COUPLET DE CHANSON
sur Tair : Alors qm'une femme est bleu sage, etc.
Trêve d*amour, chère Clarice, Donuons-nous un peu de repos; Toute la moelle de mes os S'est écoulée eu ta matrice, Et mon V.. au nombre des morts, Pour avoir trop pris d'exercice, Et mou V.., au nombre des morts.
S'est fait un cercueil de mon corps.
« Voilà, dit l'auteur, en les prévenant, ce que j'envoyai un jour à Nannelte Foyer, qui me priait par un billet de lui faire un couplet sur l'air que vous venez de dire, et qui me conviait en même temps à l'amoureux exercice, combien qu'il n'y eût qu'un jour que je l'eusse baisée jusqu'au sang*.
— C'était donc, lui dit l'un d'eux, lorsque vous étiez libre, car il ne me souvient pas qu'elle soit venue ici depuis que vous y êtes ?
— J'ai demeuré un an dans cette ville, réponditril, pendant lequel toutes ces g-ueuses-là couraient ma braguette à l'envi et en achetaient le sucre au poids de l'or. » En achevant ces mots, certaine fille du métier présenta ce
Billet de 3/''® de Doissemé à Céladon,
« Vous me dîtes tant de fois que vous m'aimiez, lorsque je vous vis il y a huit jours, que je me le suis
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persuadé. Si je ne me trompe pas, vous aurez la bonté de m'envoyer quelque ouvrag-e nouveau, afin de chasser l'ennui de certain petit mal que j'ai à la jambe et- qui me fait g-arder le lit. Surtout j'aime les rondeaux, et je serai ravie d'en voir de votre façon, car on dit que vous y excellez. Au reste, je vous prie d'être un peu moins nég'ligent et de vous informer avec plus de soin de ce que peut faire en son lit une malade dont toute la gloire consiste à vous aimer. »
M"^ de Boissemé était une fille de qualité qui, étant restée orpheline de bonne heure, n'avait de bien que ce que ses tuteurs n'avaient pas pu friponner. Elle était une des plus effrontées garces d'Alençon, et je ne m'en étonne pas, puisqu'elle avait fait apprentissag-e chezM^i*^ de la Pépinière. Elle n'avait rendu visite au beau prisonnier que dans le dessein de le corrompre, si d'autres plus matineuses qu'elle n'y eussent déjà donné bon ordre; car elle prenait autant de plaisir à débaucher un jeune garçon qu'il avait de joie à faire une putain. Il n'est donc pas nécessaire de vous dire qu'ils avaient pirouetté ensemble dès leur première entrevue ; mais comme l'endroit où leurs âmes avaient passé l'une dans l'autre agg-rave l'énormité de l'action, j'apprendrai à tout le monde, si toutefois elle ne s'en est déjà vantée, que ce fut dans la chapelle des prisonniers. Cette joyeuse créature n'était pas du nombre de celles que l'on oublie dès qu'on ne les voit plus, elle laissait toujours des marques de sa libéralité
LE RUT OU LA t»UDEUR ÉTEINTE I05
partout où elle allait culbuter, et elle avait donné un chancre à Céladon qui, s'il n'était pas vérole, en avait assez bien la mine. Elle avait, de plus, semé certain bruit honteux pour lui dans toutes les ruelles de sa connaissance, je veux dire qu'elle s'était vantée à beaucoup de monde qu'il lui avait fait une promesse de mariag-e. Cette hardiesse l'avait tellement outré (ju'il avait résolu de ne la voir jamais, et il fut ravi de trouver les moyens de vomir sa bile contre elle; il fit donc sur-le-champ ce
Rondeau.
A vous entendre insolemment Me nommer partout votre amant, Beauté dont la sale chronique Vous élève au trône impudique, En fait-on un bon jugement?
On ne le saurait sainement, Mais aussi sans retardement, L'honneur veut que je m'en explique A vous.
Je vous jure sincèrement Que si j'avais ce sentiment, Mon cœur serait bien peu stoïque :
Vous n'avez appas ni musique.
Ni quatre deniers seulement A vous.
Céladon donna ce rondeau à la servante de M"^ de Boissemé, mais auparavant que de la cong-édier :
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— Est-ce que le poulain de voire maîtresse n'est pas encore guéri? lui dit-il.
— Non, monsieur, répond il-elle, sans songer à ce qu'elle disait. Cette innocence fit rire nos galants à gorge déployée, et la servante reconnaissant sa faute : « Je vous prie, dit-elle, de n'en rien témoigner ; je viens de faire un pas de jeune bêle, et je suis tellement accoutumée à la vérité que je vous ai déclaré un secret qui ne devait jamais sortir de ma bouche. »
— Vous ne m'avez rien appris, lui dit Céladon, et votre maîtresse m'en fait confidence dans son billet. Mais apprenez-moi aussi qui est celui qui l'a si bien ajustée?
— Vous connaissez le fils de M. le vicomte? repritelle.
— Sans doute, dit Céladon ; est-ce lui?
