Quart Livre, 4, ,\I. L. Il, p. 281 ; 65, p
5. PiUilii!;riu'l, 26, M. L. I., p. 342. « Car c'est moi qui mange les petiz enfants. >>
L ŒUVRE DE RABELAIS ET LA LITTERATURE ROMAXESaUE 19
en arrive même à approuver les plus fâcheuses facéties de ce bohème de Panurge. En somme, la bienveillance et la jovialité du Géant, héritées de Fracasse, de Morgant et du Gargantua des Chroniajtics, ne se démentent jamais.
Mais insensiblement cette bonhomie naturelle change de carac tère. KUe devient un idéal que Rabelais nous propose. Le « pantagruélisme », joviale humeur des « francs-beuveurs », setransforme en une vertu philosophique, qui se précise et se définit graduellement. Dans le Gargantua, pautagrudiser consistait à « boire à gré et lire les gestes horrifiques de Pantagruel' ». Au Tiers Livre (Prologue), le pantagruélisme implique non plus seulement une disposition à la gaité, mais des qualités morales : la bienveillance et la bonne foi-. L'indulgence et la sérénité apparaissent comme les qualités maîtresses de Pantagruel ; le déguisement de Panurge, désistant de porter braguettes, ne l'indigne pas : « il tolère que chacun abonde en son sens,mèmement en choses foraines, externes et indifférentes ">. » Ses dilapidations scandaleuses ne le fâchent nullement: « Jamais ne se tourmentait, jamais ne se scandalisait. Aussi eust-il été bien forissu du déifique manoir de raison, si autrement se fust contristé ou altéré. Car tous les biens que le ciel couvre et que la terre contient en toutes ses dimensions, hauteur, profondité, longitude et latitude, ne sont dignes d'émouvoir nos affections et troubler nos sens et esprits *. » Tel est le principe du pantagruélisme, de cette sérénité philosophique dont Rabelais donnera la formule au Prologue du Quart Livre, après avoir cité connue Pantagruéliste un des plus fameux représentants de l'ataraxie épicurienne, qui prenait pour devisé A7/ iiiirari, Horace. « \'ous entendez que c'est (le Pantagruélisme) certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites • ». Ainsi se développe le caractère du Géant, dans le sens même où évoluait le roman de Rabelais, s'enrichissant d'éléments que l'auteur empruntait à son fonds de « philosophie ».
3° Il convient de dire que le rôle nouveau qu'il donnait au
2. M. L. II., p. 12. « Pantagruelism;, [qu.iliié" movennant l.iquelle jamais en maulvaise partie ne prendront choses quelconques... >>