Gargantua, 21, m. l. i., p
8. Chap. XLi. « Boire si tost après le dormir? Ce u'est vescu en diète de
l8 l'cKUVRE de RABELAIS El l.A LinÉRATURE ROMANESQUE
Dans le 77(v.v et le Qiuirl Livres, nombreuses sont les lounnges de I3acclius et les invitations à boire, mais le Géant, en dépit de sa soif prodigieuse, ne tombe jamais dans les excès qui avaient perdu Anarclie. {Punldi;. 28). Au contraire, il semble que son caractère de héros bachique va s'atténuant peu à peu. Au Tiers Livre, il n'est fait mention qu'une fois de la vertu altérative de Pantagruel (chapitre i.i)'. Au Quart Livre, les francs beuveurs sont Frère Jean et surtout Panurge '. Jamais Rabelais n'oublie que la soif inextinguible est le privilège de son héros, mais, de plus en plus, il prend plaisir à nous montrer d'autres traits de sa physionomie.
2° La bonhomie était, nous l'avons dit, le trait de caractère le plus frappant chez Fracasse, chez Morgant et chez le Gargantua des Chroniques. Rabelais en a doté son Géant. Mais cette qualité change insensiblement de nature ; de spontanée, elle devient réfléchie, jusqu'à ce qu'elle soit proposée comme un idéal philosophique dont la formule est le « Pantagruélisme »,
On devine comment s'est opérée cette transformation : elle est due à l'influence de la culture de Rabelais. Tout d'abord, cette indulgence semble l'apanage naturel de la force. Le Géant, qui connaît toute l'étendue de sa puissance, aurait honte d'en abuser ; il est le plus souvent disposé à renoncer à une partie des droits qu'il lui serait facile de soutenir par la force. Grandgousier épuise tous les moyens de conciliation avant de résister par les armes à l'hostilité de Picrochole. Gargantua traite humainement 'Fouquedillon prisonnier. Il rend les cloches de Notre-Dame aux Parisiens avant d'avoir entendu la requête de leur « bel orateur ». Pantagruel se contente de donner une leçon au Limousin qui se moquait de lui, en voulant lui en imposer; il traite généreusement son prisonnier Dipsode, se bornant à l'efTrayer par des propos de croquemitaine '. Il a pour ses familiers la complaisance la plus constante. « Et le bon Pantagruel riait à tout », « A quoy volontiers consentit Pantagruel » sont des phrases qui reviennent sans cesse. Il
médecine. Il se faut premier esciirer l'estomac des superfluités et excréments », .M. L. I., p. 153.
1. M. L. n, p. 235, « le noble Pantagruel ne print oncques à la guorge si non ceulx qui sont negligens de obvier à la soif imminente. »