‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 47 sur 216 · Gargantua, 41, m. l. i, p · texte numérisé non relu

Gargantua, 41, m. l. i, p

4é LES SOUVENIRS DU TEMPS DE « MOtNAGE »

C.:n Irctc Jean des lintDmnicurcs est un «vrai moine moinant, le plus moine qui fut, depuis que le monde moina de nioinerie. » Il n'y a guère que deux passages du Gargantua dans lesquels Rabelais insiste sur les difl'érences qui distinguent son personnage des moines contemporains : dans le chapitre 40, lorsqu'il oppose son activité et sa belle humeur à la bigoterie et à la paresse des « moines ocieux », et dans l'exposé des principes de la « religion » de Thélème, instituée à la requête du moine « au contraire de toutes les aultres' ». Mais sa physionomie ordinaire est celle d'un moine du xvi'^ siècle, qui serait actif et « point bigot ».

Il est ignorant, comme tous les moines dont se moquent les Humanistes : il n'étudie pas de « peur des auripeaux - ». Il cite volontiers des sentences en latin : « Magis magnos clericos non sunt magis magnos sapientes > », latin de cuisine et de « marmitcux » comme celui des jurisconsultes ^ qui soulève l'indignation de Pantagruel. Il a, pour les occasions les plus diverses, des versets de l'Ecriture inattendus: «C'est matière de bréviaire», qui donne à son langage sa couleur propre. Il émaille également ses propos des jurons les plus variés : « le Corps Dieu », « Cent diables me sautent au corps », etc. En pleine tempête, en danger de périr, il se damne «comme une serpe» au grand scandale de Panurge '. «Jurer comme un abbé» était alors un dicton commun, si nous en croyons Henri Estienne qui s'indigne que les prédicateurs eux-mêmes, les Menot et les Maillard aient usé de jurons et de « maudissons» dans leurs sermons''. Les moines ne devaient pas se montrer plus renchéris que leurs abbés et leurs prêcheurs ; c'est pure coquetterie si Frère Jean prend la peine de s'excuser sur des nécessités oratoires: « Ce sont couleurs de rhétorique cicéroniane ' ». Il est gourmand ; il se met à table volontiers après un premier souper et n'en mange pas moins **. Il n'a aucune « diète » pour boire " ; toujours assoiffé.

Page 1