‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 102 sur 169 · Vieillard à grand bonnet, qui dort · texte numérisé non relu

Vieillard à grand bonnet, qui dort

Autre buste de vieillard à grande barbe, vu presque de face. Sa tête penchée et ses yeux quasi fermés lui donnent l'attitude d'un homme qui s'endort, II est coiffé d'un grand bonnet de fourrure serré par une écharpe qui pend derrière son dos. Il porte un manteau ii collet qui est ouvert par devant, mais attaché sur sa poitrine avec une agrafe. On lit au haut de la gauche : Rembrandt, et on remarque au-dessus le commencement d'une R tracée à rebours.

Hauteur, o,iia; largeur, o,ioi.

IIARTSCJI, 3gt). CLAL'SSIN, zS'. WILSON, 2IJ2.

Il existe au Musée d'Amsterdam une épreuve curieuse de ce portrait. On n" y voit d'éclairé que le nez^ la joue droite et la partie de la poitrine que ne recouvre pas le manteau; le reste de la planche est teinté au charbon, mais d'un travail léger qui a dû s'effacer très-vite à rimpression, si tant est que ce travail ait été exécuté sur la planche même, ce qui n est pas facile à décider. Si c'est le cuivre qui a été ainsi légèrement teinté^ on conçoit que la teinte ait bientôt disparu sous la main de fimprimeur, et que de pareilles épreuves soient fort rares et par cela même précieuses ; que si le ton n'a été passé que sur Tépreuve, elle est unique et plus précieuse encore, car il est fort probable que cette variante est de la main de Rembrandt.

POJÎTRAITS. ,59

Quoi qu'il en soit, il faut s'arrêter un instant devant ce portrait qui est vraiment admirable, non-seulement par la vérité surprenante de l'expression, mais encore par le choix des travaux, qui sont très-librement conduits et même assez rudement, mais avec un sentiment exquis de ce qu'il fallait traduire du bout de la pointe, je veux dire le parcheminé de la peau, les crevasses de la chair, le ton de l'écharpe fripée, leplucheux du bonnet dont la fourrure s'est usée sur l'arête des plis, et le chatoiement de l'agrafe, et le blanc du linge qui brille sous le noir velouté du manteau. Ce qui, dans la nature, était sale, fruste et à peine digne d'attention, devient, dans une, estampe si habilement sabrée, intéressant, amusant pour l'œil. Ces guenilles semblent riches; ce manteau paraît magnifique; cette agrafe, peut-être misérable, a l'air d'un joyau. Les pauvretés, les friperies d'un vieux Juif sordide et rance, le peintre les convertit en trésors !

Page 1