— Mademoiselle n'en est pas bien assurée, continua-t-elle, mais elle n'en accuse que lui, ou M. Le Noir. Alors faisant une grande révérence, elle troussa ses chausses.
Après qu'elle fut partie : « L'infâme! dit Céladon en parlant de la Boissemé; admirez, je vous prie, son insatiabilité, et confessez que la débauche n'étendit jamais si avant les bornes de son empire. Je ne crois pas qu'il y ait une maison dans cette ville où le vice n'ait un autel.
— J'en connais pourtant une, interrompit Poquet, sur laquelle vous n'oseriez répandre votre venin.
— Je VOUS entends, reprit Céladon, et je confesse (|iie Mesdemoiselles Thouars mènent une vie si honnête et si dégagée de tout sale commerce que je n'en saurais assez exprimer le mérite. Jamais lourlerelles ne furent si chastes, ni vierges si constantes en leur
mtiuence. Leur vertu est à l'épreuve de toutes les attaques, et j'ose dire que leur maison renferme plus de trésors que le pavillon céleste, puisqu'on y voit quatre Grâces incorruptibles, et que là il ne s'en trouve que trois, dont je ne voudrais pas répondre si elles demeuraient à Afençon.
— C'est trop parler de la chasteté de ces demoiselles dans un endroit où le rut tient souvent, interrompit Le Rocher. Laissez-moi poursuivre ma lecturç, et voyons un peu ce que nous aj)prendra ce
Sonnet.
1 >'oii vient ce long silence, adorable Zélie? (Quelles SQnt les raisons qui causent ta froideur? Quelque berger heureux, ennemi de ma vie, M'aurait-il bien chassé de ton volage cœur ?
Mais excuse, ô merveille en tous points accomplie, I. offense que te fait ma soupçonneuse humeur; Las! c'est un noble'eflFet de ma tlamme infinie : Un fidèle galant est sujet à la peur.
Aussi, de temps en temps si ta douce présence Dissipait les ennuis de ma lon^iie souffrance, Ou qu'un mot de ta main me découvrît un port.
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J'aurais plus de plaisirs, le voyant secourable, Que de Marie n'en a (fuand il juge un coupable D'un crime rémissible aux peines de la mort.
« Si les rimes de ce poème ne sont pas riches, dit Céladon, il s'en faut prendre à l'adorable beauté qui me les envoya, afin que je les misse en œuvre. Cet autre vous semblera peut-être moins vicieux :
Sonnet.
Mon amour est plus g-rand qu'un chêne, Mais mon respect perce les cieux, Et je n'ose lever les yeux Sur le chaste objet qui m'enchaîne.
Mais que celte pensée est vaine!
Est-ce que je suis envieux
De l'une des filles des dieux.
Ou tout au moins de leur germaine ?
Je suis pris, c'en est fait; mon cœur Cède aux charmes de son vainqueur; * Ma défaite fait ma victoire.
Que si ce discours est coquet, Bel ange, j'ai l'âme plus noire Que la langue d'un perroquet.
Le Rocher allait poursuivre, quand on sonna la clochette pour se mettre à table, de sorte que nos trois personnages s'en furent souper avec appétit. Ils en étaient déjà au fromage, lorsque Robert, petit- fils du
honhomme, s*approchant de lui tout éperdu : « Mon Liaiid, lui dit-il, notre mâtin est étendu tout de son long- dans la cour; je le viens de voir comme je faisais mon cas, et j'ai eu beau le battre avec mon pied, je ne l'ai janïais pu faire lever; je pense aussi vrai qu'il est mort. » Ce g-rand mâtin était un chien très considérable pour une prison; il était de bon guet et servait davantage pour le guichetier à empocher que les oiseaux de la basse-cour ne s'envolassent. Il ne se faut donc pas étonner si mon grand se leva incontinent de lable et prit une chandelle pour aller voir ce qu'il «Il était. Après qu'il eut considéré la triste posture du fidèle gardien, il trouva que Robert avait raison et ([ue son favori avait été visiter ses pères dans l'enfer (les chiens, car ils n'ont point de p. . ., et quand ils <'n auraient, celui-là qui avait souffert une mort subite iiy devait pas sans doute être allé. Je ne dirai point ( (' que la colère fît faire d'extravagances au vieillard, !ii toutes les injures dont il blasphéma contre Tinnovnce des prisonniers qu'il accusait de l'avoir empoisonné; seulement vous dirai-je qu'il soupira plus d'un (juart d'heure, et que peut s'en fallut qu'il ne se mît à deux genoux pour recommander l'âme de son chien. Pendant qu'il fulminait, Céladon et son camarade Haient retirés dans leur chambre, où ils avaient trouvé la tête de la petite Hïante qu'un chat roulait en -(' divertissant. Ce spectacle leur donna un plaisir xlréme et ils ne doutèrent point que le grand dômes-
tique ne fût mort d'en avoir mang-^ le corps, car ils ne le trouvèrent ])oint sur le pavé.
