Chap. LUI
Celui-ci est d'une abondance remarquable : une première énumération, divisée en trois couplets, dont chacun se termine par le refrain : « Prenez-moi un Décrétaliste », affirme la supériorité parmi les grands de la terre, les hommes d'Etat et les simples particuliers de ceux qui s'adonnent <à l'étude des saintes Décrétales'. Puis sans quitter la forme interrogative, Homen^ demande qui a établi les couvents? qui entretient les religieux ? qui augmente le patrimoine de Saint Pierre ? qui fait plier les rois devant le Saint-Siège ? et chacune de ces questions longuement développées, aboutit à la même brève réponse : Dives Décrétales, Sacres Décrétales-. Enfin le discours se termine sur une exhortation à vénérer les Décrétales et une prière au bon Dieu Décrétaliarche >. L'abondance verbale, la netteté du plan et le lyrisme caractérisent ce discours qui rappelle par le ton l'Eloge des Dettes du Tiers Livre.
L'invention de ces trois épisodes : invective contre les glossateurs, plaidoyer de Bridoye, éloge des Décrétales, porte donc l'empreinte de l'esprit du légiste, initié aux sciences du droit et aux questions juridiques. — Il entre, sans doute, dans ces développements, des caricatures, des anecdotes, des facéties qui pouvaient être comprises de tous les lecteurs. Mais ils abondent en détails techniques dont le sens ne pouvait être saisi que par les juristes. Dans la littérature antérieure nous ne voyons que deux œuvres aussi chargées de matière proprement juridique : les Droits nouveaux de Coquillart ^, et les Arrêts d'amour de Martial d'Auvergne. Ces deux ouvrages construits sur le type des Livres de jurisprudence dont ils caricaturaient les usages et le vocabulaire spécial, semblent avoir été destinés à amuser un public particulier : les Bazochiens. Rabelais n'écrit pas pour cette seule catégorie de lecteurs; et pourtant, il ne fait rien pour accommoder