Cf. L. Dclaruelle, G. Budc, p
trcnt dépouillant Pline, Ccise, Dioscoride, Paul d'Egine, demandant à ces traités techniques les noms des plantes, des arbustes, des couleurs, ainsi que des maladies connues des anciens. En 1517, il révise une traduction du Dcsanilate tiienda de Galien par son ami le médecin anglais Thomas Linacer; en 1519, il s'intéresse à une traduction du Mcibcdiis medcndi de Galien par le même savant '.
Tiraqueau empruntait beaucoup pour son commentaire du \De legibiis comiuhiaUhns aux sciences médicales et aux traités de médecine. Il plaçait dans cet ouvrage un bel éloge de l'art médical -. Il se tenait au courant des progrès de la médecine. C'est lui qui avait vanté à Rabelais ' le médecin Ferrarais Manard comme un des esprits les plus capables de rendre à la médecine son éclat antique; il lui reconmiandait les premières Episliilir Médicinales de cet auteur, comme inspirées par « Pxon ou Esculâpe » euxmêmes. — Ainsi, dès 152), date de l'édition des premières i^^/Vtiilx Médicinales, Rabelais s'occupe de médecine et c'est Tiraqueau qui le dirige dans ses études. Il s'en souviendra plus tard, lorsqu'en 1532, il lui dédiera une édition du second recueil de lettres médicales de Manard.
C'est donc à l'exemple de ses maîtres, par le progrès naturel de sa curiosité d'Humaniste, que Rabelais en est venu à étudier la médecine. Il y a apporté un goût et une ardeur tout personnels, qui n'ont pas tardé à le recommander à l'attention de ses contemporains, avant même la publication du Panlagniel et du Gar ganliin.
En 1530, le 17 septembre, il est inscrit comme étudiant sur le registre de la Faculté de médecine de Montpellier. Il est reçu
1. Cf. Dcl.iruclk-, Ki'peiloiie auiilytique Je hi correspondance de Biide, p. 25 et P- 64.
2. Rabelais en p.irle daus la Lettre-Dédicace de son édition des Hpisliilx Médicinales Manardi à André Tiraqueau, sub. fine, M. L. ni, p. 313.
3. Epistula nimciipatcria des lîpisliiUt Médicinales Manardi, Lvon, Gr\phe, 1532, M. L. m, p. 313. « Porro inler eos qui nosira tempeslale ad restitnendam nitori sua priscam gernianamqiie medicinam, animi ccnlenlionem adpuienint, solebas lu dunt islic ai;ereni plausibililer niihi laudare Manarduni illum Ferrariensem medicuin solerlissinuim doctissimuntque, ejusque epislolas priores ila probabas, ac si esseni l'awie aul ^Esculapio ipso diclanle e.\cepta\ « Sur la publication du second tome de Manard par Gr\plie, sous la direction de Rabelais, je nie permets de renvover à J. Plattard, Les publicalions savantes de Rabelais, dans Rei: El. Rab., II,'p. 67.
bachelier le i°' novembre. — Comme tous les bacheliers, il eut à faire pendant trois mois une lecture à la Faculté. Il commenta les Apborisines d'Hippocrate et VArt nicdical de Galien, devant un auditoire nombreux, si l'on en croit son témoignage'. La comparaison des interprétations des commentateurs avec les manuscrits, et spécialement avec un manuscrit grec qu'il possédait, lui révéla de nombreuses erreurs et omissions chez ces glossateurs d'Hippocrate et de Galien. Il rédigea des notes pour corriger ces fautes.
