‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 10 sur 169 · Haaring le Vieux · texte numérisé non relu

Haaring le Vieux

Un portrait rare que l'on appelle le vieux Haaring ou Haaring le Vieux , pour le distinguer du portrait de Haaring le Jeune , son fils. Il est assis dans un fauteuil et vu de face au milieu de la planche. Ses coudes sont appuyés sur le bras du fauteuil; sa main gauche est pendante, et de la main droite, qui est un peu plus élevée, il a l'air de tenir une prise de tabac. Sa tête est couverte d'une petite calotte et garnie de cheveux blancs qui tombent sur l'épaule. Il porte un rabat plat au milieu duquel pendent deux glands ; son manteau est relevé par devant sur son bras droit. Derrière lui est une grille de fer à travers laquelle on aperçoit une croisée ; sur la gauche pend un rideau. Barlsch n'a écrit qu'un seul état de ce morceau. On en connaît trois : Premier étal. Il est presque unique, et peut être considéré comme une simple ébauche sans accord, mais d'un travail qui, dans sa légèreté, est déjà plein d'esprit et de sentiment.

Deuxième état. La planche est entièrement terminée et mise à l'effet ; il y manque seulement quelques hachures sur le rideau, et l'on n'y voit pas encore le châssis de la fenêtre qui est derrière le grillage en fer. Les épreuves de cet état sont de la plus grande rareté.

Troisième état. Le rideau porte quelques hachures de plus dans le haut , et l'on voit les montants du châssis de la croisée.

Hauteur, 0,195 ; largeur, 0,148.

EAHTSCH, 274. C1,AUSS1.N, 271.WILSON, 276.

2î L'ŒUVRE DE REMBRANDT.

Nous n'avons pas besoin de faire ressortir l'admirable beauté de ce portrait. La peinture, avec toutes les ressources de la couleur et de l'exécution, toutes les délicatesses de la touche, n'irait pas plus loin, tant il est vrai que, dans l'art, les procédés sont peu de chose et que le génie est tout. En égratignant son cuivre avec la première pointe venue, en y promenant Teau-forte, en glissant sur les demi-teintes, en creusant les ombres, en ménageant la blancheur du linge et la pâleur des chairs, Rembrandt a véritablement peint ce portrait. Il en a exprimé à merveille la carnation morbide, la peau amollie, tremblante et ridée, les mains fines et maigres, la barbe rare, la chevelure légèrement crépue et d'un blanc mat; il a rendu, aussi bien qu'il l'eût fait avec un pinceau, la richesse, l'étoffé du velours et ses reflets... Mais ce n'est pas encore là ce qui nous frappe le plus dans le portrait de ce vieillard, c'est sa beauté morale, son expression mélancolique et intelligente, son air méditatif, sa douceur. On se croirait en présence d'Arminius.

Et pourtant le vieux Jacob Haaring n'était pas un grand homme, et certainement son nom, sans ce beau portrait, ne serait pas arrivé jusqu'à nous. Ce que nous savons, c'est qu'il était concierge à la Chambre des Insolvables, Desolate Boedelkamer . Or, il paraîtrait qu'à cette charge de concierge était attaché le droit de diriger la vente des biens expropriés, car il résulte d'une des pièces que nous avons citées au commencement de cet ouvrage que ce fiU par Thomas Jacobz Haaring (lequel avait sans doute succédé à son père dans sa charge), sur l'autorisation à lui donnée par les commissaires de la Chambre des Insolvables, que furent vendus aux enchères les meubles, peintures, dessins, estampes, moulages, livres, armes, médailles et autres objets d'art et de curiosité composant la fortune mobilière de Rembrandt. Ainsi le vieux Haaring, simple huissier-priseur, s'il n'eût pas posé devant Rembrandt, si son nom n'était pas mêlé à celui de ce grand homme, serait aujourd'hui un personnage absolument oublié ; mais sous l'œil d'un tel maître, sa tête de vieillard s'est empreinte d'un caractère si élevé et si

PORTRAITS. 23 vénérable, qu'on la prendrait pour celle d'un de ces penseurs profonds, d'un de ces illustres théologiens, qui soutinrent, au nom du protestantisme, les grandes controverses religieuses du XVIP siècle.

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