Gela les fit descendre dans la cour, où le concierg-e faisait enterrer ie défunt, et lui ayant appris ce qu'ils venaient de voir, ils le firent revenir de sa fougue. (( Parbleu! dit le bonhomme, après avoir recouvert la fosse, il n'y faut plus penser : allons boire et gageons le déjeuner de demain à qui en fera le mieux l'épilaphe. »
— Nous y consentons, dirent-ils. Ainsi nos g-ens se remirent à table, et après qu'ils eurent avalé chacun deux ou trois lampées, ils ruminèrent les vers suivants :
Ci-g-ît un chien de valeur sans seconde; Passant, admire et plains son sort :
Il s'est en allé de ce monde Après avoir mang-é la Mort.
Le Rocher n'eut pas plus tôt achevé son quatrain qu'il ôta son chapeau et mit sa serviette sur sa tête, chauve, en forme de couronne, en s'efforçant de crier vivat. La minerve de Poquet parut ensuite sous cette forme :
Passant, passe sans t'arrêter :
La Mort dans ce tombeau sommeille.
L'animal qui Vy fut porter, Et qu'elle y tient à la pareille, Est un mauvais mâtin qu'une puce réveille Et qui le pourrait éventrer.
— Cela n'est point si mal, dit Céladon, mais écoulez ci et me rendez justice :
.-dessous gît la Mort produite par la Vie, Qu*uii cabinet arracha de ses flancs,
Qu'un mâtin à nez et pieds blancs, Dont elle fut vivement poursuivie, Mangea, comme un pourceau mange aisément des glands.
Nos poètes voulaient ayoir tous trois gagné et n'élaient pas résolus de se céder le dé, quand la petite l)onne femme, qui ne manquait pas d'esprit, les mit ifaccord par ces quatre rimes :
Qui que tu sois, ô passant! tremble En passant près de ce tombeau :
Par un prodige assez nouveau.
Deux monstres ennemis y reposent ensemble.
Céladon trouva la galanterie de la petite bossue (ligne du prix, et il dit à ses confrères, les mauvais ri meurs, qu'il la fallait régaler avec autant de cérémonie que si elle était l'aînée des neuf Sœurs. Mais quoi qu'il pût dire ou faire. Le Hocher ne voulut jamais démordre de la bonne opinion qu'il avait de son quatrain et consentit bien à payer sa part de la débauche, mais non pas à céder le laurier «ju'il croyait avoir
lérité.
Cette badinerie étant cessée, le beau prisonnier et son camarade se retirèrent dans leur chambre, où ce
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premier ayant appelé certain lacjuais qu'il avait alors, il lui donna la tetc de Tavorton et un g-rand clou qu'il arracha de la muraille, et lui ayant commandé de l'aller attacher à la porte du procureur du roi, il se mit au lit..
Lecteur, reprends encore haleine,
En attendant que d'Hippocrène J'aille troubler le liquide cristal :
Je suis doué d'une si faible veine
Et je crains tellement la peine
Que le moindre excès me fait mal.
Fin de la deuxième partie.
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Mademoiselle,
En quelque lieu du monde que vous soyez, au bordel, auxMadelonnettes ou à l'Hôpital, celte dernière partie de votre Rut, qui doit courir tout l'univers sur les ailes de la bonne opinion que j'en ai, ne saurait manquer de tomber sous vos pattes. Elle ne vous apprendra rien de nouveau, mais elle vous fera connaître que si j'en savais davantage, je ne vous aurais pas fait l'injure de le passer sous silence. Vous êtes de l'humeur de ces vieux guerriers qui sont charmés au récit qu'un auteur leur fait des anciennes prouesses dont ils ont immortalisé leur nom, et vous n'avez jamais de plus parfaite joie que lorsque l'on réveille en vous le souvenir de vos extrêmes débauches, dont le nombre innombrable ne saurait trouver de place dans une seule caboche. L'on ne saurait si bien dépeindre votre effronterie que vous n'y trouviez toujours quelque chose d'oublié. Si l'on vous disait, par exemple, que la première fois que le marquis de Gourcelles vous chevaucha, il le fit cinq fois, vous ne man-
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queriez pas (J'ajouter que vous jugeâtes l'action si glorieuse d'être à cheval sur un marquis que vous lui donnâtes un tour de fesses tellement sublil (H inévitable qu'il ne se put défendre d'être à son tour acalifourchonné. Vous aurez beaucoup de ces sortes d'omissions dans ce petit ouvrage, mais vous me les pardonnerez quand je vous aurai assurée que tout ce que j'ai fait jusqu'ici n'a été qu'une épreuve de mes forces, ou qu'un prélude, si vous voulez, après lequel je vous donnerai un branle plus juste et mieux conditionné. Attendez donc, s'il vous plaît, à vous fâcher contre moi que je vous aie manqué de parole, et cependant continuez en votre affection celui pour qui vous avez abandonné votre pays et que vous achèteriez de votre sang, s'il était à vendre.