‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 125 sur 169 · Paysage à la tour · texte numérisé non relu

Paysage à la tour

Ce morceau, de forme oblongue, représente un village garni de beaucoup d'arbres, qui occupe presque toute la largeur de la planche et qui ne laisse vers la gauche qu'une échappée de vue sur le lointain. Le ciel, qui est de ce côté chargé de nuages, est clair sur la droite. Non loin du milieu, vers la gauche, on aperçoit une porte de pont soutenue par deux arcs-boutants, et devant cette porte une petite figure de femme qui est debout. A la droite, à côté d'une maison couverte de chaume, on distingue quelques toits au-dessus desquels s'élève une tour ruinée. Tout le devant de l'estampe jusqu'à la moitié de sa hauteur est clair et sans aucune espèce de travail, à l'exception de deux poteaux et de quelques herbes.

On connaît quatre états de cette pièce.

Premier état, très-rare. La tour qui s'élève au-dessus des toits sur la droite de l'estampe est couronnée par un dôme finissant en pointe. La maison couverte de chaume n'est ombrée que d'une seule taille. L'espace entre la porte de pont et ses arcs-boutants

est clair. On r-,'marque dans le ciel, à gauche, des taches qui se sont affaiblies au fur et ?i mesure de l'avancement du tirage. Une épreuve de cet état s'est vendue, à la vente Pôle Carew, 40 livres sterling, soit 1,000 francs.

Deuxième état. On a gratté le ciel sur la gauche aux endroits où les barbes formaient une tache noire et longue, laquelle est maintenant remplacée par une tache blanche.

Troisième état. Le dôme de la tour est effacé et la tour paraît en ruine. Entre la ligne de l'horizon à gauche et les petits points qui sont au-dessus, il y avait dans les états précédents une raie blanche, laquelle a disparu dans celui-ci, sous des tailles horizontales qui se prolongent un peu au-dessous des petits traits inclinés marquant l'horizon.

Quatrième état. L'espace entre la porte de pont et les arcs-boutants est couvert de nouvelles tailles diagonales.

Hauteur, 0,124; largeur, 0,320.

BARTSCH, 2 23. CLAUSSIN, 220. W 1 1. S 0 N , 220.

11 me souvient qu étant un jour au Cabinet des estampes du Musée d'Amsterdam , occupé à examiner l'œuvre si beau de Rembrandt que renferme ce Cabinet, je demandai aux conservateurs ce qu'ils pensaient du Paysage à la tour, en leur faisant remarquer quel étrange effet le peintre avait su produire par la seule absence de tout premier plan et parla brusque opposition des arbres clairs et des arbres sombres. Un des conservateurs, M. Klinkhamer, me répondit qu'il croyait avoir deviné l'intention de Rembrandt, rien que par la différence des états de la planche ; que sans doute ce ciel, pur sur la droite et nuageux sur la gauche, indiquait la formation d'un orage qui avait renversé le dôme de la vieille tour, laquelle paraissait dans le second état rasée au niveau même de la base du dôme; que peut-être il y avait eu là un fait historique, et que Rembrandt l'avait ainsi constaté sur son cuivre, par affection pour ce village, dont on ne savait plus aujourd'hui le nom L'explication du conservateur me parut ingénieuse, na'ive et toute hollandaise. Ce qui est certain, c'est que le Paysage à la tour est un des plus beaux de l'œuvre. En se plaçant à distance pour le dessiner, et en supprimant l'intérêt qu'offre toujours le devant d'une composition, par cela seul qu'il est plus rapproché des yeux, Rembrandt concentre avec force notre attention sur cet amas de chaumières qui, avec sa décoration de bouquets d'arbres et ses environs

igS L'ŒUVRE DE REMBRANDT.

dénudés, ressemble, comme le Bouquet de bois, à une riante oasis dans la solitude.

Nous avons fait graver ici par M. Flameng une copie réduite du Paysage à la tour. Bien que cette copie soit d'une fidélité admirable, elle ne produit pas tout à fait la même impression que l'original, par cela seul que les dimensions ont été diminuées. On peut voir par là que Teffet d'une planche et le travail du graveur sont subordonnés aux dimensions de Tceuvre, et doivent changer quand les proportions changent. Ici le travail de la pointe est devenu plus serré et plus fin, comme il convenait, mais l'effet en petit n'est plus le même que l'effet en grand, et nous devons confesser notre erreur.

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