La Campagne du peseiir d'or
On a ainsi nommé cette estampe parce qu'elle représente la campagne de Uytenbogaert, receveur des états de Hollande, celui dont Rembrandt a gravé un si beau portrait. C'est un paysage oblong en travers, presque entièrement gravé à la pointe sèche et peu fait. Vers le milieu s'élève une grande maison à la droite de laquelle s'étend un bois; dans ce bois on distingue plusieurs pavillons. Sur la droite, on remarque une église dont le clocher carré se termine en flèche avec une très-haute girouette. L'église est entourée d'arbres auprès desquels il y a trois maisons contiguès, et, plus loin, d'autres habitations formant un village. Dans une prairie qui est devant les trois maisons, on aperçoit plusieurs petites figures et quelques animaux. Sur la gauche de l'estampe est une maison d'été de forme octogone avec des fenêtres sur chaque face; elle est environnée d'une pièce d'eau dans laquelle nagent des canards. Dans le plus grand éioignement se dessine une ville avec une cathédrale et d'autres églises. On lit au bas de la gauche : Rembrandt i65i.
Hauteur, 0,119; largeur, 0,317.
Ii,\IÏTSCH, 2^4. CLACSSIN, 23!. \V I L S O N , 2?!.
Les amateurs attachent beaucoup d'importance à la possession de ce paysage, non-seulement parce qu'il est rare, inais parce qu'il se lie dans leur pensée au souvenir d'un homme qui fut l'ami de Rembrandt, et qui leur est connu si bien et de si près par un portrait magnifique, le Peseur d'or. L'estampe est d'ailleurs curieuse en ce que le peintre, cette fois, a sacrifié l'effet au désir d'être exact en détail autant qu'en masse, et de laisser, piour ainsi dire, une topographie de la campagne de Uytenbogaert. 11 n'a donc rien oublié, ni la maison octogone, ni la pièce d'eau, ni les canards, ni lus pavillons qui surmontent le bois, ni
PAYSAGES ET ANIMAUX. 2i5 l'église du village voisin, ni le clocher, ni la girouette, ni l'extrême lointain où l'on aperçoit les principaux monuments d'une grande ville. Rien n'a été non plus jeté dans l'ombre, et chaque chose a conservé sa valeur. La planche étant peu faite, Rembrandt s'est servi des barbes de la pointe sèche pour suppléer à l'absence de travail par des salissures heureuses et par quelques noirs décidés. Aussi les amateurs recherchent-ils les épreuves chargées de manière noire, les autres étant dépourvues d'effet et n'ayant d'autre mérite qu'une étonnante planimétrie. Une autre façon, pour Rembrandt, de terminer sa gravure en l'harmonisant, a été d'en tirer quelques épreuves sur ce beau papier du Japon dont le ton écru, sourd et légèrement mordoré donne de la chaleur et du gras, même à une ébauche.