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CHAPITRE PRIiMIER

LES RAPPORTS DE l'œUVRE DE RABELAIS AVEC LA LITTÉRATURE ROMAKESaCE DE SOX TEMPS

I. Les t apports de l'a-iivre Je Rabelais avec les roiiiaiis de chevalerie. — II. Influence des romans de prouesses « git^aiitales » sur le roman de Rabelais. Emprunts. Imitations. — III. V enrichissement de l\xuvre par l'expérience de la vie et la culture intellectuelle.

I. — Les rapports de l'œuvre de Rabelais avec les romans de chevalerie.

Dans le Prologue du Paiiîagriicl, Maître Alcofrihas Xasier rapproche la Chronicqiie Gargaiittiiiie et le nouvel ouvrage de « mesme billon », qu'il présente aux lecteurs, « d'aulcuns livres dignes de mémoire... Fesse Pinthe, Robert le Diable, Fierabras, Guillaume sans Paour, Huon de Bourdeaulx, Monteviellc et Matabrune "... »

De ces livres, plusieurs nous sont inconnus ; très probablement, ils n'ont jamais existé. Fesse Pinthe, que Rabelais mentionne de nouveau dans le Prologue du Gargantua à côté d'autres ouvrages imaginaires, « De la Dignité des braguettes. Des Pois au lard cuni commento », est un titre créé par sa fantaisie. Il est à lui seul suffisamment significatif : Fesse-Pinthe, c'est Vide- Bouteille - et les « propriétés occultes » ' d'un ouvrage portant ce titre seraient celles des facéties populaires.

1 . Cf. Pantagruel, Ed. Justi; ( I > 3 3), p. 4, dans la Réimpression de la Rei'.,Et. Rab.

2. Voir dans Lacurne de Sainte-Pala\'e, Dictionnaire historique de l'ancien langage françois, des exemples de l'emploi de fesser dans le sens d'expédier promptement. « Fesser le bréviaire. » « Mangeurs de crucefix, tesseurs de requiem «, dit H. Estienue, des gens d'église. Il \' a une métaphore analogue dans l'expression : Fouette moi ce verre, M. L. i., p. 21.

5. Ed. Juste (1553), p. 4. « Bien vray est il que l'on trouve en aulcuns livres dignes de mémoire certaines proprietez occultes, au nombre desquels l'on met Fesse Pinthe, etc. »

Tout ditl'crcnt est le caractL-rc dc-s autres livres énumérés par Kabelaisà la suite de Fesse Pin t lie. Nous ignorons s'il a jamais existé des t)uvrages intitulés : i' Monteviclle » et « Matabrune »; il est même dillicile d'identifier le personnage de Monteviellc ; mais Matabrune, mère d'Oriant ', appartient à une littérature qui comprend entre autres livres autlientiques, Roheil le Diable, l-iciabyai et Htioii de Bordeaux. C'est parmi les romans de clieva- / leric que Paulai^nicl et la « Cbronicque Cargantuine » se trouvent ainsi rangés par leur auteur.

Ces romans de prouesses et d'aventures étaient alors en pleine vogue. « Du temps du grand Roy François », nous dit Noël du l'ail ', dans une description de demeure rustique, on voyait « sur le dressoiier ou buffet à deux étages... les Quatre fils Axmon, Oger le Danois, Mcrhtsiuc... » Leur succès est attesté par le nombre des éditions qui en furent données depuis le commencement du xvi'^ siècle. Entre 1500 et 1540, nous trouvons trois éditions de c La terrible et merveilleuse vie de Robert le Diable > » ;

1 . Nous ne- l'avons trouvée dans aucun des romans du XVF siétli.- que nous avons pu lire. Mais elle figure dans plusieurs des Chansons de Gestes d'où sont issus les romans de chevalerie, notanunent dans la CImiisoii du Oievulier tiii C\'i;iie et de Godefroi de Bouitloii. Elle cherche à faire périr les sept enfants de sa bru Béatrix ; elle tente de les noyer ; ils sont changés en cygnes, sauf un, Kyas, qui sera le champion de sa mère. Matabrune, cernée dans son château, avoue ses crimes et est précipitée .1 la mer. L'auteur résume ainsi l'impression que laisse cette mégère :

Elle ot non Matabrune, ensi l'oï nommer. Aine de plus maie vielle n'oit nus liom parler.

Cf. L(7 CiMiisoii du Clsevatier au Cyguc et de Codefioy de Bonillcu, publiée par Hippeau, 1874.

« Guillaume sans Paour » est sans doute le duc de Xorm.mdie ; nous ne connaissons pas de roman de chevalerie portant ce titre.

2. Noél du Fail, Coules d'Eulrapel. Du temps présent et passé.

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