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La Coquille

Cette estampe, une des plus rares de l'ceuvre de Rembrandt, représente une espèce de coquille connue sous le nom de Damier. Elle paraît être posée à terre, sa pointe dirigée vers la droite de l'estampe, d'où vient le jour. Le fond est gravé d'un ton rembruni. On lit au bas de la marge, vers la gauche, sous l'ombre portée de la coquille : Rembrandt f. i65o.

On distingue deux états de ce morceau.

Premier état. Le fond est entièrement blanc. Cette épreuve est de la dernière rareté, et i on peut dire qu'elle est aussi belle que rare. Second état. Le fond est entièrement ombré.

Nota. Il existe une copie de la Coquille par Abraham Hume, mais la planche est plus large.

Hauteur, 0,097, y compris la niarpc ; largeur, 0,1 3o.

BARTSCU, l50. CLAUSSIN, l5G. Wll.SON, l56.

Le genre de coquilles qu'on appelle Damier est également connu sous le nom de Tigre, comme nous l'apprend un Catalogue raisonné de curiosités naturelles publié par Gersaint en 1746 ; « Deux grandes volutes à fond blanc, tacheté de diverses couleurs vives, connues sous le nom de Tigre ou Damier, à cause de ses taches carrées et régulièrement distribuées. Rumphius appelle cette espèce voluta miisicalis : d'autres la mettent dans les cylindriques. »

C'est la seule fois que Rembrandt ait gravé un objet matériel, et il l'a fait sans doute pour complaire à un de ses amis, collectionneur de coquilles, comme il y en a tant en Hollande. Il ne fallait ici que le talent de modeler, uni au talent de graver. Rembrandt, qui les possédait l'un et l'autre à un si haut degré, n'a pas eu de peine à exprimer par la marche, la variété et la délicatesse des travaux de sa pointe, le poli de la nacre et ses reflets, les taches orbiculaires ou plutôt ovoïdes qui se dessinent en noir mat sur un fond blanc de porcelaine. IMais quelle que soit la perfection du rendu de cette coquille, il est facile de voir que Rembrandt a exceptionnellement dérogé à son génie en s' appliquant à l'étude d'un objet inanimé, et que sa grande âme d'artiste était plutôt faite pour comprendre les grands aspects de la nature, pour sentir la poésie latente du paysage, pour exprimer eniin les mouvements qui agitent le fond de l'àme humaine.

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