqu« instant^ au milieu des situatioiis 4es plus intéressantes et les plus dramatiques, tomber dajis 1(î trivial et le boulïon, par la puérilité de certains <léta4i«^, Textravagaftee <le certaines pensées et le style burlesqutî dont elles sont affublées. Du reste, je ne sais si tioAs devons nous montrer bien S(''vères vis-à-vis de cet éc4'irain, car, si oe n'étaient les quati'e vers suivants qui lui sont échappés à une époque où il n'avait pas encore lu V.irt poétique de Boileau, que le législateur xlu Parnasse venait de li\Ter au public :

Le barl)are Destin, qui nie livre la g"uerre

Et qui me fait courber sous le poids de ses fers,

M'a fait naître poète tjrfan't pâï* Tunivers,

Au son des doux accents (iue le Parnasse enserre,

nous ne voyons nulle part, dans ses ètirits, qu*il ait lîré vanité de ses eompositixjns. Sa prose n'est pas plus soignée qiie ses vers, et les irég1ig>ences dont elle fourîniUe, et qu'il eût été facile de faire disparaître, sont U meilleure preuve Jqu'il n'écrivait que pour occuper ses ioi^ sirs et pour se venger des femmes qui l'avaient dé<laig^tté ou troïnpé.

« Il v<mlut à la fois servir MarS^ VéftXiS et les Musrs; mais nous aimons à peUvser, pt)ur la gloire comme pour le plaisir de notre héros, que les deux premières divinités lui furent plus^favorables.

« Nous ne terminerons pas cette imiicc, înalhcurens-ement très liK^omplètc, sans disculper, jusqu'à un <?ertain

4 l'qîuvre de p.-corneille blessebois

point, bien entendu, Corneille Blessebois des reproches exagérés qui ont été formulés contre lui par deux célèbres bibliopiiiles, MM. Ciiarles Nodier et Paul Lacroix.

<( Le premier, dans les Mélanges tirés d'une petite bibliothèque (pag'e 3G7), dit, en parlant du Zombi du Grand-Pérou : — Jamais pamphlet n'a été plus grossièrement approprié aux sales orgies d'un cercle d'hommes oisifs et dépravés; — et le second, dans une note di^tome II du Gatalog-ue Soleinne (n» i4G5), porte ce jugement : — Ce passage n'est pas le seul qui rappelle le ton de certaines descriptions des livres du marquis de Sade. — Cette rigueur et cette sévérité nous paraissent pour le moins exagérées. Certes, nous ne voulons pas nous faire l'apologiste de Corneille Blessebois, proclamer ses mœurs comme des exemples à suivre, et ses écrits comme des modèles de goût et de décence; mais le Zombi reste bien audessous des Dames galantes de Brantôme et de l'Histoire amoureuse des Gaules de Bussi-Rabutin, que Charles Nodier n'a jamais songé à frapper ainsi de son courroux, et dont il parle quelquefois avec complaisance.

« Quant au reproche qui lui est adressé par M. Paul Lacroix, nous le trouvons pour le moins aussi injuste. Nous avons vainement cherché dans les œuvres de Blessebois, même les plus hardies, et nous n'y avons rien trouvé qui puisse entrer en parallèle avec les tableaux cyniques et les maximes infâmes dont pullulent à chaque page la majeure partie des ouvrages du marquis de Sade. Corneille Blessebois est un poète licencieux, c'est un fait incontestable; mais ses écrits ne sont pas plus libres que ceux qui composent le Parnasse satijrique, le Cabinet satyrique, le Cabinet des Muses gaillardes, V Espadon satyrique, les Sottisiers, etc., et l'auteur peut

Page 1