Jean Corneille Sylvius
Improprement dit Janus Sylvius.
Portrait de Jean Corneille Sylvius, ministre prédicant à Amsterdam. Il est vu presque de face , aj'ant le corps dirigé un peu vers la gauche. Il porte une calotte sur la tête et une fraise au cou. Sa robe est garnie de fourrure au collet et par devant. Il est assis h une table, les mains l'une sur l'autre, posées sur un livre ouvert. A la gauche du fond, qui est partout couvert de travaux, on voit une colonne et à la droite une voûte. On lit dans ce fond, vers le milieu de la gauche : Rembrandt, et au-dessous : i633.
Il est à croire qu'il existe quelques épreuves de cette planche à l'eau-forte pure, car la pièce est chargée de travaux au burin qui ont dû être employés par Rembrandt pour suppléer à l'insuffisance ou aux inégalités de la morsure. Mais ces travaux au burin, s'étant usés sans doute ont été repris rudement, de sorte qu'ils ont constitue un second état. Aussi Wilson a-t-il distingué les deux états, qu'il décrit ainsi :
Premier état. Très-rare. L'estampe est claire et harmonieuse, bien que les ombres en soient riches. Il y en avait dans la vente Denon une épreuve qui était retouchée au bistre et rehaussée de blanc.
Deuxième état. Les ombres sont durement reprises et l'harmonie de l'estampe est rompue.
Hauteur, 0,164; largeur, o,i3q.
BARTSCli, 266. CLAUSSIN, 203. WILSON, 2 0 8.
En comparant ce portrait, appelé jusqu'à présent Janus Sylvius, avec celui que Bartsch a décrit sous le nom de Jean Corneille Sylvius, j'ai été frappé de la ressemblance qui existait entre les deux personnages, ressemblance qui n'avait pas encore été remarquée, bien qu'elle
soit frappante ; seulement Jean Corneille paraît plus vieux, plus cassé que Janus. J'en ai conclu, après avoir pris l'avis des iconophiles les plus exercés, que Janus ou Jean n'était autre que Jean Corneille, représenté deux fois par Rembrandt à la distance de quelques années; et tout confirme cette explication. Jean Corneille Sylvius était, nous l'avons dit, cousin de Saskia Uylenburg, première femme de Rembrandt. 11 avait été ministre à Sloten, près de Leeuwarden, en Frise, et c'est là sans doute qu'il avait connu la famille Uylenburg, et qu'il avait épousé Aeltje Uylenburg, nièce de Rombertus, et par conséquent cousine de Saskia. Par lui, selon toute apparence, s'était fait le mariage de Saskia avec Rembrandt; du moins il figure dans l'acte comme donnant son consentement, sans doute en qualité de tuteur. Il était donc naturel que Rembrandt fît le portrait d'un homme qui allait devenir son cousin par alliance : aussi voyons-nous le premier portrait de Sylvius daté de i533, c'est-à-dire de quelque six mois peutêtre avant le mariage, qui eut lieu le lo juin 1634. Et si, après la mort de Sylvius, Rembrandt , mû par un pieux souvenir, a recommencé le portrait du prédicant d'après un dessin ou une peinture, c'est qu'il n'était pas satisfait de sa première eau-forte , qui avait mal réussi à la morsure et avait dû être reprise au burin, ce qui l'avait: alourdie. Toutes ces raisons nous ont paru convaincantes; mais la plus décisive de toutes, c'est la ressemblance incontestable et complète, sauf la différence d'âge, qui existe entre Janus et Jean Corneille. Ces deux personnages, bien évidemment, n'en font qu'un.