I. — Les ctudes imdkalcs de Rabelais
Les sciences médicales : médecine proprement dite, chirurgie, pharmacie, botanique, tiennent dans l'œuvre de Rabelais une place considérable. De tout temps elles l'ont recommandé à l'attention et à la sympathie des médecins'. De nos jours, c'est toute une littérature qu'ils ont consacrée à l'examen ou à l'éclaircissement des locutions, comparaisons, descriptions ou dissertations, que Rabelais tire de ses connaissances médicales -.
Son expérience de la médecine se révèle déjà dans le Prt///rt^'n/f/. Dans le prologue, il nous décrit la maladie et le traitement des « pauvres véroles » ; au chapitre xiv, Panurge donne l'explication de la mort de son « rôtisseur » par une description anatomique
1. C'est à p.irtir de IJ46 (première édition du 7"/<';.( Livre. Cf. Plan. BihI. Kah. n° 67) qu'il » signe » son roman de son nom, suivi de son titre de (I docteur en médecine. » Il n'avait pas attendu que la Faculté de Montpellier lui eut décerné le grade de docteur (mai 1557) pour s'en faire gloire. Dans les almanaclis de 1533 et de 1535 (C. Plan. Op. cit., p. 229) et dans la Snpplicatio pro apostasia, il est qualifié de docteur en médecine ; et c'est une question non encore résolue, que d'expliquer comment il a pu s'attribuer ainsi ce titre de docteur.
2. Cf. Dr F. Brémond, Rabelais médecin. (Notes et commentaires sur les trois premiers livres). — D^ Mollet, Rabelais clinicien. — Dr Benoist, Rabelais accoucheur. — Dr Le Double, Rabelais anatomiste et physiologiste, 1899. — A. Heulhard, Rabelais chirurgien. — Lire surtout les « Notes pour le commentaire » des textes de médecine et de botanique, publiées par le Dr Dorveaux, dans la Rev. Et. Rab., et les comptes rendus qu'il \' a donnés de.^ ouvrages du D' Mollet et du D' Benoist.
lort prccise ; au chapitre xxviii, c'est par une recette dont tous
les éléments sont empruntés à la science pharmaceutique que Panurge provoque le déluge urinai, sous lequel Pantagruel noya le camp ennemi '. — Ainsi, dès 1533, alors que Rabelais n'est immatriculé que depuis trois ans à la Faculté de Montpellier, alors qu'il ne peut exciper encore que du titre de « bachelier » en médecine, il semble à l'aise dans ce domaine. Il témoigne d'une science médicale, bien faite pour accréditer la légende qui le représente argumentant, le jour même de son arrivée à Montpellier, contre ses futurs maîtres, — ■ et les faisant « quinaulx ». - Il est évident qu'il connaissait la médecine depuis longtemps et qu'il
; s'y était appliqué bien avant de fréquenter les cours de la Paculté. — Où et conmient avait-il été amené à ce genre d'études?
De prime abord, la distance nous semble grande entre r« Humanisme », qui était le vrai domaine de Rabelais jusqu'en 1 530, et la médecine. — En réalité, au commencement du x\T siècle, la médecine théorique est une province des Lillcrœ hiiinaniores, et tout humaniste devait nécessairement s'v intéresser. La science médicale, vraiment digne de ce nom, était tout entière dans les traités des Grecs et des Latins. Quiconque connaissait bien le grec pouvait donner un avis autorisé sur l'interprétation de
/ Galien et d'Hippocrate ; les ouvrages les plus techniques étaient du ressort des philologues, des humanistes, qui possédaient mieux que les docteurs- en médecine et praticiens la connaissance des langues anciennes '.
Sans doute l'expérimentation tendait à prendre une place importante dans la médecine. Néanmoins on s'en défiait encore: n'était-ellc pas le principe de toutes les erreurs dont les Arabes et les empiriques avaient encombré les sciences médicales? Celles-ci ne pouvaient retrouver leur pureté que p.ir un retour aux sources