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protestante de Caturcc'. Il a mis autant d'habileté à éviter les foudres de la Sorbonnc que de hardiesse à les provoquer.
Tel nous nous figurons le portrait de Rabelais, d'après ses propres confidences et les témoignages de ses amis. Il est évident qu'il y a d'étroits rapports entre ce tempérament et le sens de la vie qu'exprime son œuvre. Aussi quoique nous ignorions encore ccimmcnt s'est formé son génie artistique, du moins pouvons-nous dire qu'assurénieni la plus profonde et la plus constante influence que son livre ait subie, est celle qui venait de la nature même de l'homme. L'écrivain n'a pas eu à cultiver en vue de la production artistique telle ou telle faculté particulière; Rabelais ne s'est pas dédoublé pour jouer comme auteur un personnage étranger à son tempérament : dans son livre, il a cédé complàisamment au même Génie qui présidait à sa vie.
Toutefois, quelque vigoureuse que soit l'originalité d'un écrivain, il est bien rare qu'elle s'affranchisse immédiatement de l'influence de la tradition littéraire ou de la mode du temps. Rabelais dans son livre de début, le Pantagruel, suit les habitudes et imite les procédés du genre auquel il rattache son œuvre. La comparaison sur laquelle s'ou\re notre étude, du Pantagruel avec les romans d'aventures et les autres productions de la littérature populaire a pour objet de déterminer l'influence de la tradition du roman sur son livre. Dès ce premier ouvrage, d'ailleurs, la matière empruntée à la littérature romanesque nous paraîtra mince, auprès de celle qu'il puise dans son expérience de la vie et dans sa culture d'humaniste.
Comment il a connu la société contemporaine, nous pouvons le savoir à peu près, malgré les lacunes que présente encore sa
!. Sur cet épisode voir RicliarJ Coplev Christie, Etienne Doh'l . — Chapler v, ]eati de Caturcc et Jean Je Bcyssone. R.ibelais fait allusion au supplice Je Caturcc. Paiilagruel, 5, M. L. i, p. 239. Pantagruel n n'y demoura gucres (à Toulouse) quand il vit qu'ilz faisoyent briisler leurs légens :out vifz comme harans soretz, disant : Ja Dieu ne plaise que ainsi je meure, car je suis de ni.i nature assez altéré sans me chauffer d'avantaige. »
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biographie. Il nous a livré lui-même les noms de ses amis : quelques-uns appartiennent à l'histoire politique ou littéraire ; d'autres, plus obscurs, commencent à sortir de l'ombre et à prendre une physionomie '. Il est possible de se représenter les goûts et les mœurs des cercles qu'il a fréquentés, de ce Cénacle de Fontenaj'-le-Comte, par exemple, par lequel, au temps de son « moinage », il prit contact avec le « siècle ». Nous ferons donc une large place au tableau des milieux qu'il a traversé.s, pour noter comment le livre a profité de l'expérience que l'auteur avait acquise des diverses classes de la société : moines, escholiers et maîtres de l'Université, médecins, légistes.
Autant que la vie, les livres ont apporté leur contribution à son œuvre. Il ne pouvaitguère en être autrement à cette époque, qui fut en France l'âge d'or de l'Humanisme. Sans doute l'érudition antique ne rentrait pas nécessairement dans le cadre du genre populaire qu'il adoptait : mais Rabelais avait trop vécu avec les Anciens pour les oublier lorsqu'il faisait son personnage de conteur populaire. Nous aurons donc à apprécier aussi exactement que possible ce que son roman doit à son érudition de légiste, de médecin, d'humaniste. Nous examinerons quelle a été l'influence de l'art et de l'érudition antiques sur l'invention et la composition de son œuvre.
Les éléments comiques de caractère populaire demandaient aussi une étude particulière : ils tiennent une place si importante dans ce roman qu'ils se rattachent certainement aux tendances es.sentielles du génie de Rabelais. Nous verrons comment certaines formes de cet esprit populaire, qui nous apparaissent au premier abord monstrueuses, s'expliquent lorsqu'elles sont rapprochées de divers genres de production en faveur à l'époque de Rabelais.
Bien que le style de Rabelais ait fait l'objet d'études excellentes.
I . Cf. lus .irtick-s de H . Clouzot, sur S'-Ayl, d.ms la Rev. Et. Rit'. (Les omilics lie Rabelais en Oiléaiiais. — Le veritat'le nom du seigiicur de S'-Ayi, 19OJ. — Noinmiix doctimeiils sur 5'-.-/v/), rarticlc de X. L. Bourrilly sur Ralvlnis et le sieur de la Fosse. 1906 ; etc.
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nous ne pouvions nous dispenser d'examiner à notre tour ce document capital sur l'art et le génie de notre auteur.
Ce sont les tendances essentielles de ce génie, telles que notre analyse nous les aura révélées, que nous exposerons dans la brève synthèse de notre conclusion '.
l'ai été aidé dans mon travail par des maîtres et par des amis : par M. Gustave Lanson, professeur à la Sorbonne, dont les cours sur Rousseau et Michelet (Ctmférences d'agrégation des Lettres, 1902-1903) sont restés pour moi des modèles dans les études littéraires du genre de celle que je présente ici ; - - par M. Abel Lefranc, professeur au Collège de France, qui le premier m'a inspiré, dans ses conférences de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (1Ç02). le goût d'étudier Pauvre de Rabelais.
C'est à ces mêmes conférences, et du rayonnement de son ardente curiosité pour Rabelais et son temps, qu'est née la Société des Eludes Ral'clnisiciines. Au nombre des empnmts que j'aurai à faire à la Revue des Eludes Rabelaisiennes, on jugera de l'actiNitéde ce groupe de travailleurs depuis six années. Je n'ai jamais tait appel en vain à la compétence spéciale de chacun d'eux et je remercie ici de leur obligeance: MM. leD' Dor\eaux, H. Clouzot, Polain, J. Boulenger et Seymour de Ricci.
Je dois encore des remerciements, pour leurs encouragements et leurs conseils, à MM. Albert Cahen, inspecteur de l'Académie de Paris, Paul Mazon, professeur à la Faculté des Lettres de Dijon, Paul Lejay, professeur à l'Institut Catholique de Paris. — Enfin, je suis heureux de l'occasion qui m'est offerte d'assurer de ma profonde gratitude tous mes Maîtres de la Sorbonne et du Collège de France : c'est à leur enseignement que mon ouvrage est redevable de ce qui lui méritera leur estime.
S'-Gtorgfs de RLiicins (Rhonc), 14 septembre iqog.
I. Pour ne lunder que .sur un terr.iin sur, nous avons borné notre étude aux quatre premiers livres, la question de l'anthenticité du cinquième ne nous paraissant pas encore susceptible de recevoir une solution.
PRINCIPAUX Ol\l{A(ii:S CITKS OU CONSULTES
Bibliographie générale.