‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 77 sur 216 · M. L. II, p · texte numérisé non relu

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6. Cf. .\. Lefranc, Mélanges, dans foi'. El. Kiib., t. III, p. 50.

qui dut laisser sur lui l'euiprciiite la plus profonde, celui par lequel il tut initié aux Humanités et prit contact avec la vie séculière, était composé principalement de légistes '. A I-"ontenayle-Comte, il entre en relations avec le « président du siège royal, » André Tiraqueau, jurisconsulte fameux dès cette époque, à qui il dédiera plus tard son édition ^tslMlres de Maiiardi {i 532), et qu'il appellera dans le Nouveau Prologue du Quart Livre « le bon, le docte, le sage, le tant humain, tant débonnaire et équitable André Tiraqueau. » Autour de lui était groupé tout un cénacle de magistrats, de lettrés et d'érudits : son beau-père. Anus Cailler, lieutenant du roy à Fontenay-le-Comte, Jean Brisson, avocat du roy, Mallet, procureur du roy, les avocats Jean Brissot, Jacques Ranfray, Pierre Fouschier, Raoul Collin, Jean Vernou, qui dédia à Tiraqueau ses Gucspes altiques, Iradniles du grec d'Arislophaue, insigne parnassien (i 529), et Jean Imbert, dont Tiraqueau reconi-. mandera plus tard au public le livre des Institutions politiques delà France -.

L'àme de ce groupe, c'est Tiraqueau. Il devait fournir une carrière fort brillante dans la magistrature. En 1534, il fut appelé au Parlement de Bordeaux ; il refusa pour rester à Fontenay et se consacrer à des travaux juridiques. En 1541, il fut nommé conseiller de la grande Chambre du Parlement de Paris, sans passer par la Chambre des enquêtes.

Vers 1520, époque du séjour de Rabelais à Fontenay, il avait une réputation justement établie. Il axait déjà publié, en i)i), des commentaires sur les lois municipales du Poitou relatives au mariage : De legihus connnhialihus. Il en préparait alors une seconde édition qui, dans sa pensée, devait être une réfutation de l'apologie des femmes présentée par Amaury Bouchard, président du siège royal de Saintes, dans son livre lUpl t7,: --jva'.xîU; 'JJTAY,;. adversus Tiraquclluni. (Paris, Josse Bade, 1522). M. Barat ' a montré comment tout le groupe des amis de Tiraqueau fut directement intéressé, parfois même associé à la préparation de cette deuxième édition. - Elle parut en 1524.

1. Cf. Benjamin Fillon, Recueit de notes sur les origines de l'Eglise rèformie de Fmitfihiy-le-Comle. (Niort, Clouzot, 188S).

2. bislilutioiiiim foieiisiiiiii Gallùr... lihri ijiuitnoi. l'.iris, llobcit Estiemie,

3. ÀVr. El. Riil'. 19O). L'influence de Tir,tqueiui sur Rabetiiis, p. 158, 255.

LE DROIT, LES ETUDES JURIDiaUES ET LES LEGISTES 97

Sur chacune des questions touchant à ce procès des femmes, si souvent débattu au moyen-àge et que venait de rouvrir le livre de Bouchard, Tiraqueau apportait une masse considérable de témoignages tirés du droit, de l'histoire, de la philosophie, et de la poésie. — Il expliquait dans sa Préface qu'il espérait attirer ainsi sur les Hnman'wrcs littcrœ, l'attention des légistes et juristes, dédaigneux des livres, qui n'offrent pas aux premiers regards, comme des perles brillantes, les énormes initiales des titres du Digeste ou de ses commentateurs : « qui iiihil légère sihi hnpeniritnt, iiisi qiiod D. ijiiod C. qiiod §. quùd extra, in Aulheu. qiiod glos. Barlo. Bal. Iniioc. Hoslieit. Joann. And. identidem literis poUicaribus tanquain geiiiinis quibusdani, iUiistratiiin primo statim avispeelu viderioit. » C'est à ces juristes bornés qu'il avait déclaré la guerre, lui et les Humanistes : " helliiin iiiihi, enierisque literalurœ humanioris studiosis. » Il espérait, cette fois, par l'appât des textes juridiques, les amener à connaître aussi tout ce qu'ils ne devaient pas ignorer : « /// /;/ ea iiicidaiit qinv iiosse maxime debneraiit. Eu siint pbilosopborum placita, oratoriun décréta, aiitiqidtatis historiarumqiie monumeiita, Poetarum carmiiia, popiiloriim ritiis, mores gcntium, qiiibiis D. glos. Barlo. et alias hajiismodi notas inferioris notœ et doctrinx scriptornm, tanquam haninm esca obtexisse mihi videor, quo sensim vorato velul inviti ant imprudentes ad lectionum hiinianioruin seriptoruin altrabereiitnr ; jam iiide (ut il le ab luigiiibns Iconem) intelligentes, alios esselibros, quibiis niaxime niti asseriqnc possit. et illus ■ trari jnris legnmqne peritia. »

Ainsi dans le cercle de Tiraqueau, comme le montre non seulement cette préface, mais l'ouvrage lui-même, on s'efforce de briser les barrières qui enferment le droit dans un domaine réservé aux seuls spécialistes. On allie les sciences juridiques aux Humanités; on cherche à vivifier l'étude du droit par l'histoire, la philosophie et la poésie. — Un humaniste comme Rabelais doit se sentir engagé à une telle étude du droit, par son propre goût pour les lettres, autant que par l'exemple de ses compagnons. — L'édition du De legibus connubialibus de 1524 témoigne d'ailleurs des rapports qui unissent à cette époque Tiraqueau et le jeune Cordelier. Elle s'ouvre sur une poésie grecque de Rabelais à la louange de l'auteur ' ; et celui-ci, à propos d'une citation d'Hérodote, vante la

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