L'année suivante, à Lyon, où il s'était établi, Sébastien Gryphe, l'imprimeur, ayant aperçu ces notes dans ses papiers, les lui demanda, pour une édition de traités de médecine antique qu'il se proposait depuis longtemps de publier. Rabelais v consentit, résuma ses notes sous forme de brèves annotations marginales et, le 15 juillet 1532 % paraissait chez Gryphe un petit in-i6 sous le titre suivant : Hippocralis ac Galcni lihri aliquot, ex rccognitionc Francisa Rahclœsi, iiicdici oiiuiihiis iniiiicris ahsoliitissinii'. Il comprenait les Apborisines, les Pra'sagia, le De ratioiie viclits in niorhis aciits, le De natnra hnnuma, d'Hippocrate et YArs niedicinaJis de Galien, dans les traductions latines de Nicolaus Leonicenus, de Guillaume Cop et d'Andréas Brentius, qui constituaient la vulgate de ces ouvrages médicaux. En outre, Rabelais donnait le texte grec des Aphorisnies d'après le manuscrit qu'il possédait, qui avait le mérite d'être très ancien, d'une écriture très élégante et très pure.
Ainsi sa réputation de médecin est antérieure au Pantagruel; ce n'est pas d'après son livre qu'elle s'est créée, puisque, dès 1 532, Séb. Gryphe lui confie le soin d'éditer des traités d'Hippocrate et de Galien.
Donc, versé dans la connaissance des diverses sciences ressortissant à la médecine, ayant pratiqué les ouvrages qui fiiisaient alors autorité, initié aux secrets des querelles d'écoles, Rabelais n'avait qu'à puiser dans un fonds qu'il avait fait sien, lorsque le développement de ses récits et de ses discours exigeait quelque
1 . " Frequenti auditorio » dit-il dans VEpistiila iiiiih-iipaloria de ces Apboriiiiics. Cf. M. L. III, p. 317.
2. Tous ces renseignements nous sont donnés par VEpisItila niincupatoria de cette édition d'Hippocrate. Cf. M. L. m, p. 316.
3. Sur cette édition, voir J. Plattard, Les puhlkalions sdvaiitfs de Rahdais, dans Rev. Et. Rah., tome II, p. 67 ; et R. Sturel, Rahetais et Hippocmte, Rev. El. R,il>., tome VI, p. .^9.
description ou explication de nature médicale. Il n'y a pas manqué ; ce n'est pas seulement le conteur, ce sont tous les personnages, qui sont instruits en médecine et nous étalent leur science.
I Dans le Pantagruel, Panurge sait l'anatonûe avec assez de pré- ; cision pour nous décrire minutieusement le trajet de la broche ; qui transperça son rôtisseur', à travers « le nombril, la tierce lobe du foye, le diaphragme..., la capsule du cœur..., le haut des espaules, entre les spondyles et l'omoplate senestre. » Il possède la recette propre à provoquer un déluge urinai : « lithontripon, nephrocatarticon, coudignac cantharidisé et autres espèces diurétiques ^ » Pantagruel, de son côté, connaît les drogues capables ^ de donner au \\n Anarche « un échauffenient de gorge et une ulcération de la luette » : « euphorbe, grains de coccognide, confists en eau ardente, en forme de composte. » - l'rère Jean lui- . même, qui n'étudie jamais « de peur des oripeaux », a profité des études d'autrui : il répète, après Pline, que la cuisse de levraut est « bonne pour les goutteux ' » ; il a puisé dans la « philosophie monastique » la raison pourquoi « les uns ont le nez plus grand que les autres », telle qu'Ambroise Paré la donnera gravement, dans son traité De la Génération, au chapitre des Muiiinicllcs et de la poitrine de la nonrrice.
\ A chaque instant, affleurent dans le roman de Rabelais les con- \ naissances médicales de l'auteur; elles se présentent sous les formes 1 les plus variées : descriptions anatomiques, dissertations de pathollogie, recettes pharmaceutiques, règles d'hygiène, allusion sati- Irique au finalisme puéril des considérations de Galiensur la place Ides organes ', facéties sur les disgrâces de la profession médicale >, Ijiortrait du vrai médecin '', etc.
Pour les étudier, il ne nous servirait de rien de reprendre la classification technique que suivent les médecins contemporains quand ils examinent successivement chez Rabelais : le physiologuc,